Précarité menstruelle : un distributeur à la fac

Publié le 30 novembre 2021

La précarité menstruelle touche une femme sur cinq, notamment les étudiantes, pour qui l’achat de protections hygiéniques est une charge de trop. À l’université de Caen, l’association SangProtection milite pour la fin d’un tabou.

Comment est né SangProtection?

En février 2019, deux étudiantes, Jeanne Maneuvrier et Juliette Benguigui, ont eu envie d’agir contre la précarité menstruelle et les discriminations de genre. L’association a deux objectifs: collecter et redistribuer des protections d’un côté et sensibiliser les jeunes, au tabou des règles et aux discriminations.

Pourquoi est-ce un sujet aussi important pour vous?

Il y a peu de sujets aussi peu abordés en société alors qu’ils concernent la moitié d’entre nous. Les règles sont un élément de stigmatisation et de discriminations très fréquent. Nous sommes parties de notre expérience, de blagues, de moqueries et de situations embarrassantes pour libérer la parole.

Mesurez vous l’impact de vos actions ?

Nos initiatives ont été labellisées à deux reprises par ONU Femmes France en 2020 et 2021 et en octobre dernier, nous étions invités au Parlement Européen de Strasbourg pour sensibiliser des jeunes européen.ne.s. Malgré la crise sanitaire, nous avons réussi à continuer des collectes et des interventions auprès du public.

Pensez-vous que ce problème de précarité puisse être éliminé dans les années à venir?

Malheureusement, je ne pense pas. Pour que le problème soit vraiment pris en charge, il faudrait que l’État s’en mêle, si ce n’est l’Union Européenne mais aucun des deux ne semble pour l’instant en faire un vrai sujet de discussion. Cependant, de belles initiatives ont été mises en place, comme la gratuité en Écosse, mais cela reste trop localisé. Le gros souci c’est que ce sujet est géré par des associations et des collectifs, mais pas par des institutions gouvernementales.

Êtes-vous satisfaits de ce qui est mis en place dans les universités suite à l’annonce de Frédérique Vidal?

C’est un début encourageant, mais ce n’est pas assez. Au moins le sujet est discuté au niveau gouvernemental et c’est essentiel. Les étudiant.e.s sont un public qui est confronté à la précarité, mais ce n’est pas le seul. Qu’en est-il des SDF, des migrant.e.s, des personnes handicapées, des personnes incarcérées, des personnes vivant sous le seuil de pauvreté, des personnes isolées? Il faudrait au moins étendre ces mesures à toutes les personnes en situation de précarité.

Le tabou autour des menstruations s’affaiblit-il?

De plus en plus d’associations, de collectifs, de personnalités se mobilisent pour sensibiliser à ces sujets et c’est une excellente nouvelle. Nous sommes persuadés à SangProtection que l’éducation et la sensibilisation sont les clés.

Propos recueillis par Agathe Maneuvrier-Hervieu, étudiante en licence 3 Humanités Numériques, Université de Caen.

En février 2021, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation annonce la mise à disposition gratuite de protections périodiques pour les étudiants dès la rentrée. Un mois plus tard, en mars 2021, l’université de Caen fait installer un distributeur au sein du Service Universitaire de Médecine Préventive et de Promotion de la Santé (SUMPPS) par le collectif caennais SangSationnel. Celui-ci est placé en retrait des bureaux, pour ne pas freiner l’accès, par pudeur ou pour préserver l’anonymat des jeunes précaires. Le personnel du SUMMPS explique avoir des listes d’attente pour la prise des rendez-vous concernant les sujets autour de la santé corporelle.

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