Petits Formats
N° 25 – Mars 2023

Les dernières nouvelles de Normandie, sélectionnées par Grand Format.

Ce mois-ci, on vous parle de selfies mortels, de ZFE, de solidarité, d’habitat écologique…

Les petites dépêches

Selfies mortels ~ Trois promeneuses sont mortes en 2022 pour avoir tenté de se prendre en photo sur les falaises d’Étretat. L’érosion naturelle et le tourisme de masse accentuent les risques. L’effondrement d’une arche de pierre à Étretat en janvier et celle d’un pan de falaise à Fécamp en février confirment le recul du trait de côte. À Fécamp, trois maisons, dont une en construction, sont désormais inaccessibles.

En sursis ~ Clinton Chalokwu, jeune footballeur talentueux d’origine nigériane, vient de voir son avenir professionnel brisé une seconde fois, à un an d’intervalle. Le 24 février 2022, c’est l’invasion russe en Ukraine qui l’empêche d’intégrer le club Vorskla, à Poltava. Le 22 février 2023, c’est une obligation de quitter le territoire français prononcée par la préfecture de la Manche qui menace de ruiner définitivement des années d’engagement dans le foot. Une pétition de soutien a recueilli 3800 signatures en 48h et un rassemblement est prévu à Coutances samedi 4 mars. Lire son portrait sur Grand-Format.

Mauvaise partition ~ Devant les difficultés financières de l’opéra de Rouen, les musiciens de l’opéra et de l’Orchestre régional de Normandie à Caen demandent un moratoire sur le projet de fusion des deux orchestres. Celle-ci doit être effective au 1er janvier 2024.

Resist ~ C’est le nom du projet européen pour l’adaptation au changement climatique dont la région Normandie est partenaire avec la région pilote du sud-ouest de la Finlande. Sur 5 ans, 1M€ d’aides européennes vont permettre de tester et promouvoir des «solutions fondées sur la nature» pour anticiper les conséquences des épisodes de pluie intense.

Tramway ~ Après deux mois de concertation et d’études techniques, le tracé de la future ligne de tramway à Caen a été validé. Elle traversera la ville d’est en ouest. Le tracé passe par l’hôtel de ville et le lycée Malherbe, évite la rue Guillaume-le-Conquérant, épargnant aux commerçants la durée des travaux, mais coupe en deux l’Etablissement Public de Santé mentale.

Pesticides dans les carottes ~ Le procès en appel des maraichers de Créances (Manche), accusés d’avoir utilisé du dichloropropène interdit en France, confirme leur condamnation à des amendes de 10 000 à 30 000 euros et 6 mois de prison avec sursis pour l‘importateur illégal.

L’initiative

Un coup de projecteur sur ces initiatives qui construisent le monde de demain.

Ressourcerie • « Ici, on leur propose du travail, du lien, de l’amitié. »

A Sées, depuis 2019, le Secours catholique a investi une ancienne école pour la transformer en une ressourcerie et un lieu d’accueil. Un endroit pour donner une seconde vie à des objets et tenter de réparer ces vies au parcours accidenté.

Sur leurs visages, un sourire de satisfaction. Les cinq hommes sont parvenus à livrer les meubles «aux Arméniens», à Alençon. Une fois arrivés sur place, l’armoire ne passait pas par la cage d’escalier. Qu’à cela ne tienne, le toit du camion a fait office d’échelle, pour parvenir à hisser le meuble par la fenêtre. Après leur mission, Armando, Stéphane, Guillaume, Jordan et Marcel reviennent à «Saint-Pierre». Où la photo de l’échelle improvisée fait le tour des personnes rassemblées ce jour-là dans cette ancienne école investie par le Secours catholique de Sées (61).


«Quand nous sommes arrivés, fin 2019, nous pensions n’utiliser qu’une pièce», se souvient Catherine Charpy, la référente du lieu. Aujourd’hui, le moindre recoin est utilisé pour présenter les objets donnés par des particuliers. De la vaisselle, des meubles, du matériel de puériculture, des jouets, des livres, des DVD, etc. L’ancienne école est devenue une sorte de recyclerie où chacun met la main à la pâte, le mardi et le jeudi, pour ranger ou réparer des objets, et les livrer. Claudine vient ici pour s’occuper, changer d’ambiance. «C’est la première fois de ma vie que je fais du bénévolat», dit-elle avant de raconter son parcours. «J’avais besoin de me vider la tête», ajoute-t-elle.

La mise à jour

Les nouvelles courtes, qui comptent, que vous avez peut-être manquées !

Écologie • ZFE, des « zones à forte exclusion » ?

Depuis le début de l’année, les onze plus grandes villes françaises interdisent à la circulation les véhicules non-classés et étiquetés Crit’Air 4 et 5, avec des exceptions plus ou moins marquées: c’est la réglementation ZFE, zone à faibles émissions mobilité, adoptée en 2021 avec la loi Climat et Résilience (en 2025, elle concernera toutes les villes de plus de 150 000 habitants). Dans la métropole de Rouen, depuis le 1er mars, les automobilistes circulant dans les 13 communes du périmètre ZFE sans vignette ou avec un véhicule non conforme peuvent être sanctionnés (68 € d’amende). Les contrôles deviendront automatiques en 2024. Les opposants dénoncent une mesure injuste pour les habitants les plus modestes et le déficit des transports en commun pour ceux qui doivent aller travailler à Rouen. La Métropole étudie la possibilité de créer un«pass ZFE24 heures » permettant de circuler librement 24 jours par an, comme à Strasbourg, et propose une aide à la conversion des véhicules (à partir de 5 000 €), qui s’ajoute à celle des autres collectivités et de l’État. Celles-ci seront-elles suffisantes pour atténuer les inégalitéssociales ? Outre l’enjeu écologique, Santé Publique France estime que les particules fines et les oxydes d’azote sont responsables de 40 000 morts prématurés par an. Pour en savoir plus : un podcast de l’IDDRI sur les ZFE et leurs défis sociaux.

Santé • Des plans de travail de cuisine, toxiques pour les ouvriers

Il y a quelques années, les ouvriers de la marbrerie MDY, à Lisieux, ont commencé à tomber malade. Des maux de tête, des vomissements, des malaises… et des arrêts de travail. Son dirigeant Philippe Ledrans s’interroge: est-ce les plans de travail de cuisine en quartz de synthèse, une nouvelle matière qui fait alors son apparition sur le marché, qui les rendent mal? Il demande alors une expertise à un laboratoire de toxicologie indépendant qui trouve dans ce quartz de synthèse de la silice et de nombreux produits chimiques. A 2000 km, au sud de l’Espagne, d’autres ouvriers tombent malades et meurent: ce sont les employés de l’usine Cosentino, le fabricant de plans de travail en quartz de synthèse qu’achète Philippe Ledrans pour les transformer ensuite dans son atelier normand. Là-bas, presque 2000 travailleurs sont touchés par la silicose, une maladie qui réduit progressivement la capacité pulmonaire. Ils n’ont pas été suffisamment protégés ni informés des risques posés par leur travail, a reconnu le propriétaire du groupe, début février, devant un tribunal espagnol. Le chef d’entreprise a été condamné à 6 mois de prison et 1,1 million d’euros d’indemnités pour cinq ouvriers malades de silicose. Mais il refuse que sa responsabilité soit élargie aux 1900 autres travailleurs et travailleuses touchés par la silicose.

De la Normandie à l’Espagne, lire notre enquête publiée dans le journal Basta! en septembre 2018.

Le témoignage

Les propos d’un acteur normand face aux enjeux de notre époque

Respire encore • Le journal au long-cours d’une malade du Covid

Originaire de Normandie, Mathilde attrape la Covid-19 quelques jours avant le confinement. Le début d’un enfer qui va bouleverser sa vie. Deuxième épisode du journal au long-cours d’une malade du covid long, entre souffrances et espoir de jours meilleurs.

La première neurologue que j’ai vue, tel Nostradamus, lisait les maladies non pas dans les astres, mais dans les dates des premiers symptômes. C’est l’unique chose qu’elle m’a demandée pour poser un diagnostic. Lorsque je lui ai répondu que j’étais tombée malade le 16 mars, avec une clairvoyance que beaucoup doivent lui envier (et notamment les quatre médecins vus précédemment qui en avaient conclu à un covid, ces ânes), elle en a immédiatement déduit que c’était une dépression. J’ai essayé de lui parler des différents symptômes assez peu équivoques, la sensation d’étouffer (crises d’angoisse!), la perte du goût et de l’odorat (perte du goût de vivre!), les gerçures (puissance de l’esprit???), les pertes de connaissance (un peu de tout le reste, elle commençait à être à court d’arguments), de la toux, des symptômes digestifs etc. Rien n’y faisait.

Le décryptage

Pour mieux comprendre certains faits qui ont marqué l’actualité régionale au cours des dernières semaines

Santé publique • Les PFAS, ces polluants éternels

Le journal Le Monde et plusieurs médias européens ont enquêté sur les PFAS, une famille de composés chimiques ultratoxiques, et indestructibles dans la nature. Petit zoom sur leur présence en Normandie.

Une pollution éternelle, parce que ces composants chimiques sont indestructibles dans la nature. Le journal Le Monde, associé à de nombreux médias européens, a enquêté sur les PFAS, une famille de composés ultratoxiques que l’on trouve dans de nombreux produits: les poêles anti-adhésives, les produits antitache, les semi-conducteurs, les imperméabilisants, les tapis, les cordes de guitare, la peinture, les emballages de Kebab, les traitements pour l’acné, le fil dentaire ou la mousse anti-incendie utilisée dans les aéroports.
Les PFAS sont soupçonnés, même à faible dose, de provoquer la «diminution du poids des bébés à la naissance, de la fertilité ou de la réponse immunitaire aux vaccins chez les enfants; l’augmentation des risques de cancers du sein, du rein ou des testicules; de maladies de la thyroïde; de colite ulcéreuse; de hausse du taux de cholestérol et de la tension artérielle, de pré-éclampsie chez les femmes enceintes; de risques cardio-vasculaires».
La pollution provoquée par ces composants chimiques est globale. Le Monde et ses partenaires ont dressé une carte des sites contaminés en Europe. En Normandie, des PFAS ont été trouvés un peu partout sur le territoire, de Gatteville le Phare à côté de Cherbourg à Bretoncelles, dans l’Orne, en passant par Alençon, Ver-sur-Mer et Coutances. De nombreux prélèvements le long de la Seine montrent une accumulation de ces produits chimiques.

Précaires énergétiques

Avec la flambée des prix de l’énergie, de plus en plus de personnes se retrouvent dans une situation de précarité. Nous sommes allés à la rencontre de quelques-unes d’entre-elles, à Honfleur et à Sées.

A lire la semaine prochaine sur Grand-Format.

À lire, à voir, à écouter…

Transition écologique • Chantiers communs

Alors que les alertes climatiques, écologiques et sociales se font toujours plus nombreuses ici comme ailleurs, Chantiers communs invite à explorer d’autres façons d’envisager et d’habiter nos territoires en Normandie. Pendant un mois, Territoires Pionniers, Maison de l’architecture en Normandie, propose ainsi plus de 70 rendez-vous gratuits en Normandie pour réhabiter le territoire et se préparer au changement climatique. Grand Format est partenaire de cette belle initiative. Tout le programme est à retrouver ici.

Documentaire • « Moi, agricultrice »

En 1971 à l’initiative du MLF, les femmes battent le pavé à Paris et dans les grandes villes. Banderoles, slogans et chants: la cause des femmes s’invite durablement dans l’espace médiatique et la société.À la même époque dans les campagnes, pas de MLF, pas de grand rassemblement, mais un combat a pourtant commencé depuis l’après-guerre. Une lutte invisible, sans relais politique ni médiatique. Une lutte rendue difficile par une culture patriarcale profondément ancrée qui entrave toute velléité de changement… Au temps des grandes revendications féministes des années 70, il n’y a pas d’agricultrices. Il n’existe au mieux que des femmes d’agriculteurs. Des corps au travail. Pour obtenir un statut d’agricultrice c’est-à-dire de cheffe d’exploitation, mais aussi bénéficier de droits égaux à ceux des autres femmes, il leur aura fallu 60 ans. C’est ce que raconte la réalisatrice Delphine Prunault dans ce documentaire coproduit par Galaxie Presse – LCP – France 3 Pays de la Loire à voir sur le site de la chaîne tout le mois de mars.

Des nouvelles de Grand-Format

Festival Altérités • Nomadismes

Le festival de cinéma et d’ethnographie Altérités se déroule du 16 au 19 mars sur le thème des nomadismes. Grand Format participe à nouveau lors de cette édition, avec deux rendez-vous : une exposition au cinéma Lux du 13 mars au 2 avril et une rencontre le samedi 18 mars à 14h à la bibliothèque Alexis de Tocqueville autour de « L’école du voyage ». Une école qui roule, dans un camping-car, pour aller à la rencontre des enfants qui voyagent en roulotte en Normandie. Tout le programme est à retrouver ici. Photographie Emmanuel Blivet.

Table ronde • On parle « genre » à la bibli

Théorisée à partir des années 50, la distinction entre sexe, donnée biologique, et genre, identité ressentie et construite socialement, continuedefaire débat. Mal comprise, parfois réduite à un simple effetdemode et soupçonnée d’être dangereuse, l’identitédegenre cristallise les tensions, notamment dans le discours politique ou religieux. Elise Devieilhe, sociologue spécialiste du genre, membre de l’association Epicène et Tal Madesta, journaliste, auteur et militant transféministe, viendront débattre de cette question du genre, au cours d’une table-ronde animée par Grand Format, vendredi 10 mars à 18h30 à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville de Caen. Entrée libre.

Conférence gesticulée • Les sacrées vieilles

« La ménopause, c’est pas la mort… c’est encore l’amour ! » est le titre d’une conférence gesticulée réalisée par Les sacrées vieilles. « Nous voulons interroger la place des femmes vieillissantes, invisibilisées dans le système actuel »,explique Hélène Gourdeau, à l’initiative de cette conférence portée par l’association d’éducation populaire « La Bourrasque ». Entre féminité et féminisme, entre intime et politique, sept femmes dressent un plaidoyer pour la cause des femmes, à travers la grande histoire et leurs propres parcours de vie. Vendredi 10 mars à 20h à la MJC de la Guérinière. Tout public à partir de 14 ans. Réservations auprès du planning familial au 02 31 82 20 50.

Cette newsletter, mise en forme par Pierre Hardel, a été réalisée par Marylène Carre, Simon Gouin, Isabelle Bordes et Raphaël Pasquier en partenariat avec le Médialab du Wip. Elle est éditée par le magazine Grand-Format, un projet de l’association Lire la suite.