« Depuis le retour des talibans, il n’y a plus le droit d’écouter de la musique. Mais grâce à notre radio, on diffuse quand même des concours de poésies. »

Hamida Aman est afghano-suisse. Après avoir longtemps dirigé une entreprise de production audiovisuelle, elle a crée des radios pour divertir les jeunes, mais aussi pour permettre aux femmes de continuer de travailler. Une radio «pour les femmes, et animée par des femmes».

Quel est le rôle de votre radio en Afghanistan?

Notre radio a été créée pour les jeunes, pour les divertir. Elle diffuse des nouvelles, des programmes sportifs, des informations sur la politique, la musique. Sur cette radio dédiée aux jeunes, les jeunes sont à la fac et vivent leurs vies d’étudiants, les animateurs expliquent la vie d’étudiant de jeunes de 20 ans. 80% de la population est illettrée.

Avant, les séries télévision pour les jeunes que je produisais représentaient des jeunes qui étaient à la fac et c’était pour leur expliquer les relations filles/garçons, les relations parentales, familiales… pour leur donner des ambitions. Tout en le faisant avec des faits et gestes simples.

Il y a un an, j’ai crée une nouvelle radio pour les femmes car les femmes de la télévision allaient être renvoyées par les talibans. C’était la seule façon pour moi de les aider, faire en sorte qu’elles ne perdent pas leur travail. Miraculeusement, les talibans ont autorisé la radio.

Comment tentez-vous de favoriser la liberté d’expression?

La liberté d’expression est extrêmement restreinte en Afghanistan à cause de l’arrivée des talibans au pouvoir, en août 2021. C’est interdit de critiquer la religion, il faut faire attention quand on critique les chefs. Mais les chaînes de télévision se sont développées depuis 20 ans et la liberté d’expression est beaucoup plus présente, malgré tout. Depuis le retour des talibans, il n’y a plus le droit de faire écouter de la musique (seulement des musiques très calmes ou religieuses) mais avec notre radio, on diffuse quand même des concours de poésies, des programmes du matin pour divertir les populations locales. Les femmes n’ont plus le droit à l’éducation, n’ont plus de travail. Les femmes du gouvernement ont été renvoyées chez elles. Les jeunes femmes n’ont pas le droit d’aller à l’école. Aujourd’hui, c’était la rentrée scolaire et les filles se sont préparées pour aller à l’école mais elles ont été refusées et renvoyées chez elle. C’était une fausse annonce, car elles attendaient vraiment la rentrée scolaire avec impatience. Ce qui m’attriste sincèrement, c’est qu’on est en train de détruire leur vie. Elles n’ont plus d’espoir. Les universités ont repris mais avec vraiment très peu de moyens. Le diplôme que l’on va avoir va t-il être un diplôme des talibans ? Pourrons nous travailler ? Les jeunes quittent leur pays car ils ne voient plus leur avenir, ils ne voient pas de solutions. Beaucoup de journalistes ont dû fuir le pays car leur vie était en danger.

Depuis que je suis née, c’est la guerre dans mon pays. Celui ci il connaît la violence, la dureté mais il n’y a jamais eu une jeunesse aussi vibrante. Il faut continuer à se battre pour que la jeunesse prenne sa vie en main, et pas ces vieux  » schnocks ».

En France, on a de la chance d’avoir une vraie liberté d’expression. Il faut la maintenir, il faut la sauvegarder. Il faut la considérer sérieusement car cela peut très vite déraper. On est en pleine campagne présidentielle; on a des candidats de tout bord, avec des idées farfelues… Heureusement qu’on a cette liberté d’expression pour permettre à tous ces candidats farfelus d’être là, et de s’exprimer, car pour moi, cela donne plus de crédibilité aux autres. Chacun doit pouvoir s’exprimer. Il faut laisser tout le monde s’exprimer, c’est un combat permanent. On ne doit pas s’endormir sur nos lauriers.

Bailleul Noah, Perrotte Enzo, Dieudonné Charlotte

Les résidences

De quelques jours à plusieurs semaines, les journalistes et photographes de Grand-Format s’immergent dans un établissement scolaire, une médiathèque, une ville... pour y mener des ateliers d’éducation aux médias et un travail journalistique. Avec des jeunes et des moins jeunes, nous construisons ensemble ces éditions spéciales de Grand-Format issues de ces résidences.