Elle vient de Nancy, où il est né. Il a été champion de handball, elle d’escalade. Tous les deux ont traversé la France pour leurs études et le sport, avant d’obtenir leur diplôme d’ingénieur. Des carrières toute tracées, dans le sport de compétition et l’industrie, qu’ils ont tous deux désertées à la vingtaine. C’est près de Caen, où ils ont posé leurs valises, que les trajectoires de Julia Serrière, 33 ans, et Théo Gehin, 27 ans, se sont rejointes. Témoignages croisés.
« Il ne faut pas politiser le sport. » La déclaration d’Emmanuel Macron pendant la Coupe du monde de football 2022 au Qatar a marqué les esprits. Car derrière les discours de façade, alors que le Qatar était pointé du doigt pour ses stades climatisés construits par des travailleurs étrangers exploités, le sport n’échappe pas au politique, bien au contraire. Les exemples ne manquent pas : de Mohamed Ali à Colin Kaepernick, en passant par la diplomatie du ping-pong dans les années 70 et la riposte de Killian Mbappé aux attaques racistes d’une sénatrice paraguayenne, le « soft power » du sport n’est plus à prouver.
Mais dans l’univers de la compétition, les prises de parole de sportifs restent rares, par peur de se faire sanctionner par les sponsors, ou de voir sa carrière freinée, voire stoppée. Colin Kaepernick, le joueur de football américain qui a mis un genou à terre pendant l’hymne national pour protester face aux violences policières et aux inégalités raciales, n’a ainsi plus jamais rejoué en NFL (National Football League)… Normands d’adoption, Julia Serrière et Théo Géhin font partie des rares champions à pointer les dérives économiques, sociales et environnementales du sport de compétition. Tous deux ont aussi quitté leur métier d’ingénieur pour des raisons politiques, et rejoint le mouvement des Désert’Heureuses, qui a précédé le médiatique discours des diplômés d’AgroParisTech en 2022. Pour l’une comme pour l’autre, tout avait pourtant commencé de manière assez classique…
Premières alertes : « Théo, il faut que tu sois un tueur ! »
Dès ses premières années de pratique, Théo Géhin a démontré un talent naturel pour le handball. « J’ai toujours été parmi les plus jeunes dans les équipes où j’ai joué, témoigne-t-il. Depuis mes huit-neuf ans, j’ai joué avec des gars de deux à trois ans de plus que moi, déjà comme gardien. Quand t’es bon, tu es sélectionné en équipe départementale, régionale, etc. T’es un peu triste pour tes potes qui ne sont pas pris, mais toi tu joues, tu es mis en valeur, c’est stimulant, et tu ne te poses pas trop de questions. » Au lycée, le jeune Théo intègre naturellement le pôle sport-études de Chambéry. C’est à cette période qu’il prend conscience de la violence symbolique du sport de compétition.
« Quand on est arrivés en seconde, le coach du pôle nous a dit d’emblée, avec les premières-terminales : « bah voilà, vous êtes 30, et parmi vous il y en aura seulement deux qui iront en centre de formation, un qui passera pro, et aucun en équipe de France. » Ça m’a marqué parce qu’on était tous là en mode : « Ah, ça va être moi ! », mais moi je me disais que statistiquement, sur 30, ce ne serait pas moi. Plus tard, je vois encore le coach, c’est resté gravé dans ma tête, qui me disait : « Tu sais Théo, il faut que tu sois plus un tueur. » Intérieurement, je me disais : « Mais j’ai pas envie d’être un tueur, j’ai juste envie de jouer. » C’est fort, comme mot. Je n’ai pas envie de tuer les gens en face de moi. On s’amuse, j’ai envie de gagner, OK, mais pas de les tuer, quoi ! Ça a toujours été un truc qui me faisait tiquer, d’autant plus que ça venait de l’entraîneur. »
Pour Julia aussi, la voie vers l’excellence sportive a été plutôt évidente. Adepte du triathlon, elle découvre l’escalade vers l’âge de dix ans grâce à une copine. Adolescente, elle grimpe au club de Nancy, où elle décroche ses premières sélections en équipe de France. Jusqu’au titre mondial chez les juniors, en 2011. Mais à cette époque déjà, Julia remarque des comportements qui la mettent mal à l’aise. « J’étais jeune, je faisais mes études et je m’entraînais à fond, il ne se passait pas grand-chose à côté, se souvient-elle. Un sujet sur lequel je me suis un peu retenue de parler à l’époque, c’était les liens entre entraîneurs hommes ou les grimpeurs plus âgés avec des jeunes filles. Il y avait parfois des gestes déplacés, des regards ou des remarques pas toujours appropriés. Une autre problématique était le rapport au corps, sachant que l’on porte notre poids, c’est un sujet important. Il y avait quelque chose d’hyper bizarre de devoir être maigre, légère, surtout lorsque c’était encouragé par certains entraîneurs. C’était un vrai sujet d’abîmer son corps par la sous-nutrition pour être meilleure. Il y a toujours eu des commentaires là-dessus, c’était toujours très présent. Il y avait souvent des regards, des remarques lorsqu’on mangeait trop. »
Prise de distance : « J’étais un peu l’élément « relou »… »
Bac et titre mondial en poche, Julia monte à Chambéry, en Savoie, pour s’entraîner dans un des meilleurs clubs français et étudier les sciences et génie des matériaux à l’IUT. C’est alors qu’elle prend un peu ses distances avec le haut niveau. « Je n’avais pas du tout envie de devenir pro, parce que c’est difficile en escalade, il n’y a pas beaucoup d’argent, en tout cas moins que maintenant, et je ne voulais pas faire que ça. Du coup, j’étais un peu l’élément « relou » parce que j’étais là sans forcément obéir, je voulais rester un peu libre et ne pas m’enfermer sur un entraînement trop dur. Les entraînements proposés ne me correspondaient pas vraiment, alors je préférais me préparer toute seule, être ma propre entraîneure, et continuer mes études. Le fait de vouloir continuer mes études n’était pas vraiment bien vu, et je ressentais un désintérêt de la part des entraîneurs nationaux à cause de ça. Rien que cela posait problème à certaines personnes. Je m’entraînais au club, mais comme j’avais des douleurs au dos, je m’écoutais, je me débrouillais un peu seule, et je n’étais pas trop en lien ni avec le club, ni avec une partie des entraîneurs nationaux. »
Malgré son palmarès, Julia privilégie ses études en vue d’intégrer une école d’ingénieur à Compiègne. Consciente du poids des médailles pour les sponsors et les institutions, elle en joue un peu avant de tirer sa révérence à seulement 21 ans. « Je voyais dans les yeux des entraîneurs nationaux l’intérêt croître dès que je réussissais une compète. La dernière année, je m’entraînais juste pour garder mon statut de haut niveau et pouvoir rentrer en école d’ingénieur (certaines écoles réservent un petit nombre de places pour les sportifs de haut niveau, ndlr). J’en n’avais rien à faire d’être sélectionnée, parce que j’avais décidé d’arrêter. Jusque-là, certains entraîneurs m’ignoraient, mais à partir du moment où j’ai fait un Top 10 en Coupe du monde, j’en ai vu revenir certains vers moi tout sourire. Il y avait des rôles à jouer pour avoir certaines facilités (ex. : accès aux salles ou entraînements). Je ne suis jamais rentrée là-dedans parce que je ne voulais pas en faire ma vie. Cela restait un jeu pour moi, et j’ai eu énormément de chance de ne pas devoir le faire.»
Désillusion : « Les clubs font des magouilles pour te payer à temps partiel. »
Après le lycée à Chambéry, Théo traverse lui aussi la France pour intégrer l’INSA Toulouse, école d’ingénieur réputée, ainsi que le centre de formation du Fenix Toulouse Handball, en première division masculine française. Dans l’anti-chambre du club pro, où certains joueurs émargent à plus de 5 000 euros par mois, Théo apprend à mesurer sa (faible) valeur sur le marché.
« Un club pro fonctionne comme une entreprise : quand il peut te faire jouer sans te payer comme un pro, il le fait, assure Théo. Les jeunes du centre, ça leur coûte moins cher, on signe juste une convention. Tant que t’es assez jeune pour rester au centre et qu’aucun gros club ne veut te recruter, on ne te fait pas de contrat. Tu n’as pas de salaire : tu es juste logé et nourri. On peut voir ça comme du travail non rémunéré. Moi, aucun club ne m’a recruté pendant ma formation, donc j’étais là quand il le fallait pour le club. Je suis resté au centre cinq ans au total. J’étais conscient d’être utilisé, mais quand tu as l’objectif de devenir pro, tu n’as pas mille façons d’y arriver : tu prends ce qu’on te donne, même si c’est un peu malsain. »
Un match en particulier lui a permis de mesurer le fossé qui le séparait de l’élite. « Au centre de formation, j’avais déjà joué pas mal de matchs pro, sans jamais être pro. Pendant ma troisième et ma quatrième année, j’en ai disputé une trentaine. Il y avait deux gardiens chez les pros. Quand l’un d’eux était blessé, c’est moi qui allait aux matchs parce qu’il faut toujours un deuxième gardien. Un jour, on devait jouer contre le PSG, et les deux gardiens étaient blessés. Je suis monté avec l’équipe à Paris, et j’ai joué contre les frères Karabatic. C’était impressionnant ! Mais quand nos gardiens sont revenus de blessure, je suis retourné au centre, c’est comme si rien ne s’était passé. »
Finalement recruté par Pau-Billère, un club de deuxième division, Théo se rend compte que la même logique d’exploitation est aussi à l’œuvre. « À Billère, j’étais pro, mais ma situation était hyper précaire : j’avais un contrat à seulement 25 heures par mois, pour un salaire de 300 euros et un logement gratuit. Mais les 25 heures, je les faisais dans la semaine ! Je m’entraînais exactement comme les autres joueurs, qui gagnaient 2 000 à 3 000 balles par mois pour certains. Juste parce que t’es jeune, les clubs font des magouilles pour te payer à temps partiel, alors que tu ne l’es pas. C’est la loi du marché, y a pas à négocier, comme en entreprise. S’ils veulent, ils peuvent te faire un contrat à 10 %. À Caen aussi, où je suis parti la saison suivante, j’avais un contrat à 80 % au SMIC horaire : je gagnais 900 euros, dont 200 en indemnités kilométriques, plus l’appart’ payé. Par rapport à un job d’ingénieur où tu commences à 2 500 en sortie d’école, je perdais pas mal d’argent au final. »


Désertion : « Le militantisme était une solution pour m’apaiser. »
Après l’école d’ingé, Julia s’installe à Paris pour son premier poste dans un bureau d’études spécialisé dans l’environnement. « C’était le contact avec la réalité, je suis sortie de ma bulle d’étudiante, et ça a été la désillusion. Ça se passait très mal : on faisait des études d’impact principalement pour des projets tertiaires, en Île-de-France, dans le cadre de labels HQE (haute qualité environnementale) ou autres certifications. En gros, on faisait des études qui permettaient de continuer à construire en respectant certaines normes, mais qui ne changeaient franchement pas grand-chose au final. On aidait à justifier des constructions vertes, et en soi c’était un peu faux. Certaines études apportent des solutions et permettent des économies d’énergie, mais personne ne remettait en question notre façon de voir la construction. J’ai démissionné au bout d’un an. Peu de monde était étonné, parce qu’on était payés au lance-pierre et qu’il y avait un turn-over de fou dans cette agence. C’était connu que bosser jusque 22 h n’était pas étonnant et que c’était même recommandé.»
Un départ qui l’a conduite à se réinventer et découvrir un nouvel univers. « Une des raisons à ma démission était de ne plus être alignée avec mes valeurs écolo. C’était pas mal en lien avec des vidéos que je regardais, de Cyril Dion ou ce genre de personnalités connues, des podcasts, surtout des conférences, des interviews… Le militantisme était une sorte de solution pour s’apaiser par rapport à tout ça, être un peu dans l’action. C’était aussi une bonne raison pour rencontrer du monde quand je suis arrivée à Caen. J’ai rejoint plusieurs associations pile au moment du Covid. J’étais dans Extinction Rebellion, puis j’ai rencontré un réseau dans la Manche autour de la Grange de Montabot, qui s’est construite par rapport à une lutte contre une ligne très haute tension. J’ai aussi commencé à faire des chantiers participatifs en bénévole, et c’est là que j’ai découvert la construction en terre. Au niveau professionnel, j’ai retrouvé un travail dans un tiers-lieu près de Caen (le Wip, fermé en 2023). Je travaillais sur le réemploi de matériaux. J’y suis restée un an et demi, et après j’ai repris une formation en construction terre. »
Dérives : « Choqué que le maire de Ouistreham donne le coup d’envoi d’un match… »
Après Toulouse et Billère, Théo débarque à Caen en 2022 pour jouer comme gardien avec les Vikings de Caen, alors en deuxième division. C’est aussi là qu’il a effectué sa dernière année d’étude d’ingénieur, à distance. Avant de mettre fin, deux ans plus tard, à ses carrières de sportif professionnel et d’ingénieur, en raison de ses convictions politiques. « Dans ma vie de handballeur, il y avait plein de situations que je trouvais problématiques, explique-t-il. Il y a notamment le culte de la personnalité : on est régulièrement exposés à un public important, et ce n’est pas neutre de jouer dans une salle où plusieurs milliers de personnes t’acclament. C’est très compliqué pour le cerveau d’assimiler ça. De l’autre côté, on est dans un environnement qui nous met constamment en compétition entre nous et les autres, où tu es sans cesse obligé de te prouver, et cela découle en dehors du terrain, dans des propos, des comportements par rapport aux personnes extérieures, par rapport aux femmes notamment. Il y a un culte de la virilité, du patriarcat, qui déborde jusqu’à la culture du viol présente dans toute notre société, mais encore un peu plus dans ces milieux-là. » Et ce n’est pas tout ce qui dérange Théo.
« Au niveau économique, il y a plein de choses qui ne vont pas. Les sponsors, par exemple, étaient invités à venir manger avec nous après chaque match dans le coin VIP. Moi, je m’amusais à répondre à côté des réponses convenues pour les faire tiquer ! Beaucoup de partenaires sont juste là pour nouer des partenariats financiers grâce au hand, parce que ce sport a une bonne image, et que c’est plus facile de signer un contrat quand tu as bu deux ou trois verres ! C’est assumé, et c’est comme cela que le club le vend aux partenaires. En plus, comme c’est une association, tout est défiscalisé, ce sont les déductions d’impôt qui la financent. A contrario, les bénévoles, ceux qui font tourner le club, sont exploités, et pas reconnus.
J’ai aussi été choqué quand Romain Bail, le maire de Ouistreham, a donné le coup d’envoi fictif d’un match en tant qu’élu à Caen-la-Mer. Il a une politique scandaleuse par rapport aux réfugiés à qui il a coupé l’eau pendant plusieurs mois (le Conseil d’État a dû contraindre la commune à rétablir l’eau, ndlr). Il a aussi fait tourner des infos dans les boîtes aux lettres qui nourrissent un climat hyper anxiogène. Et moi, qui fais partie de collectifs d’aide aux réfugiés à Ouistreham et Caen, j’étais sur le terrain, je commençais le match, et j’ai appris au micro que Romain Bail donnait le coup d’envoi dix secondes avant. Après le match, j’ai dit à un journaliste d’Ouest-France que je n’avais pas envie de « faire la com’ d’une personnalité comme celle-là », que cela me gênait. Apparemment, Romain Bail a lu l’article et appelé le président du club pour lui dire que ça n’allait pas du tout, que le sport ne devait pas être une tribune politique. Ensuite, le président m’a appelé pour me dire qu’il ne fallait pas faire ça. Mais c’était à lui d’assumer, je n’allais quand même pas m’excuser ! »
Joint par téléphone, Thomas Lamora, le président du Caen Handball, qui évoluera en Starligue (première division) la saison prochaine, précise que son appel se résumait plutôt à une « remarque de 30 secondes » et que la participation de Romain Bail relevait d’un échange de bons procédés entre club sportifs et soutiens institutionnels.
Militantisme : « Récupérer tout ce que le système capitaliste perd et laisse de côté : nourriture, meubles, énergie, logement… »
Depuis deux ans, Théo n’est donc plus joueur de handball professionnel. Il n’exerce pas non plus le métier d’ingénieur. « Le dernier mot dans l’industrie, c’est l’argent, et si elle doit choisir, ce sera toujours l’argent, explique-t-il. Même dans les petites boîtes, tu te rends compte que ce n’est pas terrible non plus. Ma remise en question du système a commencé dès le début de mes études d’ingénieur, quand je suis tombé sur des cours qui parlaient d’écologie. De là, avec des potes, on s’est intéressés aux inégalités sociales, aux enjeux politiques, puis aux dynamiques de pression, aux rapports de force. Je ne pense pas pouvoir changer les choses de l’intérieur, parce que le système est plus fort que nous, en tout cas que moi. J’ai plutôt envie de mettre mon énergie ailleurs, pour qu’on s’organise autrement, collectivement, et qu’on arrête de subir. »
Après un service civique à Bande de sauvages à Mondeville, Théo jongle entre plusieurs activités militantes, les cantines de festivals, et les expériences bénévoles, comme à Briançon où il a filé un coup de main dans une association d’aide aux migrants. Il a aussi repris le hand une ou deux fois par semaine dans un club amateur de Caen (La Butte, en régionale). « Ce qui m’anime aujourd’hui, ce sont les luttes écolos contre les grands projets et infrastructures industrielles. Je milite contre toutes les formes d’oppression et de domination, que ce soit pour défendre les réfugiés ou empêcher les projets écocides, avec des collectifs et des asso comme ASTI 14 ou Extinction Rébellion. La récupération et la distribution de nourriture m’occupent aussi pas mal. Je distribue de manière spontanée, en fonction de ce que je trouve. J’essaie de récupérer tout ce que le système capitaliste perd et laisse de côté : ça peut être de la nourriture, des meubles – chez nous, c’est que de la récup’ –, de l’énergie – je fais du stop pour récupérer l’énergie perdues des voitures qui voyagent pour la plupart vides – ou des logements. Je fais aussi partie d’une association de lutte contre toutes les expulsions. C’est pareil : le système laisse des espaces volontairement vides, voire expulse des gens alors qu’il y a plein de personnes qui dorment dehors et qu’on criminalise. »
Un autre effort physique : « Je me dépense assez sur les chantiers ! »
En périphérie de Caen, Julia évolue désormais loin des salles d’escalade et des bureaux d’études qu’elle a désertés il y a plusieurs années. « Je vais peut-être grimper une fois par an, en salle. Je préférerais aller à la montagne, mais je vais en salle parce que j’ai des copains qui en font et que cela reste sympa de partager ça avec eux. Niveau sportif, je ne cours pas, mais j’essaie de faire du yoga par exemple. Je me dépense déjà assez physiquement sur les chantiers ! » Depuis quatre ans, Julia travaille au sein d’une coopérative d’activités et d’emploi (CAE) comme artisane maçonne du bâti ancien, en construction terre, chaux et isolation en fibres végétales, principalement pour des particuliers. « Les chantiers, c’est un peu l’application de ce que je faisais en bureau d’études, mais avec plus de sens et des projets à mon échelle. En sortant de l’école, je me disais que c’était sur les gros bâtiments qu’il y avait le plus d’impact, mais à la fin de mon contrat, j’ai découvert l’éco-construction comme bénévole sur des chantiers participatifs, et je me rends compte que l’échelle où je peux faire quelque chose, c’est celle du particulier, sur des projets où j’interviens moi-même. Je fais partie des Chantiers de demain, une coopérative d’une centaine d’artisans, dont pas mal de femmes. Cette structure m’a donné l’assurance nécessaire pour me lancer. Toute seule, je ne l’aurais pas fait. »
