Depuis 2015, l’association sillonne une fois par mois la ville de Caen et ses alentours pour organiser des ateliers d’aide à la réparation de petits appareils électroniques. Aux côtés d’experts, chacun apprend à donner une seconde vie à son grille-pain ou à son mixeur défectueux. Ces ateliers sont également des lieux de rencontres où différents profils échangent, s’entraident et se congratulent.
Le centre socioculturel de Bretteville-sur-Odon grouille de monde en ce bel après-midi de février. De 14 à 18 heures, ce sont des dizaines de personnes qui attendent une à une d’être prises en charge. Sur les nombreuses tables d’opération, les tournevis s’activent, les câbles sont débranchés, puis rebranchés. Bienvenue à l’atelier de La Générale Marabille où, chaque mois, les habitants viennent faire réparer un appareil électronique qui leur est cher. Durant tout l’après-midi, des salves d’applaudissements font trembler la salle, une tradition à chaque sauvetage. Aujourd’hui, La Générale Marabille a été invitée par l’association InTerreactions, spécialisée dans la protection et la sauvegarde de l’environnement, à venir au centre socioculturel de Bretteville-sur-Odon. La Générale Marabille s’inscrit dans un réseau local d’associations partageant des valeurs communes, similaires à celles qu’elle porte. Elle collabore en permanence avec Artifaille, association caennaise qui promeut « une informatique responsable, innovante éthique, et solidaire ».
La Générale Marabille est née il y a plus de dix ans d’une prise de conscience collective. « On a fait le constat d’un gâchis sans tentative de réparation. Nous, ce que l’on veut, c’est lutter contre l’obsolescence programmée », affirme Fabienne, membre de l’association. L’aventure s’est construite autour d’une bande de copains aux profils différents, tous bénévoles. Elle a été portée à ses débuts par Denis, éducateur à Démouville et membre de la première présidence de La Générale Marabille. Après plusieurs années à organiser des ateliers de réparation auprès de jeunes atteints de trouble dissociatif de l’identité (TDI), il dresse le constat suivant : « on peut faire bosser tout le monde ». Aujourd’hui, le pari est réussi, l’association compte chaque année de plus en plus d’adhérents.
Être acteur de la réparation, une condition sine qua none
« Chaque personne qui vient faire réparer donne ce qu’il peut, l’adhésion est à prix libre », explique Fabienne, « cela nous permet ensuite d’acheter du matériel. » Mais attention, il n’est pas question de déposer son sèche-cheveux puis de repartir faire ses courses le temps de la réparation. La Générale Marabille impose une limite d’un appareil par personne et exige de l’adhérent qu’il mette la main à la pâte. « On veut que les gens prennent du plaisir à venir à nos ateliers, qu’ils soient sensibilisés et impliqués. Les adhérents ont un temps d’échange avec les techniciens et ils apprennent d’eux-mêmes, ils sont pleinement acteurs », confie Denis.
C’est le cas d’Amandine, venue à son premier atelier cet après-midi pour tenter de ranimer un synthétiseur vieux de 28 ans qui ne s’allume plus. Autour de la machine, la tâche s’avère cependant assez complexe, « on essaye de chercher les schémas… On a déjà essayé deux fois de changer une pièce, j’espère que l’on va trouver la solution car je tiens beaucoup à ce synthé ». Pour elle comme pour d’autres, réparer un objet, c’est aussi préserver les souvenirs qui lui sont liés.
« C’est de l’humanisme, tout simplement »
L’association s’appuie sur une équipe de bénévoles soudés venus d’horizons différents. Parmi eux, on croise des techniciens, des ingénieurs, des retraités mais aussi des profils plus cosmopolites comme celui de Milad. Ce voyageur iranien, bénévole depuis un an, s’affaire aujourd’hui sur une imprimante photo : « J’aime le contact avec les gens, les aider à réparer, leur montrer qu’on peut le faire ensemble », sourit-il.
Au-delà de l’électronique, l’esprit de partage et de solidarité s’étend à la couture avec Nacera et Colette, qui remettent en état vêtements et machines à coudre. Car au fond, ce qu’on tisse vraiment à La Générale Marabille, c’est du lien social : « Venir chez nous, ça peut également faire du bien à certaines personnes pour voir du monde, faire des rencontres, être actif. Je pense notamment aux personnes âgées », conclut Denis. « Les gens viennent ici prendre du plaisir, sans aucune contrainte et dans une ambiance chaleureuse. L’objectif pour nous, c’est de créer un groupe solidaire… c’est de l’humanisme, tout simplement. »
Grégoire Leverrier Potel
Pour en savoir plus et connaitre les dates des prochains ateliers :
- la page Facebook de l’association