Septembre 2022

Tranches de vie-rois•es

Simon Gouin/Emmanuel Blivet/Participants à la résidence

Tranches de Virois

Publié le 1 septembre 2022

Ce sont des histoires d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Les souvenirs de Jean sont gravés dans sa mémoire, 75 ans après la seconde guerre mondiale, les bombardements et l’exode. Jean-Pierre a remonté un baraquement pour garder une trace de ces maisons d’urgence de l’après-guerre. Hervé retrace l’époque où des usines viroises se sont mises à produire du beurre de façon industrielle. Et Georges continue de coiffer, à 88ans, à côté de la gare, mémoire du quartier et passionné de photo.

Un jour, Alain, qui anime une petite troupe de théâtre avec des ados du lycée Marie Curie, reçoit une proposition surprenante: aller jouer à Sacele, en Roumanie. C’est le début d’une sacrée aventure humaine qui mènera jusqu’au jumelage. Etienne, lui, a fui son pays avec sa femme et ses quatre enfants. Pour lui, Vire est une ville où tout reconstruire. Annabella espère plus de reconnaissance dans son métier de liens et d’humanité: auxiliaire de vie. Pour soutenir la fraternité, Angélique s’engage partout où elle peut dans les associations, et accepte des responsabilités. Karim réalise son rêve: ouvrir un restaurant sénégalais. Et Sonia trouve à Vire une deuxième famille.

Pour produire l’électricité de demain, Serge transforme d’anciens moulins en de véritables petits barrages hydroélectriques. Antoine et ses camarades ingénieurs visent l’autosuffisance, en lien avec leurs voisins. Salomé, coworking manageuse, s’investit dans un nouvel espace pour les entrepreneurs. Léa s’engage pour l’égalité entre les humains. Comme Olga qui soutient, à travers son travail, les femmes qui souffrent.

Des vies, des engagements, des témoignages qui dessinent la diversité d’un territoire : coloré, accueillant, solidaire, engagé.

Un territoire à découvrir à travers ces 15 histoires de Viroises et de Virois, réalisées par des jeunes collégiens et lycéens et le média en ligne Grand-Format. Et une exposition à Vire, au square Totnes et dans les jardins de la médiathèque, à partir du mardi 13 septembre 2022. Un projet mené avec la médiathèque de Vire Normandie, dans le cadre d’une résidence de journalisme soutenue par la Drac.

Un grand merci à Léna, Maëlys, Amélie, Evane, Maxime, Marine, Robin, Clément pour leur participation à la réalisation de ces témoignages journalistiques.

Hier

Publié le 2 septembre 2022

«Il ne fallait pas faire d’erreur, car cela pouvait être fatal.»

Il y a quelques années, Jean Garnier a écrit un livre sur son histoire, pour ses enfants, ses petits-enfants et ses arrières petits-enfants. Il y raconte notamment les années d’occupation, les bombardements de Vire et l’exode, entre 1939 et 1945. A aujourd’hui 90 ans, aux côtés de son épouse Louisette, il s’en rappelle «comme si c’était hier».

Ecoutez Jean Garnier

«Je suis encore de ceux qui ont connu cette période de la guerre 39-45. A cette époque, on a été très marqués. La preuve, c’est que je suis dans ma 90ᵉ année et je m’en rappelle encore, comme si c’était hier.

Quand Vire a été bombardée, le 6 juin 1944 (400 civils sont morts et 400 autres ont été blessés, ndlr), les Virois se sont fait évacuer et se sont retrouvés surtout à La Lande Vaumont, Saint Germain de Tallevende et Maisoncelles. Puis certains sont arrivés à Truttemer. Moi je suis né en 32 ; j’avais douze ans. Ce qui a le plus marqué les gens de la région, c’est que la clinique de Vire s’est installée à Truttemer. Et l’hôpital, avec les chirurgiens et les médecins avait un bloc opératoire à l’école des garçons. Les gens étaient désemparés, ils arrivaient dans notre village. Avez-vous untel? C’était affreux, c’était la panique. On était à huit kilomètres environ à vol d’oiseau de Vire. Le sol tremblait.

Les tracts tombent à Saint-Sever plutôt qu’à Vire

Le lendemain matin, on avait une nuée de papiers de Vire, des factures, des tas, qui arrivaient sur Truttemer parce que le vent était propice sans doute à nous les envoyer. On retrouvait des noms de Vire, c’était incroyable. Certains papiers étaient un peu brûlés, d’autres n’étaient pas brûlés du tout. La veille, mon oncle, était à Saint-Sever, où il a récupéré des tracts qui avaient été lancés par les Américains qui prévenaient du bombardement, en disant «quitter la ville». Normalement, ces tracts devaient tomber sur Vire. Mon oncle en a ramassé et il en a donné à ses voisins. Il est parti à Domfront avec sa famille. Quand les bombardements ont débuté, mon père s’est dit: «mon frère, qu’est-il devenu?» Il voulait prendre son vélo et aller le retrouver. On l’a dissuadé d’y aller. Oui, c’est un des seuls qui a cru les tracts qui étaient lancés.

Dans la ferme, on avait deux couples de Vire qui habitaient les Monts de Roullours, et ils ne sont pas restés longtemps. Ils sont partis dans la famille ou chez des amis. Le maire de Truttemer, Alfred Halbout, qui était conseiller général et un cousin, a demandé à mon père s’il acceptait de recevoir la famille du président du tribunal de Vire, Monsieur Séché. Ils sont venus à la ferme, et lui, tous les jours, il allait et venait à la mairie de Truttemer, à pied, pour son travail.

Avant les bombardements, Alfred Halbout allait souvent à la Kommandantur. Un jour, il apprend qu’un monsieur de Truttemer avait ramassé des tracts et les avait distribués. Il avait été vendu. Alfred Halbout accroche mon père en lui disant: « Tu vas dire à ce monsieur qu’il brûle tous ces papiers, qu’il ne garde rien du tout». Et deux-trois jours après, il y a eu une descente des Allemands, ils ont été deux jours à fouiller la maison et la ferme. Il ne fallait pas faire d’erreur, car cela pouvait être fatal.

L’exode

Après les bombardements, les Allemands avaient donné l’ordre de partir avant telle heure, tel jour. D’ailleurs, à Truttemer, il est resté deux ou trois personnes dans le bourg: on les a retrouvées mortes. Nous, nous sommes partis vers le 2 ou le 3 août, à Chanu dans l’Orne. Il y avait un tas d’Allemands qui commençaient à être très nerveux. Mon père attache ses chevaux à des pommiers plantés chez une amie de ma grand-mère et il dit: « Moi, je reste auprès de mes chevaux». Et le soir, il y a un Allemand qui vient et qui veut s’emparer d’un cheval. Mon père refuse : «C’est mon cheval». L’allemand lui met son revolver sur la tempe. Mon père se dit: «ça y est, je vais mourir». Et tout d’un coup, l’allemand a baissé les bras et il est parti. Au bout de quinze jours à Chanu, nous sommes revenus à Truttemer.

Il y avait des mines dans la maison. Dans la cuisine, il y avait de la paille et c’était sous la paille. Mon père a enterré les vaches qu’il tirait avec un cheval. On les mettait dans une grande tranchée. Et puis il faut faire un peu le travail de la ferme. Il faut retrouver des vaches. Mais ce n’était pas facile à trouver parce que c’était très cher.

«Tiens, ils ont embarqué tel monsieur là..»

Les Allemands savaient bien que les Français cachaient certaines choses. Ils ont fouillé les tas de foin mais les paysans mettaient ça dans les tonneaux. Ils enterraient deux ou trois tonneaux comme ça. Et à part si un obus tombait dessus… Ma mère, elle, avait caché ses bouteilles de vin dans le jardin légumier et là, ils les avaient trouvées.

(…)

La peur des Allemands. On avait une peur des Allemands… Dans la région, tout le monde se connaît un peu. On disait «tiens, ils ont embarqué tel monsieur là…» Il ne revenait pas. Mais je dis toujours que nous, on avait un avantage bien sûr, on avait des problèmes aussi, on avait des raids Allemands qui venaient piquer, qui faisaient des réquisitions, etc. Mais on avait à manger, on mangeait à notre faim. Bien sûr, il n’y avait plus certains ingrédients, tout ça, ça n’existait plus, comme le chocolat. On a été quatre ans sans manger de chocolat et on n’est pas mort.»

***

«Ok, on y va, on sauve le baraquement»

Jean-Pierre Dubuche est un passionné d’histoire. Un jour, un ami lui confie une partie d’un baraquement UK-100 de l’après seconde Guerre mondiale, ces petites maisons en bois où des centaines de Virois ont trouvé refuge après la destruction de leur ville. Avec d’autres, et en assemblant les pièces de plusieurs baraquements, il décide de le reconstruire et de le sauver. «L’intérêt, c’est que ce tas de palettes, de panneaux, une fois monté, représentait tout un pan, 25 ou 30 ans de vie à Vire, de centaines et de centaines de rescapés virois.»

Ecoutez Jean-Pierre Dubuche

«Le baraquement, on le monte, on le démonte et on le transporte très facilement. C’est une maison de commande d’urgence. C’est un toit d’urgence pour remplacer, suite aux bombardements de Vire, toutes les maisons qui ont été bombardées, qui ont brûlé, qui ont été détruites. C’est une structure en bois, qui se monte rapidement. Les Américains disaient : avec une équipe, vous pouvez les monter en 6h00 à peu près.

Ils étaient une dizaine, ils avaient l’habitude. Les fondations étaient prêtes et c’était un montage très très rapide. Pas d’étage, pas de sous sol, une petite cave pour ranger du charbon, un poêle, c’est tout. Bien sûr, pas de chauffage central au départ. Pas de grenier, de plain-pied, des vitres de deux millimètres d’épaisseur. Je peux vous dire qu’il faut faire attention…

Ils arrivaient au port de Dunkerque en cinq colis. Un baraquement complet UK-100, c’était cinq énormes colis débarqués par des grues. Ils parvenaient ensuite à Vire, où ils étaient en attente de remontage. Il y en a qui sont restés six ou huit mois stockés parce que c’était la lenteur de l’administration, la lenteur de la reconstruction, de l’attribution aux familles. Donc ça a été très long.

«Ok, on sauve le baraquement.»

Serge Poisson, qui construit l’usine hydroélectrique, est un ami depuis très très longtemps. Dans son usine, il a retrouvé deux baraquements avec des panneaux en double. Cela nous a sauvés. Ils étaient stockés au sec, à l’abri de l’eau, mais stockés pendant 25 ou 30 ans à l’horizontale. Dans son usine, il avait besoin de place. « Mais qu’est-ce que tu vas faire de ça ? », je lui ai demandé. « Eh bien Jean-Pierre, je te le donne. Mais la seule chose, c’est que tu pars avec avec ». Même pas 1 € symbolique, rien du tout. Ça lui faisait un plaisir immense de donner, pas seulement à moi Jean-Pierre Dubuche, mais en tant que membre des collectionneurs Virois. 

J’ai appelé aussitôt le président des collectionneurs Virois parce que moi, je ne suis même pas membre du bureau. Il a dit «Ok, on y va, on sauve le baraquement». On a contacté la mairie de Vire et on leur a proposé le challenge. Ils ont dit: «Ok, on vous aide, on sauve le baraquement».

Il faut savoir que sauver un baraquement, un UK-100 américain, c’est devenu excessivement rare. A Saint-Lô, ils n’ont pas réussi à sauver le leur. A Caen non plus. L’intérêt, c’est que ce tas de palettes, de panneaux, une fois monté, représentait tout un pan, 25 ou 30 ans de vie à Vire de centaines et de centaines de rescapés virois. Certains n’ont connu que ça. Il y en avait 70 à Vire, à une époque. Sachant que dans certains baraquements, il y avait les deux grands-parents qui vivaient, les deux parents et cinq enfants – neuf dans un baraquement comme ça ! Et ils ont vécu heureux. Et puis, il faut dire aussi, que Vire ayant été détruite à 90 ou 95 pour-cent, il ne reste de cette période de 1950 à 1970 que ça. Il y en a qui n’ont strictement rien à faire de sauver un baraquement et il y en a d’autres qui sont nés dans les baraquements.

Après les bombardements, une maison provisoire

Pour toute une partie de la population, c’est une grande période de renaissance. 412 personnes ont été tuées par le bombardement. Pour ceux qui restaient vivants, qui n’avaient plus rien, ils étaient super contents de trouver un baraquement. Même les enfants qui ont vécu là-dedans, ils ont tous été heureux dans ce type de maison. Il y a des familles qui n’avaient plus rien du tout, plus rien à se mettre: elles étaient prioritaires pour vivre dans ce type de baraquement. Et aussitôt qu’une famille était relogée quelque part, aussitôt tu avais une nouvelle famille qui prenait la suite dans le même baraquement américain.

On a extrait les vieux panneaux et on a tout emmené à la Croix-Rouge. Et puis on a commencé à les positionner. Ça, ça doit aller là…et ça ici… Tous les panneaux ont une référence américaine sur l’angle, une lettre avec un numéro. Tout est noté et on a les plans de montage, on a les notices de montage, on sait tout. Donc on sait par où il faut commencer.

Mais on n’avait pas de toiture pour notre baraque. On avait tout, même des fois en double, des panneaux en double; et la charpente, on l’avait, mais pas la toiture. Un jour, on a été interviewés par FR3 Normandie Caen. Il y a quand même des gens qui écoutent bien les informations: on a été repérés par des gens de Caen en nous disant : «mais dans le centre de Caen, là-bas, dans les anciens beaux-arts, près du Château dans le centre, il y a un baraquement, un UK – 100 qui est dans une cour intérieure et qui est en ruine depuis des années». Caen voulait le remettre en état. Et ça ne s’est jamais fait.

On nous a appelés. «Jean-Pierre, tu prends, tu demandes, tu pars avec tout ce que tu veux». Pendant six mois, à deux tournées la semaine, on est allés démonter entièrement le baraquement de Caen, et on a ramené toute la toiture, complète. Le parquet, pareil, nous a été payé entièrement par la municipalité. On avait un nouveau parquet. Dans un autre baraquement, pas loin de Vire, on m’a donné la baignoire d’origine, le lavabo d’origine avec la robinetterie américaine de 1945, le chauffe-eau. Les services techniques m’ont récupéré une gazinière, etc.

Mais maintenant, le baraquement ne nous appartient plus du tout. On l’a donné officiellement à la ville de Vire. C’est la ville qui gère son stockage et qui va gérer après le remontage. On se mettra simplement une belle petite blouse blanche et puis on mettra «expert» dans le dos ou un truc comme ça pour dire aux gars qui remontent: «un peu plus à gauche…», «mets le un peu plus comme ça», parce que ça fait quand même la troisième fois qu’on le monte.

Pour en savoir plus:

– Musée de Vire Normandie

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Georges, coiffeur photographe, 88 ans

Georges Ozouf est coiffeur à Vire depuis 59 ans. A 88 ans, il n’envisage pas de prendre sa retraite. «Ce n’est pas un métier où l’on gagne de l’argent.» Des peintures ornent les murs de son salon situé à côté de la gare. Au fil des ans, Georges Ozouf a assisté à la transformation du quartier et de notre société. Mais il a gardé sa passion: la photographie de la nature.

Ecoutez Georges Ozouf

«Je suis né dans la Manche. J’étais l’aîné de sept enfants. Alors, forcément, arrivé à un moment, il a fallu se décider sur mon métier… A cette époque là, les parents ne supportaient pas qu’on ne fasse rien; il fallait travailler. Mon père m’avait trouvé une place chez un paysan – ça a duré un petit peu de temps. Et une personne m’a dit: «Si ça vous intéresse, je connais quelqu’un qui cherche un apprenti coiffeur». Pourquoi pas! C’était en 1950. J’ai appris le métier. Ensuite, je suis allé à l’armée. J’ai fait mon service militaire et en sortant, j’ai vu dans la presse que quelqu’un cherchait un ouvrier. Voilà comment j’ai atterri dans le Calvados. Je suis là depuis toujours. J’ai été sept ans employé, un peu au-dessus, là, dans la rue. Et ça fait 61 ans que je suis dans ce salon de coiffure…

Ce n’est pas facile de dire: je prends la décision de m’en aller après 59 ans. Je pourrais être à la retraite. C’est un métier un peu délicat parce que ce n’est pas un métier où l’on gagne de l’argent. Enfin, il vaut mieux faire quelque chose qui nous plaît que de faire ça parce qu’on y gagne bien. Il n’y a pas que ça. Enfin, pour moi.

Lorsque je suis arrivé ici, il y avait une trentaine de commerçants dans le quartier. Presque toutes les corporations. Malheureusement, avec les grandes surfaces, tout a été changé. Ce n’est pas facile de donner une vie au quartier. Notre quartier est assez triste.

«Surtout, pas de politique»

Mon maître d’apprentissage me disait: «Surtout, ne fais pas attention au client qui ne vient plus. Tu essayes de faire ton travail pour le mieux.» Dans notre métier, on disait toujours, «surtout pas de politique». Il ne fallait pas déranger les clients. Quand ils venaient il fallait dire «oui, oui». Il faut aller dans le sens du client. On ne peut pas donner ses opinions. Pour chaque client, il faut savoir de quoi parler : l’un aime bien la pêche, il faut parler de la pêche. L’autrefait beaucoup de marche, on parle de la nature et tout ce qui s’ensuit.

Autrefois, on allait chez le coiffeur mais on tenait compte de pas mal de choses. Par exemple, si vous aviez les oreilles décollées, il fallait garder les cheveux pour mieux les cacher. Alors maintenant vous avez vu la mode américaine? Comme si les Français ne pouvaient pas eux-mêmes créer… Pour moi, les Américains, ce n’est pas extraordinaire.

Autrefois, il y avait beaucoup de rasages. Il y avait des gens qui se faisaient raser deux ou trois fois par semaine – au couteau, le grand rasoir. J’allais au domicile de quelqu’un qui était aveugle, et qui ne pouvait pas se raser. Il était content quand je venais. Après, les rasoirs électriques sont arrivés…

La première fois que j’ai vu un tableau de peinture représentant la nature, je me suis dit que c’était formidable. J’ai beaucoup aimé. C’est ce qui fait que je me suis mis à vouloir collectionner dans les vides-greniers… Beaucoup sont surpris de ce que je peux avoir chez moi. J’aime beaucoup les peintres Normands.

Un jour, je me suis mis à la photo. A l’époque, on prenait des photos du gamin qui avait fait sa communion… Les trois-quart du temps, les photos étaient floues, ça ne me plaisait pas du tout. En 1968, on m’a donné un appareil photo à soufflet. Alors j’avais acheté une cellule à part. C’est comme ça que je me suis intéressé à la photo. J’ai de belles photos en noir et blanc de la nature. La nature nous apporte quelque chose…»

***

Quand Vire était appelée la capitale du beurre

De la production dans les petites fermes jusqu’à la collecte du lait et sa transformation dans des usines, le beurre raconte une partie de l’histoire de Vire, considérée dans les années 1950/1960, comme la capitale du beurre. Ancien dirigeant de l’usine Préval, Hervé Battistoni retrace cette aventure industrielle.

Ecoutez Hervé Battistoni

«La tradition ancestrale était de faire le beurre directement à la ferme et de garder tout ce qui était sous-produits du beurre pour l’alimentation des veaux, des cochons, etc. Il y avait un travail en autarcie complète dans de petites exploitations de production de lait du Bocage.

A partir des années 1935, l’un des deux fondateurs de Préval qui avait travaillé aux États-Unis et en laiterie a donc proposé à un financier qui avait des crédits, de se lancer dans la production de beurre après pasteurisation des crèmes. Cela permettait d’avoir des qualités sans comparaison avec ce qui existait. On ramassait les crèmes fermières, qui étaient, à l’usine, pasteurisées, dégazées, désodorisées si vous préférez. Cela permettait d’avoir un produit au goût relativement neutre à cette époque. Et en retour, il y avait des tournées de re-distribution du babeurre, le sous-produit du beurre, dans les fermes pour l’alimentation des veaux.

(…) C’était déjà un travail de simplification. Les fermes, les fermières plus exactement, économisaient du temps et n’avaient plus à fabriquer le beurre directement chez elles.

Puis il y a eu le dernier stade de transformation des pratiques à partir de la fin des années 1950, début des années 1960. Écrémer, c’était encore beaucoup de travail pour les fermières. On préférait avoir quelques vaches de plus et on avait donc un peu moins de temps. On a mis en place la collecte directe du lait au lieu de la collecte directe des crèmes fermières. Cela demandait pour les entreprises beaucoup plus de camions, de bidons…

A l’arrivée en usine, il a donc fallu trouver un débouché pour le lait écrémé qui restait auparavant à la ferme. Nous avons mis en place des unités de traitement, soit des fromageries qui prenaient le lait complet, soit des unités de séchage pour faire de la poudre de lait écrémé.

On est donc passés, en moins de 30 ans, de la production de beurre fermier dans les fermes, à la distribution et à la collecte des crèmes fermières par les spécialistes du beurre pour arriver à la collecte et la transformation du lait liquide.

Vous voyez la simplification qui se passait au niveau des fermes ?

Plus de 20 à 25% des emplois virois

Devant les investissements importants, les petites PME préféraient se vendre. Elles n’avaient plus les moyens pour investir. Le groupe Perrier a pris alors de l’importance en achetant une vingtaine de petites entreprises en Normandie et Bretagne. En 1970, je suis arrivé à la direction de l’usine Préval – La Beurrerie Préval de Vire, que j’ai dirigée de 70 à 80 jusqu’à sa fermeture.

On a dit que Vire était la capitale du beurre dans la mesure où pendant les années 50-60, grosso modo, 5% de la production beurrière française sortait des usines de Vire. (…) C’était les grandes heures des «beurriers virois». C’est à ce moment-là qu’ils dictaient le prix du lait sur toute la Normandie et sur une partie de la Bretagne. Je pense que ça représentait aussi plus de 20 à 25% des emplois virois. Et c’était en même temps le passage au niveau emploi des jeunes de la ferme vers la ville et vers l’industrie.

Il y avait alors pas mal de monde dans les fermes. Après le service militaire, il suffisait de passer son permis poids lourd pour être presque certain – si on n’était pas maladroit – de trouver un emploi à l’intérieur de l’usine. L’industrie laitière est passée pendant ces 50 ans de l’artisanat, vraiment artisanal, à l’industrie.

Les «beurriers» ont été en pointe sur le plan de l’hygiène. Un des fondateurs de Préval est revenu des Etats-Unis en 1935. A l’époque, les États-Unis avaient de l’avance par rapport à l’Europe sur le plan des techniques et sur le plan des contrôles. En 1935, quand l’usine Préval a démarré la production de beurre à partir des crèmes, les ouvriers avaient déjà des bonnets pour éviter que les cheveux ne tombent dans le beurre. Ils avaient des gants pour les obliger à penser que s’ils devaient toucher au beurre, on n’y touchait pas n’importe comment. Avec des gants, les ouvriers faisaient un peu plus attention. Et on a continué à éduquer.

Contrôle sur l’hygiène de la fabrication

Mon premier boulot en tant que chef de labo, c’était de former les ouvriers. C’étaient des braves types, qui n’étaient pas idiots et qui, lorsqu’ils arrivaient, n’avaient aucune formation sur l’hygiène nécessaire dans des usines agroalimentaires.

Les « beurriers», qui travaillaient sur des volumes relativement importants par rapport aux autres, ont été les premiers à mettre en place des contrôles sérieux au niveau hygiène de fabrication – en bactériologie, entre autres.

Au fil du temps, on a fabriqué des beurres qui étaient de plus en plus neutres sur le plan du goût. Désormais, il y la mode des beurres salés avec le sel de Guérande ou le sel de l’île de Ré, ou de je ne sais pas où… enfin bref, c’est du «cinéma». Ça vous fait des petits points colorés – comme ils mettent leurs grains de sel – et chaque grain de sel attire l’eau qu’il y a autour. C’est amusant, mais c’est tout. Par contre, vous avez encore des gens qui fabriquent en baratte. Quand vous voyez sur le papier «beurre de baratte», il y a l’obligation d’avoir une maturation biologique avant. On ne peut pas se contenter uniquement d’ajouter des ferments. Vous risquez de trouver des beurres avec un peu plus de goût. Sans ça, cela s’est quand même pas mal affadi.»

Pour en savoir plus:

– Naissance, vie et mort d’une laiterie dans le bocage virois au milieu du XXe siècle : la beurrerie Préval de Vire 1936-1980, Hurel, Claude | Boudier, Raymond | Battistoni, Hervé

Musée de Vire Normandie

– Dictionnaire insolite du Pays Virois,éditions Corlet

Aujourd'hui

Publié le 2 septembre 2022

Auxiliaire de vie: métier utile en quête de reconnaissance

Depuis 13 ans, Annabella Tribout aide les personnes dépendantes dans leur toilette, leurs repas, leurs courses, leur ménage. Elle est «auxiliaire de vie», un métier peu reconnu malgré le soutien quotidien qu’elle apporte à ces gens à qui elle évite d’aller en maison de retraite. Ce qui a fait déborder le vase: elle n’a pas obtenu la prime Covid. «On a travaillé pendant tous les confinements, on n’a jamais arrêté, et on n’a même pas eu un remerciement.»

Ecoutez Annabella Tribout

«Être auxiliaire de vie, c’est aider à la toilette, le repas, les courses, le ménage. C’est aussi un soutien moral. Les repas, les couchers, les levers… auprès de personnes très très âgées, des personnes dépendantes, d’autres qui sont autonomes mais qui ont juste besoin d’une aide pour le ménage. Parfois, ce sont des personnes plus jeunes qui sont handicapées.

Aux dernières nouvelles, sur 60 auxiliaires de vie au CCAS (Centre communal d’action sociale) de Vire, on était 59 femmes et un homme. Je pense que les personnes chez qui nous allons préfèrent une femme…. C’est ce que j’ai toujours entendu. Quand j’annonçais que mon collègue masculin allait venir chez une personne, j’entendais parfois: «Oh non ! Moi, je préfère une femme.»

En général, on est toute seule. Cela peut arriver d’avoir le Siad (service de soins infirmiers à domicile) avec nous, chez des personnes qui sont très lourdes. Sinon, la manipulation se fait toute seule. Il faut porter, lever, tourner les gens. C’est beaucoup de manipulations et c’est très physique. Il faut tenir. On est debout toute la journée : du matin au soir, pratiquement, à part quand on se pose pour manger.

«Se sentir utile»

Ce que j’aime dans mon métier, c’est le fait d’aider les personnes, et de se sentir utile. De toute façon, si on n’était pas là, pour la plupart, ça serait la maison de retraite. Sauf qu’en maison de retraite il n’y a pas assez de place. En fin de compte, c’est grâce à nous qu’ils peuvent rester chez eux. On leur assure le maintien à domicile. C’est essentiel. C’est un métier qui recrute mais qui peine à trouver parce que ce n’est pas attractif. Ce n’est pas assez reconnu.

Les personnes chez qui nous allons, en général, sont seules. Il y en a qui ont des enfants, il y en a qui n’en ont pas. Ils ont besoin de parler, d’être écoutés. Je dirais que ça représente 70% de notre travail, en fait. On est un lien avec eux. On est un lien de l’extérieur et un lien social avant tout. On parle de la pluie et du beau temps, des problèmes, des douleurs parfois. Il y a des gens qui souffrent. Des problèmes familiaux qu’ils rencontrent autour d’eux. C’est très varié. On écoute et on essaie de réconforter. Ce n’est pas toujours facile parce qu’on prend quand même la misère des gens sur nos épaules. Je ne suis pas stressée par ce travail, pas du tout, c’est une passion !

J’ai toujours dit que quand j’en aurai marre – on sait jamais, ça peut arriver – j’arrêterais. Je préfère arrêter de faire ce métier là. Il vaut mieux arrêter parce qu’ils le sentent, les gens. Il est important d’être très souriante, gaie… Ils aiment bien. C’est vrai que si vous arrivez en déprimant, ça ne va pas le faire! Oui, moi je suis toujours comme ça. Je crois que même quand ça va mal, je souris…

«On n’a même pas eu un remerciement.»

On n’a pas eu la prime covid. Juridiquement, c’est impossible de nous la donner car la mairie n’est pas notre employeur. Par contre, on a obtenu un dialogue, et on va avoir un changement de statut. Depuis un an, une étude est menée pour savoir si ça vaut le coup de changer de statut. Suite à nos revendications, nous avons rencontré Monsieur le maire hier. L’étude arrive pratiquement à sa fin.

Quand j’ai entendu que nous n’aurions pas la prime covid, ça m’a énervée, d’abord. C’est le fait de ne pas être reconnue comme les autres, qui font le même travail… Tout ça à cause de notre statut. C’est surtout ça qui pose problème. Ce n’est même pas la somme, en fait… On a travaillé pendant tous les confinements, on n’a jamais arrêté, et on n’a même pas eu un remerciement.

Jusque là, personne ne disait rien. Il a fallu cette chose là pour en fin de compte, voir qu’on existait ! Et maintenant, les choses commencent à avancer. Tout doucement, mais elles avancent avec le dialogue. Il y a un espoir déjà !»

***

«Venez faire du théâtre chez nous»

Alors qu’il est assistant social scolaire au lycée Marie-Curie, Alain Revet crée un groupe théâtral pour les lycéens. En 1992, on lui propose d’aller jouer en Roumanie. C’est le début d’une aventure humaine extraordinaire pour des dizaines de jeunes et de familles, qui mènera au jumelage entre Vire et Săcele, en 2002. «Je pense que ça a apporté aux élèves un petit bout d’Europe. On a quand même un avenir commun. Les liens restent. Des anciens élèves m’en parlent encore.»

Ecoutez Alain Revet

« En novembre 1992, je suis dans la cour du lycée Curie, à Vire. A l’époque, j’étais assistant social scolaire et j’animais le groupe théâtral du lycée le mercredi après-midi, sous l’égide du foyer socio-éducatif. Je rencontre alors quelqu’un que je connaissais bien et qui s’appelait (parce qu’elle est aujourd’hui décédée), Colette Tirel. Elle était accompagnée de Sanda Focşan, une prof de français, roumaine. Sanda me dit : «Venez donc faire du théâtre chez nous». Comment faire? Je ne connais pas la langue, je connais pas le pays. J’avais entendu parler de la Roumanie, surtout avec la chute de Ceausescu. Et n’était pas si vieux que ça. Elle me répond : «Ne vous inquiétez pas, chez nous, on parle français!»

C’est comme ça que cela a démarré. J’ai dit : on va essayer, pourquoi pas. Je suis un peu fou, moi aussi, dans ma tête. Le mercredi suivant, j’ai vu mes élèves du groupe théâtral qui étaient une vingtaine. Je leur ai raconté cette rencontre et l’invitation. Évidemment, les ados, tout de suite, me disent : «Ouais, chouette!» Je vais alors voir le proviseur de l’époque, qui était M. Morisson. Il a hésité avant de me donner l’autorisation. «Vous faites attention!» m’a-t-il dit.

«On vous fait confiance !»

Nous avons organisé une réunion avec les parents. C’est un souvenir extraordinaire. Je leur explique: «J’ai le projet d’aller en Roumanie, mais je vous dis tout de suite : je ne connais pas la langue, je ne sais pas ce qu’on va y trouver». A l’époque, on avait déjà eu des correspondances avec nos amis, je dirais maintenant ma «famille de Roumanie», donc on savait qu’on était attendus. Les parents d’élèves m’ont dit: «On vous fait confiance !» J’avais trouvé ça extraordinaire. Nous sommes partis au printemps 93 pour la première fois.

Le voyage a été épique! Peu de signalisation, des routes en travaux; Heureusement, on était partis avec des cars couchettes, donc on pouvait dormir dedans. C’est comme ça qu’on est arrivés à Săcele. Reçus comme des rois, chaque élève a été accueilli avec une écharpe et une rose. Et on a joué nos pièces de théâtre – en français. Eux, ils ont joué leurs pièces en roumain.

L’année suivante, avec les parents d’élèves de l’époque, on avait créé une association qui s’appelait TRAC. Cette association a permis d’organiser des fêtes pour pouvoir récolter des fonds. Les roumains n’étaient pas riches. On a pu financer, à l’époque, la moitié de leur trajet. Ils sont donc venus pour la première fois en 1994. Beaucoup découvraient l’Ouest… Les élèves de cette époque que j’ai croisés dernièrement s’en souviennent encore. Voilà le départ. Ensuite, avec les parents d’élèves, on s’est dit: puisqu’ils sont là et qu’ils désirent avoir des relations avec nous, nous souhaitons qu’un jumelage soit mis en place.

«Si on nous refuse, on fait une manif et on pose notre pierre, gravée.»

Pour cela, il fallait l’accord de la mairie de Vire, qui, à l’époque, était assez réticente. Elle disait que c’était trop loin, trop pauvre, aussi, que ça n’allait pas durer, etc… On avait alors constitué un comité de jumelage officieux au sein de l’association TRAC. Au parc de l’Europe, il y avait trois pierres représentant les trois jumelages de l’époque: une pour l’Angleterre, une autre pour l’Allemagne et une dernière pour l’Espagne. On avait dit: «si on nous refuse ce jumelage avec la Roumanie, on fait une manif et on pose nous-mêmes notre pierre, gravée, et on fait venir la presse». L’équipe municipale a fini par être convaincue. Le jumelage n’a eu lieu qu’en 2002.

Les Roumains sont un peuple très hospitalier, comme beaucoup dans les pays de l’Est. Ils accueillent très facilement. La France y est bien vue. On parle encore pas mal français qui est enseigné la-bas. Et aussi, l’histoire roumaine a été très liée à l’histoire française.

Le fait pour les Français de se dire qu’il y a des gens à 2600 kilomètres de là, qui peuvent être comme nous, et qu’ils nous ressemblent, c’est extraordinaire. Je crois que c’est ça qu’ils ont compris, les jeunes. La deuxième chose, je pense, c’est qu’en dépit du fait qu’un pays est plus pauvre qu’un autre, cela ne veut pas dire que les gens sont différents. L’accueil, ces amitiés qui sont nées et qui perdurent… Et puis je pense aussi que cette aventure a apporté un petit bout d’Europe. On a quand même un avenir commun, je l’espère. Et les liens restent. J’ai encore d’anciens élèves qui m’en parlent avec ravissement.

A cause du Covid, les échanges se sont arrêtés en 2019. Le lycée ne suit plus comme avant. Je n’ai jamais su pourquoi. Cela me ferait très mal que ça s’arrête.

Jouer en roumain

Depuis une dizaine d’années, les élèves français jouent en langue roumaine, là-bas, devant un public roumain. Et alors, on apprend quelque chose en plus d’apprendre le théâtre. Le théâtre, c’est bon pour la personnalité, ça apporte de l’assurance pour affronter le regard de l’autre, c’est évident. Là, ils apprennent en plus une langue, et à travers elle, une civilisation, une culture. A la fin des représentations, des Roumains venaient nous voir pour nous dire: «Mais ils ont appris comment notre langue ? On vous enseigne le roumain ? Les Roumains n’auraient pas mieux parlé!»

Quand j’ai dit ça aux élèves, ils avaient un grand sourire, et il y avait de quoi. Ça a été un sacré boulot. Et puis, pour les Roumains, voir des Français qui parlent leur langue, qui n’est pratiquement pas parlée dans les pays étrangers, ils étaient heureux que leur culture soit reconnue. Et ça, c’est important.»

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« Quand vous partez de votre pays, vous ne savez pas ce qui vous attend. »

Pour protéger sa famille, Etienne a dû quitter son pays. C’est à Vire qu’il est arrivé le 24 décembre. Depuis, ses enfants sont scolarisés ; sa femme et lui apprennent le français et tentent de trouver du travail, et toute la famille a obtenu un titre de séjour de 10 ans. « Je voudrais dire un grand merci, aux bénévoles ! Ils nous ont très bien aidés. »

« Je suis arrivé en France il y a quelques années. Je suis sorti de mon pays comme touriste. Dans un autre pays, j’ai acheté un billet d’avion pour Paris. Je suis arrivé à Saint Lo, Cherbourg, puis Vire.

En France, j’ai obtenu un titre de séjour de 10 ans en novembre 2021. Maintenant, je commence une nouvelle vie. C’est une autre langue, une autre culture. Il faut s’adapter, c’est un peu difficile. Mais en France, toutes les personnes… je voudrais leur dire un grand merci, aux bénévoles! Ils nous ont très bien aidés.

Quand j’ai eu des problèmes dans mon pays, il fallait que je parte. J’ai cherché par Internet: quel pays peut me protéger? Dans la première place, il y avait la France. Après, il y avait l’Angleterre. Avec mes enfants, avec ma famille, c’est difficile. Parce que quand vous partez de votre pays, vous ne savez pas ce qui vous attend dans le nouveau pays.

Le 24 décembre, nous sommes arrivés à Vire. La première fois où je suis sorti dans la rue, il n’y avait pas de personne. Tous les magasins étaient fermés. J’étais un peu en panique. Pourquoi ? Parce que c’était le 24 décembre, et c’était la fête de Noël !

Avant, j’habitais à Cherbourg. C’est l’association Jean Bosco, avec le Cada (Centre d’Accueil pour les Demandeurs d’Asile), qui m’ont donné un appartement, et nous ont beaucoup aidés. Sylvie, de l’Avar (Association Viroise pour l’Aide aux Réfugiés), m’a aidé comme professeure de français ! C’est un peu difficile, la grammaire… les prépositions, les articles. 

Maintenant, je fais un stage au Greta. Après le stage, j’espère commencer le travail. Avant, je travaillais comme technicien de télécommunication. J’aimerais continuer ma profession.

J’ai quatre enfants, trois garçons et une fille. Ma petite fille va à l’école maternelle. Mes deux garçons vont au collège Maupas. Mon troisième garçon va à l’école Castel. Mon grand fils, en dernière année de collège, va aller au lycée Mermoz, en logistique.

A Vire, c’est une petite ville. Pour moi, c’est très bien. Quand j’ai reçu le titre de séjour, j’ai choisi de rester à Vire, parce que les enfants apprennent ici, au collège, à l’école et à l’école maternelle. C’est très bien. Pour les enfants tout va bien. Ils ont compris ma situation, dans mon pays. Quand ils sont arrivés, je leur ai expliqué. D’abord, cela a été difficile, parce qu’on ne comprenait rien.

Pour moi, la priorité, c’est d’apprendre la langue française et de trouver du travail.»

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L’hospitalité sénégalaise

Né au Sénégal, Abdul Karim Barry est arrivé en France, à Ouistreham, à l’âge de 18 ans. Depuis novembre 2021, il a ouvert un restaurant sénégalais à Vire. «Notre objectif n’est pas de gagner des mille et des cents, mais d’accueillir… C’est l’hospitalité, c’est pouvoir servir les gens…»

Ecoutez Abdul Karim Barry

«J’ai travaillé pendant longtemps dans un restaurant au Sénégal qui était tenu par un Breton. Je suis arrivé en France à l’âge de dix-huit ans. Et puis des gens qui sont venus au Sénégal, dans ce restaurant où j’ai fait connaissance avec eux, m’ont ramené ici. Ils avaient un restaurant à Ouistreham, le bar “la Marine”. Après la Marine, ils ont créé une crêperie qui était à côté – Le Goéland – où j’ai travaillé pendant 6-7 ans.

Puis j’ai arrêté la restauration. J’étais marié à cette époque-là. Je me disais, «bon, je ne vais pas rester sans rien faire quoi, il faudrait que je trouve quelque chose». Qu’est-ce qu’il me faut maintenant ? Ce n’est pas la restauration. Les études, bon… maintenant, je ne vais plus continuer les études. Je vais essayer la sécurité, agent de sécurité. Le premier jour où je suis arrivé, on m’a donné un CDI. J’ai dit au patron:«Vous savez, Monsieur, je fais ça parce que je n’ai pas le choix, je n’aime pas ce métier-là, je n’ai jamais fait ça. Là, je n’ai pas le choix. Il faut que je travaille. C’est pour ça que je le fais.» Il me répond: «Vous dites ce que vous voulez,