Amayé-sur-Seulles, la (sur)prise du RN dans le Calvados

Publié le 2 novembre 2026

Première commune tombée aux mains du parti d’extrême droite, Amayé-sur-Seulles, à l’Ouest de Caen, a pourtant élu un maire « sans étiquette » aux élections municipales. Sur place, ce basculement politique est globalement sans surprise pour les habitants.

« Je n’ai jamais voté de ma vie. De toute façon, c’est un système de merde et j’espère que ça va péter, qu’on va faire sauter tout le monde ». Au téléphone, cet habitant d’Amayé-sur-Seulles n’y va pas par quatre chemins quand on le questionne sur les prochaines échéances électorales. La commune du jeune homme fait pourtant figure d’exception dans le bocage : c’est la seule avec un maire inscrit sur la liste Rassemblement National, lui qui a pourtant été élu « sans étiquette » aux dernières municipales. Car Pascal Cotard, maire depuis 2001 et réélu en mars 2026, a rejoint le parti d’extrême droite trois mois plus tard, posant fièrement devant la mairie avec Louis Defever, qui était à l’époque délégué départemental du parti dans le Calvados, et qui aujourd’hui a créé un collectif baptisé « Je soutiens ma police ». « Dans les communes rurales, les gens ne font pas de politique entre guillemets… c’est d’abord le cadre de vie qui compte », commente un maire du Calvados aussi élu « sans étiquette », mais souhaitant rester anonyme. « En tant qu’élu, tu ne fais pas ça, c’est la meilleure manière de se mettre des gens à dos. »

Ce coup du sort, qui n’en est au fond pas un, fait de cette (très) petite commune d’environ 200 habitants dénuée de tout commerce la première aux mains du parti frontiste de tout le département. Pis encore, Pascal Cotard s’est même vu ainsi propulser en deuxième position sur la liste RN/UDR aux sénatoriales du Calvados (conduite par Chantal Henry). « Avec ma compagne, nous étions fous en apprenant cela dans l’article de presse », réagit un autre habitant, qui souhaite aussi garder l’anonymat. « L’une de ses conseillères municipales l’ignorait aussi… Juste avant cette annonce, il a aussi été approché par Debout la France, le mouvement de Dupont-Aignan ». Si Pascal Cotard n’a pas donné suite à notre sollicitation, Louis Defever s’était lui félicité de cette nouvelle arrivée au parti d’extrême droite chez nos confrères de La Voix du Bocage.

« Toute la rue du village a voté RN »

Lors de notre reportage dans la commune à quelques kilomètres de Villers-Bocage, il nous a été impossible de trouver un Amayéen et ou une Amayéenne souhaitant s’exprimer en son nom, par peur de représailles (administratives) selon eux ou plus simplement du « qu’en dira-t-on ». Dans la majorité des quelques personnes interviewées, la plupart d’entre elles adhèrent à cet engagement frontiste, bien qu’ils l’aient découvrent via nos questions. « Toute la rue (l’unique, NDLR) du village a voté RN », confirme un habitant très âgé, en bricolant sa gouttière. « C’est très bien que monsieur le maire soit au RN, s’il a fait ça. De toute façon, la droite et la gauche sont au pouvoir depuis trop longtemps et Marine Le Pen, ce n’est pas son père ». Là encore, il semble y avoir beaucoup de dégagisme dans le discours, bien que le village soit totalement éloigné des sujets du parti d’extrême droite, immigration en tête. Avec environ 90% de propriétaires selon les chiffres de l’Insee, Amayé-sur-Seulles a ainsi vu son « solde migratoire » baisser de 1,7 % par an entre 2017 et 2023, chez une population majoritairement masculine et âgée (les 65 ans et plus représentent 22,3 %). Plus surprenant encore, la commune votait majoritairement Ségolène Royal (55%) puis François Hollande (53,97 %), respectivement au second tour des élections présidentielles de 2007 et 2012… pour finir à quasiment 70% pour Marine Le Pen en 2022. « C’est très calme ici, pourvu que ça dure », conclut la secrétaire de mairie. Ce jour- là, une seule voiture est passée dans le bourg durant les quelques heures du reportage.

Guy Pichard