À Colombiers, une commune de plus de 300 habitants au nord d’Alençon, l’association Yapuka, créée en décembre 2018, tient l’écolieu Le Chant des Arbres. Un espace naturel de cinq hectares où tout au long de l’année sont organisés des évènements qui sensibilisent petits et grands à l’environnement et à la cohésion de groupe. Parmi les activités proposées : un atelier théâtre pour enfants.
“J’ai hâte que l’enquête commence, pas vous ?”, lancent Roméo et une de ses camarades en tenue de policier à l’occasion d’une pièce de théâtre. Mais sur quoi enquêtent-ils ? “Un tableau a été volé dans un musée. Il a été revendu à la reine. Je suis enquêteur et on doit le retrouver !”, narre Roméo, 12 ans, et cinq ans de pratique.
Sur une scène aménagée dans une grange tenue par Yapuka, Roméo et huit autres enfants âgés de 6 à 12 ans répètent ensemble depuis septembre 2025 pour une représentation théâtrale devant leurs familles à la fin du mois de juin. Et tout ça sous l’œil passionné de Nathy Massot qui anime l’atelier les mercredis. Il est réalisé en partenariat avec la Caisse d’Allocations Familiales de l’Orne (CAF) et fait partie du projet Espace de vie sociale.

Un écolieu autogéré
En décembre 2018, Guillemette, et Marc, les propriétaires des lieux, ont créé l’association Yapuka afin de faire vivre leurs cinq hectares de terrain, un vaste espace naturel qui est devenu l’écolieu Le Chant des Arbres. “ Deux trois ans avant, Guillemette et Marc avaient réfléchi à créer cet écolieu. Après des travaux, ils ont pu accueillir des bénévoles et des personnes en WWOOfing. En échange du gîte et du couvert, ces derniers aident dans l’entretien du terrain et des animaux”, précise Nathy Massot, arrivé en 2019 comme bénévole, salarié en 2021. Puis, progressivement, l’association s’est mise en place. “En 2019, la première fête du Chant des Arbres a eu lieu pour annoncer qu’on existait et pour faire un village associatif. Depuis, on en fait une chaque année !”
Un écolieu késako ? “C’est un lieu d’expérimentation de savoir-être et de savoir-faire. Il est tourné au maximum sur le respect du vivant. Les cinq hectares servent à faire de la sensibilisation au développement durable, à l’environnement et à la culture”, indique le salarié de 32 ans, originaire de Maine-et-Loire. Depuis 2019, c’est à travers un grand nombre d’évènements que l’association a continué de grandir. Elle a réussi à établir un lien entre ce lieu et les habitants du coin : transmission de savoirs sur la nature, échanges et rencontres, préservation de l’environnement… Aujourd’hui, elle compte une quarantaine de bénévoles et deux salariés. Les décisions sont prises collégialement. En 2025, elle a recensé près “de 380 adhérents”. Et côté financement : “Les adhésions représentent une partie du budget. On est subventionné principalement par la commune, par la Région et par l’Etat. Nos principales ressources de revenus viennent aussi de nos prestations”, relate le salarié.

Yapuka contribue à l’attractivité locale de Colombiers. À proximité de la forêt domaniale d’Écouves, Le Chant des Arbres est situé en plein bourg, près de l’église et en face de la mairie bordée par la route : une place offrant “une bonne visibilité”. À l’entrée, “une petite maisonnette” sert de lieu de travail pour l’équipe ornaise. Le mardi, elle est utilisée comme relais pour réceptionner les commandes de pain faites localement. Les bénévoles y vendent également de la farine, de l’huile, des œufs, des champignons, du fromage et du jus de pomme. “Aucune marge sur cette production, tout revient aux artisans et artisanes ainsi qu’aux producteurs et productrices du coin”, rappelle Nathy Massot.
Respect du vivant et esprit d’équipe
À droite de la maisonnette, une cour mène sur un vaste terrain qui a été rénové. On y trouve une grange, dotée d’un espace pour accueillir du public lors “des concerts, des fêtes et des repas entre bénévoles”. Et puis tout près, un bar associatif. L’écolieu se veut aussi être un espace social. Dans ces deux lieux, pour favoriser le lien entre adhérents et bénévoles, de nombreux ateliers et des projets rythment l’année.“On a des ateliers dessins, de chorale, de savoir-faire (fabrication de savons, couture…), de jardin et des entraînements d’arme ludique avec une guilde”, résume Nathy, qui avec son équipe “reçoit aussi régulièrement des centres sociaux, des IME (Instituts médico-éducatif) et des écoles situées dans l’Orne. Il y a une année, on avait mesuré la venue de 500 enfants par an”.




Dans cette grange, l’atelier théâtre respire l’esprit de groupe. Un atelier créatif et ludique pour ces enfants comédiens. Des voleuses intrépides, le jeune espion Elio qui a un talent pour se cacher furtivement… Un scénario inspiré du braquage du Louvre de 2025 ? “C’est vrai ! avoue Nathy avec humour. On avait réfléchi au scénario en décembre. Les enfants m’ont transmis leurs idées et leurs envies. Au printemps, après des ajustements, le scénario était calé”. La pièce est composée d’une dizaine de scènes. La jeune Léna lance les transitions : “musée”, “salle du trône”. “Aucun texte à apprendre par coeur, c’est beaucoup d’improvisation”, éclaire le trentenaire. Les enfants changent les décors et portent des costumes. Outre la créativité, la pièce sensibilise à l’écologie. Le but de Roméo et ses collègues policiers : retrouver les responsables du vol afin de “réutiliser l’argent du tableau pour nettoyer la plage”. Un bon défi qui les attend.
Un lieu de partage
“Cet atelier développe la confiance en soi. J’ai commencé le théâtre à 7 ans. J’étais introverti et ça m’a aidé à me libérer complètement. J’aime beaucoup retransmettre cette façon de faire qui facilite grandement les choses dans la vie. Avec le Chant des Arbres, j’ai retrouvé ce côté grande famille du théâtre.”, sourit Nathy qui a étudié en art du spectacle. Il savoure ses moments de partage avec les enfants. En quelques séances, il a noté leur progression. “Les enfants me le renvoient bien. Certains en font depuis 4 ou 5 ans et d’autres viennent juste de commencer. Mon rôle c’est réussir à créer un effet de groupe. Ils se donnent à fond et ils s’éclatent”, raconte le passionné.

Fête de la pomme, fête d’Ouverture…
Après l’atelier, Nathy Massot nous fait visiter l’écolieu. Une fois franchie la grange, se tient devant le pont en bois un jardin pédagogique doté de plantes médicinales. Auprès des bénévoles, les adhérents découvrent la pratique de la permaculture. “Ce jardin n’a pas de volonté de production. Avec les différents groupes qu’on reçoit, parfois des personnes qui n’ont pas l’habitude de jardiner, on les aide à apprendre ensemble et à partager des connaissances. Aux enfants, à comprendre que les plantes ça peut soigner et ça nourrit”, montre Nathy.
Autre volet de l’association : la protection et le respect des animaux. Derrière la yourte, qui accueille ateliers et expositions, les prés permettent aux animaux de profiter du grand air. “En début de journée, on sort les chèvres pour qu’elles aillent se nourrir. On donne aussi une parcelle à manger aux ânes dans leur pré. Il y a des parcelles délimitées avec de l’herbe qui pousse. L’hiver, on y fait nos foins sur place pour les nourrir. Nous sommes autonomes là-dessus”, ajoute le salarié.
Les prés partagés avec les ânes sont utilisés pour d’autres animations nature, notamment “des chantiers participatifs”. “On peut refaire les murs des bâtiments, planter des arbres et ramasser des pommes”, détaille Nathy. Par exemple, lors de “la Fête de la Pomme” à l’automne. “C’est un peu notre fête préférée ! C’est une fête bénévole. Les gens nous aident à ramasser des pommes et pour les remercier, un concert est organisé !” se réjouit le salarié. Mais pour découvrir toute la biodiversité de l’écolieu, rien de tel que la “Fête d’Ouverture” au printemps, qui annonce les activités de l’été.
À long terme, l’objectif est de faire perdurer le Chant des Arbres comme un lieu de vie sociale pouvant accueillir un large public .“Près de l’entrée, un vieux bâtiment rénové qui sert comme stockage et garage à vélo pourrait servir de sanitaires, de douches, mais aussi pour faire des camps nature afin de faire de l’accueil collectif pour mineurs”, explique Nathy.

Jardinier, éleveur, bâtisseur, animateur
L’écolieu est aussi entouré par deux cours d’eau, à l’Est le Bief et à l’Ouest la Briante, une rivière traversant le département. “Une partie de l’association s’intéresse au développement de la biodiversité du lieu. On repère et répertorie les espèces faunistiques et floristiques. Depuis 2019, on a observé un enrichissement de la flore et de la faune”, insiste le guide des lieux. Outre le jardin pédagogique, Yapuka entretient plusieurs fruitiers notamment des pommiers qui servent à alimenter le bar associatif. “Le jus de pomme est notre seule production qu’on revend à prix libre aux adhérents”, complète l’ancien bénévole.


Lui a trouvé sa voie. “Je suis à la fois jardinier, éleveur, animateur, bâtisseur et facteur… C’est épanouissant et ça demande beaucoup d’énergie”, souffle Nathy. Et pour devenir bénévole rien de plus simple : “il faut venir nous voir sur une journée d’évènement ! Je trouve que les chantiers participatifs sont les meilleurs moments”, conclut l’Ornais.
Association Yapuka – Le Chant des Arbres, 2 rue de Lonrai à Colombiers. Contacts : yapuka@lilo.org/06 68 60 00 47.Pour en savoir plus sur l’association Yapuka et ses évènements, c’est ici.
Mathieu Druet – Photos : Marine Thomann
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Cet article a été rédigé dans le cadre d’un projet financé par la Région Normandie, sur des initiatives locales en matières de développement durable. ![]() |
