À Sassetot-le-Mauconduit, en Seine-Maritime, l’association MAVD, Mouvement Actif pour une Vie Durable, crée du lien entre les gens et avec leur environnement. Autour de la yourte, petits et grands explorent les trésors de la nature.
Ça chatouille ou ça gratouille ? Emma et Imane, en grande section de maternelle à l’école d’Epreville, ne sont pas d’accord. Pourtant Imane est formelle : l’herbe verte chatouille le dessous de ses pieds nus. Dans un coin du jardin, 25 paires de chaussures patientent, tandis que leurs très jeunes propriétaires font plusieurs fois le tour du parcours. Leurs pieds nus foulent l’herbe, la paille, la mousse, la sciure, roulent sur des pommes de pins, s’enfoncent dans la boue, cherchent l’équilibre sur des rondins de bois.

« Même s’ils habitent à la campagne, certains n’ont jamais couru pieds nus dans l’herbe, constate Virginie, l’institutrice, qui vient pour la deuxième fois à la yourte. Aujourd’hui, ils passent la journée en plein air, se reconnectent avec la nature ». Un peu plus loin, Nathalie, l’animatrice nature, fait sentir aux enfants le curry, la mélisse et l’origan, « qui rappelle l’odeur de la pizza ». Sur des caisses à fruits transformées en petits établis de bricolage, les élèves de petite section de Colline terminent leurs peintures réalisées avec des encres naturelles. « On a fait des couleurs avec du jus de choux rouge, du paprika, du curry », raconte Alice en exhibant fièrement son dessin aux teintes orangées. « Avec ces jeux, comme la dinette de gadoue, la poterie ou la découverte des petites bêtes de la mare, les enfants comprennent que la nature est une alliée qu’il faut protéger », apprécie l’animatrice.


Scolaires, club nature, camps d’été
Le pique-nique se prépare. Il fait beau, les enfants mangeront à l’air libre. En cas de pluie, ou de canicule, la yourte sert de repli. Mais aussi de coin cuisine, de salon de lecture, d’espace de jeux. À l’extérieur, on trouve des toilettes sèches, un jardin d’aromates, un chemin pour descendre à la mer, un autre qui part vers la forêt. Construite en bois et en toile de bateau à l’issue d’un chantier participatif, la yourte est installée sur un terrain agricole trop en pente et épineux pour être exploitable. L’agriculteur loue le bout de terrain pour trois fois rien. Elle reçoit la visite de 2 000 scolaires chaque année, des classes, des clubs nature et des camps d’été, « où la forêt remplace le Parc Astérix », des enterrements de vie de garçon « sans eau ni électricité » et des week-end de randonnées « entre terre et mer », qui se terminent par une dégustation d’huitres de Veules-les-Roses sur la plage des Petites Dalles. Au bout du chemin de terre, une autre yourte sert d’habitation, sans eau ni électricité. C’est la maison de William Paesen, sa compagne, et leurs trois enfants.

Un virage à 180 degrés
D’origine flamande, en Belgique, William s’est installé à Sassetot-le-Mauconduit il y a une trentaine d’années, pour suivre sa compagne. Il a terminé ses études d’économie, a tenu une pizzeria à Dieppe pendant six ans, avant d’être recruté par un chasseur de tête pour travailler dans une banque, comme chargé de patrimoine puis directeur d’agence. Après six ans de services bancaires, il a pris un congé sabbatique : « les affaires ça m’allait, mais je m’étais trompé de produit ». Virage à 180 degrés : en 2007, il crée l’association MAVD, Mouvement Actif pour une Vie Durable. Le Sommet de Rio est passé par là, plus question de développement sans protection de l’environnement. L’association a pour but de « reconnecter l’Homme à la nature », afin qu’il cesse de croire que « tout lui est acquis, que les ressources sont inépuisables et qu’il peut se servir sur Terre », s’alarme William.


« Le Local est devenu le lieu de rencontre des habitants »
En 2016, il ouvre la yourte et son jardin, pour réapprendre aux gens, en particulier aux enfants, à vivre avec la nature. En 2023, il inaugure Le Local « …et comment bien vivre la transition écologique », dans le centre bourg de Sassetot-le-Mauconduit, juste à côté du château légendaire de l’impératrice Sissi, « pour reconnecter les gens entre eux ». Il s’explique : « Sassetot compte 1 100 habitants à l’année. Ceux des Petites Dalles ne connaissent pas ceux des Grandes Dalles. Il n’y a pas de place de village. Le Local est devenu le lieu de rencontre des habitants. » Installé dans les dépendances du Presbytère, le bar associatif fonctionne avec une trentaine de bénévoles. Il est ouvert tous les vendredis soir pour « l’Amapéro ». Les clients peuvent commander leur panier à l’avance, composé de produits locaux – « les œufs, le lait et les légumes de Victoria, le pain de Miette, les champignons de Magali » – et venir partager un verre au bar : jus de bissap, de pomme, liMeuhnade et bière « Loc’ale ».

« Cuisine débranchée »
Le Local organise aussi des soirées plusieurs fois par mois, qui réunissent entre 80 et 100 personnes, dans le bar reconverti en salle de spectacle ou dans le jardin aux beaux jours. Selon l’humeur et l’imagination des bénévoles, la programmation alterne concerts, lectures, soirées dansantes, jeux, conférences, ou soirées « politique friction » au cours desquelles on invente une nouvelle société en repartant de zéro. En soirée, pour nourrir tout le monde, William sort sa « cuisine débranchée » : four à pizza et wok sur un brûleur DIY en bidon recyclé, fabriqués par l’association fécampoise Vivre en transition. Lors de la kermesse annuelle, la Déglinguette, la fête s’étend jusque sur le Champ de foire situé en face du Local. C’est ici, sous chapiteau, qu’aura lieu en octobre 2027, la première édition du festival « Trois points de futur » mêlant musique, arts de la rue et transition écologique.
Le MAVD compte aujourd’hui 410 adhérents et quatre salariés : le gérant, William, sa femme Elise, responsable pédagogique, Théo et Nathalie, les animateurs nature, qui interviennent à la yourte ou dans les écoles. L’association fonctionne avec un budget annuel de 150 000 euros, en autofinancement pour moitié et avec des subventions de la Région, du Département de Seine-Maritime, de la communauté d’agglomération Fécamp Caux Littoral, de la commune de Sassetot-le-Mauconduit et de l’Ademe. Depuis un an, elle accueille des résidences d’écriture deux fois par an à l’automne, dans la yourte, en partenariat avec Normandie Livre et Lecture (dispositif Fadel). Le prochain appel à candidature cible un artiste de bande dessinée sur le thème de la montée des eaux. Prêt pour un séjour débranché, reconnecté à la nature ?
Marylène Carre et Marine Thomann (photos)
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Cet article a été rédigé dans le cadre d’un projet financé par la Région Normandie, sur des initiatives locales en matières de développement durable. ![]() |
