La journaliste Aline Leclerc se penche dans un long article du Monde sur la désindustrialisation de la région de Flers, dans l’Orne. Fin 2026, les 109 salariés de l’équipementier automobile Forvia (ex-Fauceria) de Messei seront licenciés. Usine de munitions puis d’automobile, spécialisé dans les pots d’échappement, le site était en activité depuis 1936 et a compté jusqu’à 2300 salariés au début des années 1970. « C’était plus que d’habitants à Messei ! Ça faisait vivre tout le bassin », raconte le maire Michel Dumaine, 79 ans. Un vaste plan de restructuration a décidé de la fermeture de Messei : la production sera délocalisée dans le Doubs, au Portugal et en Espagne.
À 10 kilomètres de là, le site de production de sièges Forvia de Caligny, survit jusqu’ici dans la crise du secteur automobile européen. Il faut dire que les élus locaux s’étaient battus pour maintenir l’activité des trois usines Faurecia de Flers et faire revenir d’Allemagne toute la R&D, en créant, en 2008, une nouvelle zone d’activité à Caligny, avec une filière de formation, un centre d’essai… mobilisant 67 M€ d’investissement public. « Si on n’avait pas fait tout ça, les trois anciens sites vivraient la même catastrophe qu’à Messei, reconnait Yves Goasdoué, ancien maire divers gauche de Flers et président de l’agglo. Voilà l’impact d’une politique publique. La difficulté, c’est que vous ne savez si elle est bonne qu’au bout de dix ans. »
Forvia-Caligny reste ainsi le premier employeur privé du secteur. Pourtant, l’entreprise a annoncé, à l’automne, un plan de sauvegarde de l’emploi de 38 personnes au bureau d’études. Entre 2010 et 2023, l’emploi dans l’automobile a chuté de 33 % en France, comme dans l’Orne. « On ne peut pas se dire que c’est l’avenir. On vit ce qu’a vécu le textile avant nous », confie au Monde Franck Robillard, délégué CFDT de l’usine de Messei. Comme si l’histoire se répétait dans cette ancienne capitale du tissage.
Photo ©Ouest-France : ancienne filature du Pont à Caligny.










