Le Département du Calvados a engagé d’importants travaux de réhabilitation du Château de Bénouville et de la Maison de la Nature et de l’Estuaire, au nord de Caen, dont il est propriétaire. Il envisage de concéder la gestion de ces bâtiments, une fois livrés fin 2027, pour développer une offre touristique et évènementielle.
Nous avions évoqué dans un précédent article la refonte du futur projet du château de Bénouville, propriété du Département du Calvados, qui fait l’objet d’un important chantier de réhabilitation jusqu’en 2027. On en sait désormais davantage sur le projet qui sera présenté au vote du budget le 29 juin, qui risque de faire d’un patrimoine public un lieu inaccessible au plus grand nombre.
Le nouveau scénario envisagé est le fruit d’une « démarche stratégique » engagée par le Département visant à « repenser en profondeur la vocation et le fonctionnement » non seulement du château de Bénouville, mais aussi de la Maison de la Nature et de l’Estuaire, à Salenelles. Le Département a acquis ce site en 1986 et en a confié la gestion jusqu’en 2024 au Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) de la Vallée de l’Orne, qui en avait fait un lieu dédié à l’éducation à l’environnement et à la découverte de l’estuaire. Lui aussi est en chantier jusqu’en 2027.
Optimisation économique
Courant 2025, le Département du Calvados a confié à une agence d’ingénierie culturelle et touristique, l’agence Scarabée à Bordeaux, une mission d’étude visant à proposer des scénarios de gestion « permettant d’assurer l’optimisation et la pérennité économique » des deux sites départementaux. En clair, réduire le coût de ces établissements publics pour la collectivité : le déficit structurel d’exploitation étant estimé à 1,2 millions d’euros, principalement lié au château (987 000 € de différence entre les charges et les produits d’exploitation).
Fin 2025, Scarabée remettait sa copie et sa facture (26 473 € pour la Maison de la nature et 39 880 € pour le château de Bénouville, selon le site de l’agence). Elle préconise de confier la gestion des deux sites, via un contrat de concession pour une durée maximale de 20 ans, à une SPL, société publique locale, dont le Département serait président et actionnaire majoritaire.
« Mise en tourisme » des sites
Concernant la réorientation des deux sites, le scénario retenu propose trois pôles : un pôle « loisirs culturels » (visites du château et du parc, parcours ludiques, escape game, team building, etc.) ; un pôle « évènementiel, privatisation » (séminaires, évènements business, location de salles, conférences, manifestations culturelles) et un pôle « restauration » avec restaurant, buvette, traiteur… Le nouveau projet vise donc une clientèle d’entreprises et de touristes ayant un certain pouvoir d’achat, loin de l’idée initiale de « pouponnière culturelle », en clin d’œil à son passé de maison maternelle. Avec ce nouveau scénario, l’objectif est d’atteindre un petit bénéfice d’exploitation (de l’ordre de 13 000 €).
Les représentants du personnel contactés expliquent avoir émis un avis défavorable dans le cadre du CST, Comité Social Territorial, et avoir présenté un contre-projet le 11 juin dernier, « réalisé avec l’aide de l’IA en un après-midi » pour dénoncer le coût de l’étude commandée par le Département. Il préconise la mise en place d’une régie départementale directe pour gérer les deux sites, un musée de la maternité sociale et de la Résistance et une offre de restauration sociale approvisionnée par les producteurs locaux et bio du Calvados. « On dépense des deniers publics (20 M€ pour la réhabilitation du château) pour faire un lieu de séminaire business et d’événementiel haut de gamme, sur une compétence touristique qui ne fait pas partie des compétences obligatoires du Département, alors que l’aide sociale à l’enfance par exemple manque cruellement de moyens », alertent les représentants CGT du Département.