De l’écologie qui coince, des listes participatives qui peinent à émerger, l’extrême droite qui se renforce mais ne gagne qu’une seule mairie, des villes qui basculent à droite… Petit résumé des principaux faits marquants, en Normandie, de ces élections municipales.
On les a suivis pendant la campagne
Des enjeux nationaux qui n’ont rien à voir avec l’échéance locale. Voilà comment Jean-Edouard Gueugnon, candidat à Tourouvre-au-Perche, dans l’Orne, a balayé sa proximité passée avec Reconquête d’Eric Zemmour ou l’UDR d’Eric Ciotti. Nous vous avons raconté la campagne électorale de cette commune nouvelle de 3000 habitants, où s’affrontaient trois listes. C’est finalement Jean-Edouard Gueugnon qui l’a emporté, au deuxième tour, avec 49,90 % des suffrages.
À une heure de route, toujours dans l’Orne, il n’a fallu qu’un tour et 11 voix d’avance au Mouvement Citoyen des Communes de Putanges pour remporter l’élection, dimanche 15 mars. Depuis plusieurs mois, cette liste misait sur la démocratie participative pour prendre le pouvoir – et faire vivre autrement le territoire. Plus de 600 listes citoyennes se réclamaient de ces méthodes, partout en France, dont une dizaine en Normandie. 159 ont remporté des mairies, soit plus du double par rapport au dernier scrutin.
En Normandie, seul Putanges a gagné. La liste Poses ensemble, à Poses, dans l’Eure, dont nous vous parlions ici a recueilli 37 % de voix. A Langrune sur Mer, Langrune en commun a recueilli 20 % des voix. Au Havre, la liste La Ville est à vous n’a obtenu qu’1,98 % des voix.

L’écologie à l’épreuve des territoires
En février, nous vous racontions comment Argentan, dans l’Orne, était devenu, en quelques années, l’un des territoires les plus avancés en matière de transition écologique. Frédéric Léveillé, maire depuis 2019, s’est pourtant fait balayer, au premier tour, avec seulement 29,61 % des voix. Autre champion local de la transition écologique, Malaunay, en Seine-Maritime, a connu un destin opposé : il n’y avait qu’une liste dans cette ville de 6000 habitants de la banlieue de Rouen, ce qui a permis à son maire, Guillaume Coutey, élu depuis 2012, de se faire réélire, dès le premier tour.

Des villes qui basculent à droite…
À Alençon, acquise à la gauche depuis trois mandats, Sophie Douvry, conseillère départementale divers droite, a devancé le Rassemblement national de 26 points. L’abstention a été très forte dans les quartiers populaires de la préfecture ornaise. À Flers, c’est Jean-François Brisset, candidat divers droite, qui a mis fin à 40 ans de règne de la gauche dans la ville ornaise. La droite et le centre détiennent désormais presque toutes les instances principales de l’Orne : conseil départemental, députés, sénateurs et désormais maires des grandes villes…
À Cherbourg, la droite n’était plus au pouvoir depuis 1977. Camille Margueritte, candidate de la droite et du centre, a battu le maire socialiste Benoit Arrivé, 53 % contre 47 %. Elle devient la première femme maire de Cherbourg.
Autre bastion renversé : Yvetot, en Seine-Maritime. Le maire divers gauche Francis Alabert, en poste depuis 18 ans, n’a pas été réélu. C’est Dominique Taladun Chauvel, divers droite, qui devient la nouvelle maire d’Yvetot, à quelques voix d’avance seulement du maire sortant.
Prime au sortant au Havre, Caen et Rouen
Pas de grand changement dans les trois grandes villes normandes. À Caen, c’est Aristide Olivier, le maire sortant divers droite qui a obtenu 59 % des suffrages. Contre 25 % pour Rudy L’Orphelin, candidat de l’union de la gauche hormis la France insoumise. Cette dernière a rassemblé 15 % des suffrages. À Rouen, le maire sortant socialiste Nicolas Mayer-Rossignol, allié aux écologistes et aux communistes, a remporté le scrutin avec 48 % des voix, devant la droite et le centre (26%), la France Insoumise (14%) et le RN (11%). Ce dernier regagne des élus au Conseil municipal, six ans après les avoir totalement perdus.
Au Havre, Edouard Philippe a savouré sa victoire en brandissant le V de la victoire à l’image d’un autre ténor de la droite Jacques Chirac. L’ancien premier ministre est réélu avec 47,71% des voix, talonné par le candidat communiste de l’union de la gauche, Jean-Paul Lecoq, avec 41 % des voix.

L’extrême droite ne prend qu’une seule mairie
Parmi les surprises du premier tour, on retient le score de Tony Leprêtre, candidat proche des Patriotes, qui a obtenu 50,21 % des voix à Harfleur (Seine-Maritime). Communiste depuis 1965, la ville bascule à l’extrême droite.
Avec six listes, Saint-Lô détenait le nombre record de candidats dans la Manche au premier tour des élections municipales. C’est finalement la maire sortante, Emmanuelle Lejeune (divers centre) qui l’a emporté avec 43,54% des voix. Face à elle, le candidat d’extrême droite, Laurent Houssin, qui croyait la victoire possible, a obtenu 30,77% des voix. Il décroche trois sièges au conseil municipal.
Dans l’ancienne Haute-Normandie, le RN engrange d’autres deuxièmes places. En Seine-Maritime, au Tréport et à Le Grand-Quevilly, l’ancien fief de Laurent Fabius, il dépasse les 30 %.

L’égalité parfaite
À Sées, où de nombreuses familles proches de mouvements catholiques traditionalistes ou intégristes se sont installées depuis six ans, c’est un candidat divers-droite, ancien conseiller général, Antoine Perrault, qui a conquis la mairie jusque-là tenue par Mostefa Maachi. Aucune liste du RN ou d’extrême droite ne s’était présentée au premier tour.
La probabilité que deux listes obtiennent exactement le même nombre de voix est rare. Pourtant, trois villes normandes ont bien fait match nul au premier tour à La Chapelle-Hareng (Eure), Saint-Pierre du Mont et Seulline (Calvados). Plus rare encore, trois listes étaient en compétition à Val-de-Scie (Seine-Maritime) : les deux listes arrivées en tête sont à égalité. Dans ce cas, selon le Code électoral, la moitié des sièges à pourvoir sont attribués à la liste dont les candidats ont la moyenne d’âge la plus élevée.
Un maire mis en examen
À Saint-Ellier des bois (Orne), le maire Edgar Moulin, mis en examen pour viol, était néanmoins candidat à sa succession. Seul candidat en lice dans ce village de 250 habitants, il a logiquement été réélu au premier tour, mais sa liste n’a recueilli que 57 votes sur 120, le reste étant composé de 14 votes blancs et 49 votes nuls. La plupart de ces derniers étaient des noms barrés, quelques-uns des dessins d’excréments, d’autres, des images de cochon. Le journaliste de Ouest-France qui suivait le dépouillement a été insulté, bousculé et finalement mis à la porte. Et dans l’entre-deux tours, l’édile a encore joué un mauvais tour à la presse, en la convoquant le lendemain de la séance d’installation du nouveau conseil, pour éviter sa présence !