« Protégeons les enfants » : le combat continue pour les Feder

Publié le 15 juillet 2026

Malgré leur victoire au tribunal face au département du Calvados, la situation des Feder, collectif de mamans sans papiers, reste précaire. Lundi 29 juin, à midi, elles se sont alors réunies devant l’hôtel du Département du Calvados, pour interpeller les élu·es, en plein vote d’une nouvelle fiche de Règlement d’action social (RDAS), qui conditionne les aides aux familles sans ressources.

Ce mardi 7 juillet, une semaine après le rassemblement, des mamans sans papiers se réunissent dans les locaux de la Cimade, association de solidarité avec les migrant·es. Certaines sont venues avec leurs enfants qui n’ont plus école. Goûter mais aussi fraîcheur de la pièce sont les bienvenus, alors que les logements des familles sont souvent invivables. Pendant que les enfants jouent, les mamans s’installent autour de la table et font le point. À l’ordre du jour, une collecte de fournitures scolaires, mais aussi les aides qu’elles ont perçues de la part du Département du Calvados.

Ensemble, elles forment les Feder, pour Familles en détresse et révoltées, un collectif créé au printemps 2025, en réponse à la suppression de l’allocation mensuelle de subsistance du département, destinée aux familles sans ressource. En juin 2024, le conseil départemental du Calvados modifiait son RDAS et remplaçait l’allocation par un versement ponctuel, le secours exceptionnel enfance famille, assorti de conditions d’éligibilité discriminant les personnes sans papiers. Après un an de lutte et un recours collectif au tribunal administratif de Caen, le Département est tenu de réexaminer les dossiers des familles en situation irrégulière, mais l’aide pourra rester ponctuelle.

Le secours exceptionnel : une aide réduite, inégale et ponctuelle

Depuis fin avril, les Feder ont obtenu gain de cause et reçoivent le secours exceptionnel du Département, mais cette victoire juridique et administrative reste en demie teinte : les montants sont réduits et inégaux. Déboutée de sa demande d’asile en décembre 2022, Bibiche touchait l’allocation de subsistance avant sa suppression en juin 2024. De 280 euros par mois, elle est passée à 190 euros pour ses quatre enfants une fois l’aide rétablie. « Ce n’était pas beaucoup, mais ça nous aidait quand même » déclare-t-elle. Tickets de bus, goûters, abonnements téléphoniques : loin de suffire pour subvenir aux besoins des enfants, l’allocation permettait malgré tout aux familles de faire face à certaines dépenses quotidiennes.

L’allocation qui était mensuelle est devenue ponctuelle. « Il faut faire une demande tous les mois » explique Cleusa, qui vient tout juste de renouveler les démarches avec son assistante sociale, sans garantie d’obtenir gain de cause une nouvelle fois. Lors de sa première demande, elle confie avoir attendu deux mois avant de toucher 230 euros pour cinq enfants. Si les délais ne sont pas toujours aussi longs, ils peuvent mettre les familles en difficulté. Bibiche attend encore le virement du mois de juin et ne pourra réaliser sa prochaine demande que le 17 juillet, faute de créneau disponible avec son assistante sociale. En attendant, elle peine à subvenir aux besoins de ses enfants et confie ne pas pouvoir emmener son fils chez le podologue, un soin non pris en charge par l’aide médicale d’État (AME).

« On a besoin d’argent, mais surtout d’être considérés »

Une autre difficulté est le manque de clarté du RDAS, explique Élise Cassetto-Gadrat, conseillère départementale du Rassemblement de la gauche et de l’écologie. « Ce n’est pas marqué clairement que l’aide pouvait être réitérée » pointe-elle, notant également des imprécisions autour de son montant, annoncé à 70 euros alors qu’elle peut être supérieure suivant les besoins des familles. Selon l’élue d’opposition, ce flou alimenterait des interprétations différentes des travailleurs et travailleuses sociales. Sur un groupe commun et en réunion, les Feder partagent le montant des aides qu’elle perçoivent : souvent, il faut compter 70 euros pour un enfant, un montant auquel s’ajoutent 40 euros par enfant supplémentaire. Pourtant, une des mamans du collectif a reçu uniquement 70 euros pour une fratrie de cinq lors de sa première demande, puis 230 euros les fois suivantes sans justification. « Ce n’est pas la majorité des cas, explique Fleur, bénévole à la Cimade, mais il n’y pas de barème officiel ». Fleur dénonce ainsi « une série de dysfonctionnements qui font qu’il n’y a pas égalité, et pas de rattrapage », des erreurs qui pèsent lourd dans le quotidien des familles.

Les mamans restent malgré tout solidaires et motivées : « Nous sommes ici pour se battre pour les droits des enfants » affirme Cleusa. « On a besoin d’argent, mais surtout d’être considérés », conclut Bibiche.

Un reportage et des croquis de Joanne Lehoux