
Des logements individuels à prix modique, des espaces communs de convivialité et un accompagnement au quotidien. C’est le cadre de la pension de famille Julie Postel, gérée par Habitat et Humanisme Manche à Cherbourg, à destination des personnes précaires et exclues.
À Cherbourg, dans le tranquille quartier de la Bucaille, se niche une maison où des militants associatifs hébergent et tentent de réparer celles et ceux dont la vie était brisée. Dix-neuf logements sont proposés, autour d’une belle cour intérieure avec ses fleurs, son potager et son terrain de pétanque. Les résidents peuvent également se retrouver dans la véranda, la cuisine ou encore la laverie.
« On fait de la haute-couture »
Michel Tréhard, président d’Habitat et Humanisme Manche
Nous sommes dans la pension de famille Julie Postel, gérée par Habitat et Humanisme Manche. Le président Michel Tréhard résume l’action menée ici par son association par une métaphore vestimentaire. « Presqu’île Habitat, grand office HLM du Cotentin, gère 8 000 logements : ils font du prêt à porter. Habitat et Humanisme Manche, avec nos 50 logements, on fait de la haute-couture. Le problème de la population que nous accueillons ici n’est pas seulement le logement, c’est aussi l’accompagnement. » Parce que les personnes qui atterrissent ici ont toutes un parcours chaotique émaillé de précarité, de violences ou d’addictions.
Sécurité et bienveillance
À l’étage, la pimpante Lucie ouvre fièrement la porte de son appartement fraîchement nettoyé. « Limite on peut manger par terre. Avant… on ne pouvait pas ! » La trentenaire est arrivée à Postel il y a deux ans. À la suite d’un événement traumatique, elle ne se lavait plus, ne s’alimentait plus correctement, n’était plus capable de gérer son logement en autonomie. Quelques portes plus loin, Jérôme vient de quitter sa couette. Voix douce et regard fatigué à bientôt cinquante ans, il évoque un passé de trafic de drogues, d’années de prison, et de ruptures familiales. Après cinq années ici, il « consomme beaucoup moins de produits » et se sent désormais « en sécurité ».

Jérôme a un souvenir qui illustre l’accompagnement unique dont bénéficient les résidents ici. Celui du voyage en Bretagne pour se recueillir sur la tombe de son fils décédé il y a quelques années : « Ils ne m’ont pas demandé de payer d’essence. Ils m’ont emmené, ramené, payé le restaurant. Une structure comme ici, je n’en ai jamais vu ! » Lucie, elle, est encore marquée par son arrivée à la pension de famille, avec une fête pour son anniversaire, qu’elle n’avait jamais vraiment célébré auparavant : « C’était un chouette moment. Mais je n’y croyais pas sur le coup, parce que je ne connaissais personne. »

Au quotidien aussi, l’équipe d’Habitat et Humanisme est présente pour les résidents de la maison Julie Postel, notamment concernant leurs soins médicaux. « Pour eux, prendre un rendez-vous, s’en rappeler, y aller, comprendre les propos du médecin… c’est une aventure ! », décrit Michel. L’accompagnement passe aussi par les guider dans ces démarches. Un rôle dévolu d’abord aux plus de 70 bénévoles, pour beaucoup retraités, aux compétences variées (gestion, communication, bricolage, jardinage…).
Un sourire, c’est gagné
L’association compte également cinq salariés : un directeur, trois travailleuses sociales et aussi une « maman » : Clarice, 54 ans. « On a une animatrice de vie sociale qui fait office de figure maternelle », explique le directeur Radouane Oufkir. « Dans l’après-midi et en soirée, son rôle est de les stimuler : cuisiner avec eux, faire des jeux, visiter les logements ». Au total, ce sont environ 250 animations et 300 accompagnements médicaux qui sont proposés par an. Et même pour aller faire les courses, il s’agit avant tout de « prétexte à des moments de sympathie », précise Radouane.


Tous les mardis midi, pensionnaires, bénévoles et salariés déjeunent ensemble. Aujourd’hui au menu, poisson blanc et gratin dauphinois. Tout le monde participe à la cuisine, au service et à la vaisselle. Autour de la grande table de la véranda, il y a Irène, la doyenne, ancienne professeure d’allemand ; ou encore Stéphane, logé dans un à appartement du « diffus » quelques rues plus loin. D’autres ont préféré profiter du soleil dans la cour : Grégory, ex militaire et grand ami de Jérôme ; le grand et volubile Patrick ; la benjamine à fleur de peau Valentine… Pendant une heure, tout paraît si léger.

« À partir du moment où, dans la journée, il y a un sourire, il y a quelque chose de gagné », assure Radouane, le directeur. Les pensions de famille ne sont en effet pas des hébergements limités dans le temps. À Julie Postel, certains résidents sont là depuis plus de dix ans. Radouane explique cependant « travailler avec eux à une réinsertion quand c’est possible ». Fadila, Marion, Bruno… il cite plusieurs anciens pensionnaires désormais locataires autonomes chez un bailleur social. Pour d’autres, l’objectif se porte d’abord sur une « autonomisation des petites tâches » (tenir un appartement, une hygiène corporelle).
Prendre le temps, c’est aussi ne pas avoir beaucoup de turnover. Les quatre appartements d’Habitat et Humanisme dans le « diffus » permettent de libérer des places à Postel. Mais lors des deux à trois commissions d’admission par an, il y a à chaque fois une dizaine de candidats par logement. La préfecture de la Manche travaille déjà avec l’association sur l’ouverture d’une nouvelle pension de famille pour 2029 à Avranches. Avec un financement fixé à 19,5 euros par place et par jour, et des bénévoles qui n’ont pas le don d’ubiquité, il reste encore à définir les meilleurs modalités d’accompagnement.