Avril 2021

Malaunay, une ville en transition

Christine Raout (texte et photos), Joëlle Passeron (illustrations)

Sur les traces du passé

Malaunay, 6000 habitants, commune de la Métropole Rouen Normandie, est une ville en transition. Panneaux solaires, chaudières biomasse, récupérateur d’eau, revégétalisation, jardins partagés… Depuis 2012 et l’arrivée du nouveau maire, Guillaume Coutey, aucune piste n’est négligée pour améliorer le bilan écologique de la ville et préparer l’avenir. Pour aller plus loin dans cette transition, la ville a choisi en 2018 de s’appuyer sur l’engagement de ses habitants, avec un défi d’implication citoyenne « La transition prend ses quartiers ». Pour Grand Format, trois habitants engagés ont accepté, un jour d’hiver ensoleillé entre deux couvre-feux, de jouer les guides dans ce qui fait leur ville.

Patricia Colombel a choisi Malaunay pour y faire sa vie et s’impliquer dans le milieu associatif et culturel. Aujourd’hui conseillère municipale déléguée à l’implication citoyenne, l’élue met son enthousiasme et son énergie pour associer de nouveaux habitants dans la transition de la ville.

Patricia Colombel, élue conseillère municipale déléguée à l’implication citoyenne aux dernières élections. ©Christine Raout

Le rendez-vous est donné sur le parking de la gare SNCF Malaunay – Le Houlme, petite gare qui permet de rallier le centre de Rouen en une dizaine de minutes avec des TER qui passent toutes les heures, plus ou moins. Il y a bien aussi les bus, ceux urbains qui déposent aux portes de la grande ville, et ceux ruraux qui s’enfoncent dans la campagne. La mobilité, c’est l’un des axes de réflexion de la ville de Malaunay dans sa transition. Depuis 2012, et l’élection de Guillaume Coutey comme maire, la commune a donné un véritable coup d’accélération à sa transition écologique, menant simultanément tous les chantiers et intégrant la question de l’écologie dans tous les aspects de la vie de la commune.

La voie de chemin de fer qui délimite Le Houlme de Malaunay. ©Christine Raout

Si Patricia Colombel est venue jusqu’à la gare, c’est aussi pour commencer symboliquement la visite en passant les portes de Malaunay, matérialisées par les gigantesques arches de brique rouge supportant la voie ferrée. Ce motif est repris par l’architecture de la commune de 6000 habitants. Pour les petites maisons comme celles de chaque côté de la rue principale, un projet est en cours pour tenter de préserver le style architectural et valoriser l’histoire des bâtiments.

L’architecture des maisons de la rue principale bientôt protégée. ©Christine Raout

Place de la laïcité

Première étape de cette visite : la mairie. À la fin du XIXe siècle, un bâtiment, instable, a été démoli dès la fin de sa construction, puis reconstruit à l’identique. Cette anecdote fait partie des récits des Crieurs d’Histoire, l’association avec laquelle Patricia Colombel organise des déambulations pour raconter l’histoire de la ville, de ses habitants et de ses bâtiments : les usines textiles, nombreuses au siècle dernier, et les diverses activités qui se sont succédé entre les murs. « Nos déambulations nous permettent de rencontrer la population, explique Patricia Colombel, et ça fait 37 ans que je navigue dans Malaunay, tout le monde me connaît ! »

Un autre symbole de Malaunay, la fleur solaire. ©Ville de Malaunay

En 2018, la Malaunaysienne s’est engagée dans un projet de la ville, « La transition prend ses quartiers » une initiative lancée pour prolonger les engagements de la ville sur la transition écologique. « Sur un grand panneau, une grande affiche avec un petit gamin en superman : devenez l’acteur de votre ville, décrit-elle. Je me suis dit que c’était pour moi, ce truc-là. Il fallait être maximum 11 par groupe, j’ai donc appelé quelques copains et en 5 minutes j’avais les 11. On allait travailler sur le thème de l’eau et de l’économie d’eau et d’énergie. Il y avait aussi l’alimentation, les déplacements, la biodiversité… On a travaillé tous ensemble pour faire un dossier, et on a été retenus. À partir de là, je me suis engagée dans beaucoup de choses. »

Patricia Colombel a toujours à cœur d’agir pour sa ville et d’impliquer ses habitants, avec un enthousiasme communicatif. « Ma tante, habitait Malaunay depuis toujours, raconte-t-elle. Elle m’a considérée comme sa fille. J’avais ma chambre dans son appartement dans l’immeuble derrière la place de la Laïcité. Je ne suis pas allée à l’école, mais j’ai été témoin des transformations de Malaunay. »

L’ancienne usine Offroy, dont l’architecture est adaptée aux métiers à tisser. ©Christine Raout

À son mariage, Patricia Colombel choisit de venir s’installer à Malaunay et de s’impliquer dans le tissu associatif et culturel local. « J’ai travaillé sur les fables de la Fontaine, pour les monter en spectacle avec les enfants, continue-t-elle. Et je me suis mise aussi à travailler dans les coulisses de la compagnie de mon mari, intermittent. J’ai voulu créer un événement particulier. On a donc organisé deux soirées contes à domicile, chez moi. Ça a été un succès énorme, j’ai refusé beaucoup de monde. Et Monsieur le Maire est venu. Ce n’était pas pour me vanter, mais pour lui montrer que si on veut, on peut faire des choses. »

Cet engagement pour la ville prend un nouveau tournant avec les dernières élections municipales, quand Guillaume Coutey lui demande de rejoindre sa liste. « Je suis donc devenue élue et je suis conseillère municipale déléguée à l’implication citoyenne. J’aime les gens, j’aime le travail en commun, j’aime l’action de terrain, le spectacle vivant, le dynamisme… »

Des territoires en transition

Le mouvement a été initié par Rob Hopkins, britannique enseignant la permaculture, il y a une dizaine d’années. Le concept est d’aller vers un autre modèle : plus durable, plus solidaire, en impliquant les citoyens d’un territoire à prendre conscience du besoin de changement et à agir concrètement pour y arriver en réduisant les émissions de CO2, en renforçant la solidarité et la coopération et la résilience du territoire.

Le Parc Pellerin

Tout près de la mairie, le parc Georges Pellerin est peuplé de canards et de cygnes, parfois rejoints par les poules du voisinage. L’ancienne cabine téléphonique s’est transformée en boîte à livres, un projet qui tient à cœur Patricia Colombel.

Le parc Pellerin, tout proche de la mairie, héberge des dizaines de canards. ©Christine Raout

À Malaunay, l’électricité n’est pas seulement économisée, elle est aussi produite partout où c’est possible, comme en face du parc, l’église Saint-Nicolas dont le toit est recouvert de panneaux solaires. Ou la fleur de panneaux solaires, un autre des symboles de Malaunay.

Un des symboles de Malaunay, son église dont le toit est couvert de panneaux solaires. ©Ville de Malaunay

La transition prend ses quartiers

Il serait difficile de lister les actions mises en place dans la commune depuis 2006, tant elle serait longue : rénovations énergétiques des bâtiments, panneaux solaires, récupérateurs d’eau, chauffage biomasse, plantations d’arbres… Le principe est de tout entreprendre, simultanément, pour accélérer la transition de la commune. Pour aller plus loin et associer les habitants, une expérience d’implication citoyenne a été lancée en septembre 2018, avec pour objectif d’expérimenter une transition accélérée entre réflexion, expérimentation et proposition de projets. Certains projets proposés par les habitants n’ont pas pu aboutir : la restauration d’un moulin pour produire de l’énergie était trop onéreuse ; l’idée d’un pédibus pour les écoliers n’a pas trouvé écho chez les parents d’élèves. Mais la dynamique s’est poursuivie et de nouveaux habitants se sont impliqués.

Le moulin, trop abimé pour être rénové, sur le Cailly. ©Christine Raout

La visite se poursuit au fil des projets de constructions, réhabilitations et habitats partagés qui se préparent dans la commune. Jusqu’à l’ancienne usine Offroy à l’architecture adaptée aux métiers à tisser verticaux, témoin du passé industriel de la ville. Puis, jusqu’aux équipements sportifs fraîchement rénovés : une piscine chauffée à l’énergie solaire et biomasse, dont l’eau est réutilisée pour l’entretien du stade, le centre sportif Nicolas Batum, du nom du basketteur normand, bordé d’un city stade et d’un boulodrome éclairés par des led. Plus encore, le groupe scolaire Olivier Miannay a été habillé de bois et de couleurs après sa rénovation.

Sur les hauteurs de Malaunay

De part et d’autre de la ville, les paysages qui se font face sont très différents. Il y a l’alpage, comme l’appelle Patricia Malaunay, ponctué de maisons cossues destinées autrefois aux dirigeants des usines de la ville, avec ses étendues d’herbes où gambadent parfois des moutons et des vaches. Et il y a le quartier des immeubles de logements sociaux, vieillissants, qui ont vu sur l’ensemble de la ville. Ces immeubles datant des années 1960 sont ou seront bientôt rénovés.

Pour relier au centre-ville ce quartier d’immeubles bordés de petites maisons, il faut prendre la voiture et contourner l’espace vert entourant une petite chapelle, où les moutons et les chèvres s’occupent de l’entretien. Ou bien traverser le petit bois du Houlme pour rejoindre l’école Georges Brassens, un peu moins escarpé depuis que le chemin a été refait. Ce lien entre le cœur de ville et le quartier reste un sujet de réflexion pour la commune. Des panneaux sur l’histoire ? Une piste cyclable ? Un balcon pour admirer le panorama ? Un jeune maraîcher imagine même planter ses légumes entre les bâtiments.

Lieu d’inspiration

La ville est devenue un lieu d’inspiration pour ceux élus ou agents municipaux, qui cherchent des solutions pour leurs communes. L’Agence Normande de la Biodiversité et du Développement durable (ANBDD) organise des DDTour à Malaunay, expliquant la démarche de la ville suivi d’une visite de terrain pour expliquer les différents projets qui en font une ville en transition. Catherine Larinier, chargée de mission capitalisation et valorisation des expériences à l’ANBDD le constate : « Malaunay est une vitrine régionale en matière de développement durable. »

À l’heure où il faut redescendre place de la Laïcité, Patricia Colombel continue d’évoquer les projets à l’échelle du quartier, de la ville et de la communauté urbaine : ce qui est fait n’est qu’une étape, et l’impression que tout reste encore à faire.