En mission au village

Publié le 4 mai 2026

L’association InSite propose à des jeunes volontaires des missions de service civique pour soutenir des initiatives rurales qui font vivre le lien dans les villages et respectent le vivant. Présente en Normandie depuis 2021, elle a déjà accompagné une trentaine de petites communes.

Barenton dans le Sud-Manche, 1 200 habitants. Un bourg rural avec ses maisons en granit, son château, sa chapelle classée, ses deux écoles privée et publique… mais aussi sa supérette, sa banque, son coiffeur, son restaurant, ses deux bars, deux médecins, ses services publics et son florilège de labels : « Village fleuri », « Territoire engagé pour la nature », « Village Patrimoine ». Un village qui vit et voit s’installer de nouveaux habitants. Élus depuis 2020, le maire Stéphane Lelièvre et son équipe sont repassés au premier tour en mars dernier, seuls en lice, avec 65% de participation. Ici, très peu de « Monsieur le maire » ; c’est « Stéphane » quand on croise l’édile dans la rue, souvent accompagné des deux jeunes volontaires de la commune. Gwénaèle et Borys sont en mission de service civique dans le village pour six mois. Mais pas seulement : ils y vivent aussi. En novembre dernier, ils ont été reçus par les Barentonnais comme de nouveaux habitants, avec un pot d’accueil.

Dans le cadre de la labellisation « Villages Patrimoine », Gwénaèle et Borys ont travaillé avec un petit groupe d’habitants pour créer un parcours de visite dans le bourg. Quand ils partiront, les habitants prendront le relais. ©Christine Martinet

Le volontariat rural

Gwénaèle Judith a 24 ans. Parisienne, étudiante en géographie, elle souhaitait faire une année de césure entre la licence et le master pour « voir autre chose que Paris », en lien « avec l’environnement ». Elle a été déstabilisée en arrivant à Barenton par le fait de devoir « prendre la voiture pour aller faire du sport ou le plein de courses au supermarché » et par « la beauté des paysages ». Borys a 23 ans, étudiant toulousain en physique quantique. Lui aussi voulait faire une pause pour réfléchir à son projet professionnel, « découvrir la ruralité » et travailler sur l’écologie. Ils sont tombés sur l’offre de mission diffusée par l’association InSite : « Résilience communale, biodiversité et lien social », 24 heures par semaine, logement gratuit sur place, 500 € d’indemnité mensuelle de l’État. Référents de la mission : le maire, son premier adjoint et un ancien volontaire devenu agent communal. Une sorte « d’Erasmus rural » en quelque sorte, en séjour d’immersion au village. InSite envoie chaque année 200 jeunes dans 150 villages de France.

Sur le parcours géologique de Barenton, devant le château de Bonnefontaine.©Marylène Carre

Des binômes de volontaires

C’est Thibault Renaudin, maire d’une petite commune du Gers et actuel président de l’association InSite, qui a eu l’idée d’utiliser le dispositif du service civique pour rapprocher « des jeunes qui ont envie de s’engager et des petites communes de moins de 1 500 habitants, qui ont des idées, mais peu de moyens », explique Céline Gunes, chargée d’accompagnement au sein de la branche normande d’In Site. L’association est présente dans neuf régions françaises et depuis 2021 en Normandie, d’abord dans l’Orne et l’Eure, puis la Manche et le Calvados. Elle dispose de dix chargés d’accompagnement, répartis sur le territoire national. Céline rencontre les communes, apporte ses idées, aide à rédiger la fiche de mission et participe au recrutement des jeunes venus de toute la France. Une fois les binômes en place, elle rencontre les volontaires et leur tuteurs une fois par mois pour faire le point sur la mission.

Depuis 2021, 43 missions ont été réalisées en Normandie. Début 2026, 20 volontaires étaient en poste dans 12 communes rurales. « Les jeunes ne sont pas en responsabilité, précise Céline Gunes, mais ils viennent soutenir la mise en place des projets, accompagnés par les agents et leurs référents. » Et les projets sont aussi divers que les communes : monter un café associatif, un compostage collectif, créer un jardin partagé ou un parcours santé, aller à la rencontre des aînés du village, valoriser le patrimoine et les chemins de randonnée…

Inventaire des espèces sur les mares de la commune. La municipalité est accompagnée par le Conservatoire d’espaces naturels de Normandie pour la gestion de ces milieux fragiles. ©Jhon Cardenas Jurado

Des services civiques depuis quatre ans à Barenton

Gwénaèle et Borys sont le quatrième binôme de volontaires accueillis à Barenton. La première année, en 2022, la commune venait d’être labellisée « Territoire engagé pour la nature » et l’équipe municipale cherchait à restaurer ses mares, réservoirs naturels de biodiversité, et à sensibiliser les habitants. Pendant le diagnostic de territoire, Stéphane a aussi évoqué la question de l’intégration des 10% d’Anglais sur la commune. « Les volontaires peuvent-ils donner des cours de français ? » « Non, a répondu Céline, car on ne peut pas leur demander des compétences si poussées. Cependant, ils pourraient mettre en place un groupe d’échange franco-anglais ! » Le point a été rajouté à l’ordre de mission des premiers volontaires et depuis, ce groupe se réunit deux fois par mois au restaurant ou à la cantine du village.

Les missions suivantes ont été affectées à l’écriture d’un livret d’accueil pour les nouveaux habitants, de panneaux pédagogiques sur la géologie et le patrimoine, la création d’un parcours de sport exclusif et la sensibilisation des habitants autour de l’usage de l’eau potable, avec l’achat groupé de cuves de récupération d’eau. « Cette année-là, Margaux, l’une des deux volontaires, a proposé de reproduire les dessins des enfants sur le cycle de l’eau sur une fresque murale au city stade, raconte Stéphane Lelièvre. Elle avait de vrais talents de dessinatrice ! » Avec son collègue Tanguy, ils ont créé un jeu de société sur Barenton. Des initiatives qui ne faisaient pas partie du cahier des charges initial. « Notre rôle de tuteur consiste à accompagner, encadrer les volontaires, mais aussi à les laisser autonomes dans le créatif, complète Philippe Dorenlor, le premier adjoint. Ils apportent un autre regard, celui d’un jeune. On constate aussi qu’ils nouent plus facilement des liens avec les habitants, qu’un élu ou un agent communal peut le faire. »

Après-midi « Apérigolo » autour d’un jeu de société sur Barenton inventé par les précédents volontaires en service civique.
©Gwénaèle Judith

Plan de sauvegarde et inventaire de la biodiversité

En 2026, la mission de Gwénaèle et Borys porte sur l’élaboration du Plan communal de Sauvegarde de la commune, avec les habitants. « Il s’agit d’anticiper les risques majeurs qui pourraient survenir, comme une tempête ou une pollution de l’eau », précise le maire. Comment réagir ? Où sont les personnes vulnérables ? Où se trouve le matériel nécessaire ? Un document de 130 pages assez ardu, pour lequel les deux jeunes ont rencontré des élus, des pompiers, des agents, des habitants. « Ça a été au final très instructif, apprécie Gwénaèle. Nous avons constitué une réserve citoyenne prête à se mobiliser. »

Gwénaèle et Borys poursuivent aussi le travail initié par leurs prédécesseurs depuis quatre ans : l’inventaire de la biodiversité sur les mares de la commune et la sensibilisation à l’environnement, auprès des habitants et des enfants. Ça, c’est le domaine de Jhon, le premier volontaire arrivé à Barenton et qui n’est jamais reparti. « Je me suis vite intégré. J’ai rejoint le club de foot et enchainé avec un job d’été », confie celui qui a fini par s’installer durablement. Jhon est aujourd’hui agent technique municipal et pompier volontaire. « Barenton l’a adopté », sourit le maire.

En 2026, InSite expérimente un autre dispositif en proposant à des étudiants « des stages de 4 à 6 mois sur des missions spécifiques et techniques dans des communes plus importantes ou des intercommunalités », détaille Céline Gunes.

En février, les volontaires ont organisé une soirée cuisine du monde avec les familles d’exilés du centre Coallia de la commune. Les ateliers cuisine vont se poursuivre, en lien avec la Banque alimentaire de la Manche. ©Chloé Avice.

Des réseaux entre élus et associations

En plus du volontariat rural, l’association InSite promeut le partage d’expériences entre communes rurales, à travers la communauté « Artisans d’idées ». « L’objectif est de créer du lien entre les différents acteurs, de faciliter la coopération et de mettre en commun des idées, des outils et des ressources grâce à une plateforme numérique. » Un cercle national, qui compte plus de 2 200 membres, se réunit en visio lors des « cafés de campagne ». Au niveau local, InSite propose des rencontres sur le territoire, deux fois par an, avec visite de projets originaux à l’appui. La dernière rencontre a eu lieu à Barenton en décembre 2025 autour de l’environnement. La prochaine est prévue au mois de juin 2026, à Saint-Mars-d’Egrenne,dans l’Orne, sur la thématique du bien vieillir, avec la visite d’un habitat partagé pour seniors.

Dernière initiative, la création d’un collectif de toutes les structures associatives qui accompagnent les communes rurales en Normandie : Expériences Communes, Bouge ton Coq, Ville à joie, Mon petit camion, Alterfixe, Familles rurales, la Coop des territoires, Rhizome et l’ADRESS Normandie. « Comme les élus locaux, on travaille souvent seuls dans nos structures, explique Céline Gunes d’InSite. Ce collectif doit permettre de mieux nous connaitre et nous faire connaitre des élus et des agents, pour œuvrer tous ensemble à faire battre le cœur de nos villages. »

En savoir plus sur InSite.

Marylène Carre

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un projet financé par la Région Normandie, sur des initiatives locales en matières de développement durable.