Août 2020

Les fils de la mer

Florence Brochoire (texte, photos et sons)

Yannick et la pêche aux coques

La pêche à pied concerne 300 professionnels en Normandie. Contrairement à la pêche en mer, c’est une pêche individuelle. Chacun possède sa propre licence renouvelable tous les ans et le temps d’obtention est souvent très long. La famille Pontin pratique cette pêche de génération en génération. De la plage de Géfosses, à côté d’Isigny sur Mer, à celle du Crotoy, en baie de Somme, l’équipe taille la route pour aller chercher coques ou moules selon la saison.

La pêche à pied est elle aussi très réglementée depuis plusieurs années. Afin de préserver les ressources, il faut désormais une licence par site et par type de pêche. Après un arrêt total du travail pendant le confinement, les pêcheurs à pied ont repris pleinement leur activité. Et le travail ne manque pas : les gisements ont profité de cette pause pour proliférer.

Malgré l’aspect individuel du métier, des équipes se forment très souvent pour mutualiser le matériel comme les bateaux à fond plat qui permettent d’atteindre certains gisements. Les coups de main sont également fréquents pour permettre à chacun d’atteindre son quota de pêche.

C’est le cas de la famille Pontin. Yannick est l’ainé de la fratrie avec David et Sylvain. Son neveu Dimitri et son cousin Vincent font partie de l’équipe. Son fils Lauzan vient d’avoir sa licence, il espère bien qu’il prendra la relève.

Cliquez ci-dessous pour écouter Yannick Pontin.

Autrefois, chaque équipe avait son « éclaireur » : celui qui avait l’œil le plus aiguisé partait devant et repérait les gisements en fonction du bombée du sable ou des traces à la surface. Comme il ne pêchait pas pendant ce temps-là, les autres complétaient ses sacs. L’idée étaient de trouver les bons gisements avant que la concurrence ne vienne gratter au même endroit.

Pour la pêche aux coques, l’équipement se compose d’une vanette (tamis) et d’un râteau à coques.

A l’arrêt total pendant le confinement suite à l’interdiction de pêche, les pêcheurs ont pu bénéficier de l’aide de 1500 euros par mois mise en place par le gouvernement pour les indépendants.

A pied, le temps de pêche est très court. Il faut agir au gré des marées, juste au moment où la mer se retire. En quelques heures, les quotas sont atteints et les pêcheurs repartent.

La grande menace pour la pêche à pied reste la pollution des eaux. Notamment, les stations d’épuration qui débordent et les déchets liés à l’élevage des moutons dans les prés-salés détériorent la qualité de l’eau dont dépend le classement à la consommation des coquillages.

Ce marché tient grâce à l’exportation principalement vers l’Espagne où les coques sont cuites et reconditionnées. C’est pourquoi les professionnels craignent une nouvelle fermeture des frontières, ce qui serait catastrophique économiquement.

De vieux vélos rongés par le sel transportent les sacs des coques. Sur cette plage de Géfosses, dans la Manche, le quota est fixé à 60 kilos de coques maximum par pêcheur.

La grande majorité des coquillages sera vendue aux mareyeurs (grossistes qui achètent sur place les produits de la pêche et les expédient aux restaurants et aux marchands de poisson). Une petite partie sera transmise à Frédérique, la sœur de Yannick, Sylvain et David, pour qu’elle puisse les vendre sous la halle de Dives. La profession reste très genrée : les hommes vont à la pêche, les femmes s’occupent de la vente. Une tradition qui évolue lentement avec l’arrivée des premières femmes matelots et capitaines notamment en Bretagne.

Il faut faire repartir le bateau qui s’embourbe régulièrement dans les bancs de sable. Toute la famille s’y colle, David en tête suivi de Yannick, Dimitri et Vincent. Le métier est très physique.

La crise du Coronavirus a fait descendre les prix auprès des mareyeurs. Les pêcheurs espèrent qu’ils remonteront en août et que la crise sanitaire et économique annoncée pour la rentrée n’aura pas lieu.

Florence Brochoire

Passionnée par l’image et sa capacité à rendre sensible toutes sortes de réalités, Florence Brochoire suit des études de montage et de réalisation documentaire. En parallèle, elle réalise ses premiers reportages photographiques. Ses travaux personnels sont axés sur l’humain, ses forces, ses fragilités et les relations complexes qui lient les hommes entre eux. Devenue photographe indépendante en 2001, elle travaille régulièrement en résidence, notamment à la Villa Pérochon de Niort en 2008 et 2013 mais aussi sur le territoire normand en 2010, en 2015 puis en 2019 dans le cadre du festival « Les femmes s’exposent ». Elle collabore également avec la presse et donne à voir ses travaux lors d’expositions personnelles. Alliant régulièrement images fixes, sons ou vidéo, trois fils conducteurs guident son travail : les parcours de vie, la notion de transmission et l’engagement.  

Florence Brochoire est représentée par l’agence Signatures.

Photo © Dominique Mérigard