Le lundi 28 septembre 2026, les élèves de la 5A du collège Louise Michel d’Alençon sont allés en car rencontrer Julien Pousse, technicien-forestier. L’occasion de découvrir son métier et la forêt de Perseigne.
« Il fait froid », « Il pleut », « Oh, y a du caca ». Pour certains élèves, c’est la première fois qu’ils mettent le pied en forêt, sauf Leyla qui y va tous les dimanches avec sa famille promener ses chiens. Au pied des arbres, Julien Pousse nous attend sous la pluie dans sa « jeep » de l’ONF (Office national des forêts). Direction le belvédère de Perseigne, situé à 340 mètres d’altitude, le point culminant de la Sarthe. L’été, on peut monter en haut de l’ancien château d’eau pour observer la forêt.
Le technicien-forestier porte le polo de l’ONF, une veste de chasseur et un pantalon cargo, aux couleurs kaki pour se fondre dans le paysage. Sa première mission est de surveiller la forêt et les personnes qui la fréquentent : les promeneurs, les touristes, les randonneurs, les chasseurs, les trailers, les bûcherons, les ramasseurs de champignons. Il accueille aussi du public pour des visites, comme nous aujourd’hui. « Il y a deux semaines, j’ai emmené un groupe écouter le brame du cerf », confie-t-il.
Son rôle est de contrôler si les personnes respectent bien les règles du milieu forestier, par exemple, la cueillette des champignons le jeudi, l’interdiction de jeter des déchets ou encore l’impossibilité de rouler avec un véhicule à moteur thermique … Il préfère sensibiliser plutôt que réprimer: « Si je vois quelqu’un jeter un déchet par terre, je lui demande de le ramasser. S’il coopère, je ne verbalise pas, je lui donne une seconde chance. S’il ne respecte pas, je peux lui mettre une amende. »
Pour finir, il contrôle les autorisations des bûcherons et les guide dans les parcelles, « pour vérifier que ce sont les bons arbres qui sont coupés. »



La forêt de Perseigne a le même nom que notre quartier, mais Julien Pousse n’a pas d’explications à nous donner. Il est possible que les premiers habitants du quartier travaillaient dans la forêt. Le sol est recouvert de feuilles, les troncs sont entourés de mousses et de champignons. « La forêt est dense, humide et imposante. On pourrait s’y perdre tellement c’est grand », s’exclame Richie.
La forêt de Perseigne s’étend sur 5 100 hectares, « l’équivalent de 7 000 terrains de football », nous explique Julien Pousse. Elle est composée à 80 % de feuillus (des arbres à feuilles) et à 20 % de résineux (avec des épines). Les principales essences sont le chêne, le hêtre, le bouleau, le merisier, le sapin et le pin sylvestre. Au sol, on peut trouver des myrtilles en été. « Mais les renards peuvent uriner dessus, c’est dangereux pour nous », avertit Alix. « Si on les lave bien, le risque diminue. », répond Julien Pousse.

Samad et Harun tentent de soulever une grosse souche de bois. « Attention, c’est le refuge de certains insectes. Il faut les laisser tranquilles. », prévient Julien. Avec les tablettes, nous prenons des photos. Okikiola a trouvé un champignon. Kaël filme Julien quand il parle, tandis que Mouad photographie Guy, le photographe, qui prend lui-même des photos ! Richie cadre la marque rouge sur l’arbre. « Chacun est investi dans sa mission. C’est un joyeux chaos ! », sourient les professeures, Isabelle Mélou et Karine Monnerie.
Après les échanges, tout le groupe se disperse dans la forêt. « On aurait voulu jouer à filles-attrapent-garçons, mais on n’a pas eu le temps », regrette Leyla. « Rassemblement !!! », crie Julien Pousse. A son appel, tout le monde revient en courant et Mouad glisse en voulant sauter par-dessus une souche. Richie trébuche à son tour en voulant l’éviter. Voilà comment est la forêt quand il pleut ! Au final, nous n’avons pas croisé de sangliers. Samad en est plutôt rassuré.
La classe est repartie avec regret. « On aurait voulu rester plus longtemps pour explorer, jouer, cueillir des champignons et s’enfoncer plus loin dans la forêt ». La prochaine fois, on ira pique-niquer !
Donel, Leyla, Houswa, Mouad, Lahel, Richie et Okikiola aidés du reste de la classe
Le 28 septembre 2026 dans la forêt de Perseigne, nous avons rencontré Julien Pousse, un technicien forestier de l’ONF (Office national des forêts). Il nous a présenté son métier.
Pouvez-vous nous dire en quoi consiste votre métier ?
Je surveille la forêt. Je m’occupe des arbres. Je dois vérifier si les bûcherons coupent le bon arbre et s’ils ont le droit. Je mets un trait rouge pour indiquer que cet arbre peut être coupé. Je mets un triangle vert à l’envers pour indiquer que l’arbre est malade, mais doit rester à sa place. C’est important car il peut y avoir des animaux dedans. Nous devons respecter la forêt et la biodiversité. C’est un métier très varié.
Avez-vous d’autres missions ?
Je suis assermenté, c’est à dire que je suis comme un gendarme, je peux mettre des amendes. Mais, je préfère l’avertissement verbal en sensibilisant les promeneurs, par exemple avec le ramassage des champignons qui est interdit le jeudi.
Qu’avez-vous fait comme études pour faire ce métier ?
J’ai fait un bac technologique STAV (Sciences et Technologie de l’Agronomie et du Vivant) au lycée agricole à Sées. J’ai continué mes études avec un BTS gestion et protection de la nature. J’ai commencé par m’occuper d’une forêt périurbaine, à côté de la ville de Strasbourg.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
C’est un métier passion, j’aime être auprès de la nature, au calme. Mon père possède une forêt de 40 hectares où j’allais me balader régulièrement depuis tout petit.
Avez-vous déjà rencontré des animaux ?
J’ai rencontré plein de sangliers. Ils sont rarement agressifs sauf si la laie (femelle) est accompagnée de ses marcassins (petits) ou si le sanglier est blessé. Dans ces cas-là, on court et il va vite se lasser ! Il y a deux semaines, j’ai emmené des visiteurs écouter le brame du cerf dans la forêt : un cri utilisé par le mâle pour attirer la femelle.
« Les arbres nous aident à lutter contre le réchauffement climatique »
A quoi servent les arbres pour les êtres vivants ?
Les arbres nous aident à lutter contre le réchauffement climatique en captant le dioxyde de carbone et en rejetant de l’oxygène et de l’eau : ça fait partie de la photosynthèse. Mais les arbres aussi souffrent de la chaleur. Certaines essences, comme les sapins, le supportent mieux, et d’autres, comme les chênes et les hêtres vont souffrir dans les années à venir. Nous allons chercher dans le Sud de la France des essences qui sont plus résilientes (résistantes) à la chaleur et on les replante ici.


Quels sont les dangers qui menacent la forêt ?
Il y a eu beaucoup d’incendies cet été. Neuf sur dix sont d’origine humaine : mégots, barbecue, et machines agricoles. La forêt de Perseigne a été fermée un moment cet été à cause de la canicule.
Qu’aimez-vous dans votre métier ?
J’aime travailler dans la nature et être dehors, qu’il fasse beau ou mauvais. J’aime le début du printemps quand les feuilles des arbres sont d’un vert vif et les jours rallongent. Je ne gagne pas beaucoup d’argent, mais ça fait mon bonheur.
Jahnellia, Sumaiya, Harun, Melissa, Samad
Guy Pichard, 42 ans, est photographe et journaliste indépendant en Normandie. Mardi 29 septembre 2026, il est venu échanger avec les élèves de 5e A du collège Louise Michel, à Alençon, sur son métier.
« Je voulais montrer aux autres ce que je voyais moi-même. » Guy Pichard a toujours aimé photographier. Il a découvert le métier lors de son stage de 3e. Après son bac, il a passé un CAP photo en deux ans. « On apprend la technique à l’école et après on s’améliore en pratiquant. À 42 ans, on n’est pas le même photographe qu’à 16 ou 25 ans. » Ensuite, il a passé deux années en école de journalisme à l’IPJ (Institut Professionnel des Journalistes) à Paris. « À 21 ans, j’avais ma carte de presse. J’ai commencé à écrire des articles sur les jeux vidéos ; je testais les jeux de Playstation. Mais au bout d’un moment, j’ai eu envie d’écrire sur des sujets qui ont plus de sens. »
Guy est parti vivre au Brésil pendant quatre ans. Il est devenu correspondant pour le Canard Enchaîné, sous le pseudonyme de « Jérôme Canard ». Il a rencontré des habitants, visité des favelas (bidonvilles) et fait une série de photos sur les gens qui portent des maillots de foot. « J’ai vu beaucoup de violences aussi et des armes. C’est pour ça que je suis rentré en France. C’était dangereux et fatigant ».
Aujourd’hui, Guy travaille sur le thème de l’écologie, le réchauffement climatique, les luttes sociales, la mer et la pêche, pour différents médias : Reporterre, Basta, Politis, Libération, Cultures marines et en Normandie, pour deux médias indépendants : Le Poulpe et Grand Format. « Je suis doué en titres et en blagues depuis que j’ai travaillé pour le Canard Enchaîné ! », ajoute-t-il.
Dans le métier de photojournaliste, les journées ne se ressemblent pas. « Une journée de travail, c’est très varié, je ne sais pas ce que je vais faire la semaine suivante. Ce week-end, je vais couvrir une manifestation contre les pesticides. J’aimerais aussi écrire un article sur les trains en Normandie : il y a eu trois accidents ces dernières semaines ! »

Guy a été très marqué par un reportage en Méditerranée, à bord du bateau de l’association SOS Méditerranée, qui vient en aide aux réfugiés en mer. Pendant deux semaines, il a participé au sauvetage de 600 personnes. En 2025, Guy est parti en Ukraine pour témoigner du quotidien des habitants malgré la guerre. « Je me souviens d’un jour au restaurant où tous les téléphones des clients se sont mis à sonner en même temps : c’était leur application qui les alertait d’un bombardement à venir. Tout le monde s’est mis à l’abri. C’est une vie très spéciale. »
Guy aime photographier les manifestations, « car il y a beaucoup d’émotions entre les gens », et les reportages en mer, de jour ou de nuit, avec les pêcheurs. Avec ses photos, il veut sensibiliser les gens à la protection de la nature et au réchauffement climatique, mais aussi au sort des réfugiés. Pour terminer, Guy conseille à ceux qui voudraient devenir photographe, de « prendre des photos tout le temps » et de « réfléchir au message qu’ils veulent faire passer ». Cette rencontre nous a appris comment nous améliorer en photographie ; nous avons été impressionnés et nous repartons motivés.
Alix, Mariam, Noham, Kaël, Anaïs