Avril/Mai 2020

Covid-19. Nos vies extra-ordinaires

François Leclerc, Simon Gouin, Marylène Carre, Marie Le Hir, HubbubHum, Antoine Dupont, Fanny Meigné, Antoine Giard, Aziliz Bourges, Keramprod, Elisa Foubert, Jean-Baptiste Quentin, Emmanuel Blivet, Vincent Guerrier, Alexis Debeuf, Paul Michel, Sam NO, YO du Milieu, Stéphane André, Laurence Plainfossé, Jérome Houlès, Marie-Odile Lainé, Ambre Lavandier, Nyima Leray, Bénédicte Vacquerel, Marie, Guillaume Gherrak...

Nos vies extra-ordinaires

Ce mois-ci, votre magazine bouleverse son format pour raconter nos vies extra-ordinaires. Confinés ou exposés, qu’est-ce que le coronavirus a changé et changera pour demain ? Retrouvez dans cet article, au fil des jours, de nouvelles contributions qui racontent notre histoire vraie.

« Rendre visibles les invisibles »

Photos Guillaume Gherrak

La vidéo du collectif #LPNPM (Luttons pour ne pas mourir) diffusé le 1er mai dernier montrait des dizaines de visages de travailleur·euses en activité réduite dans l’hôtellerie, la restauration, le service aux personnes, des saisonnier·es, intérimaires et intermittent·es du spectacle. Des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des parents, tous précaires. Chacun porte une affiche où se lit leur nom, leur métier et leur situation financière. d’intermittent-e-s de l’emploi. Ces derniers s’affichent désormais sur une fresque XXL rue des Rosiers à Caen, qui prend forme depuis le 21 mai à l’initiative de la KIC (Koordination Intermittents du Calvados), CGT Chômeurs et Solidaires Précaires et Chômeurs. Sur 500 cases s’afficheront au jour le jour ces portraits. #LPNPM continue de collecter les photos à envoyer à kic.communication@kic-cip.org

Est-ce cela l’école de la bienveillance ?

Lundi 11 mai 2020
Lettre d’une professeure des écoles à Caen

« La presse s’est faite l’écho ces derniers jours des maires qui refusaient d’ouvrir leur(s) école(s). À leur grand regret sans doute, peu de bruit a été fait autour des maires qui faisaient du zèle. Joël Bruneau, maire de Caen est de ceux-là.  Sans concertation aucune avec le personnel enseignant ou les associations de parents d’élèves, il a décidé d’ouvrir les écoles à toutes les classes et ce alors qu’une « rentrée progressive » (pour les élèves de GS, CP et CM2) était préconisée par le Ministère.

Qu’à cela ne tienne, dans certaines écoles, de Caen on accueillera donc des enfants de deux ans et demi. Charge aux enseignants de leur faire tenir les gestes barrières. Faute de place et de personnels pour les encadrer, des enfants de maternelle vont déjeuner dans leur classe. Et donc ne pas bouger d’un périmètre bien restreint. L’école de la bienveillance ?

Les conditions matérielles de la reprise sont là, dans le respect du protocole sanitaire, estime la mairie. Je vous laisse juge. Demain dans la cour, les enfants devront se ranger à des endroits précis et différents de d’habitude. Ces repères n’ont pu être tracés qu’aujourd’hui : la bombe de peinture n’étant pas résistante à l’eau, il a fallu attendre le dernier moment. 

Ce matin, jour de pré-rentrée, une trentaine de personnes (!!!) a dû se réunir dans une même pièce pour préparer la journée de reprise. Nous étions tous masqués… avec nos masques personnels, en tissu… Dans nos classes nous attendaient nos « kits » : une boîte de mouchoirs abîmée et deux flacons de gel hydroalcoolique, format cosmétique offerts par le Stade Malherbe.

Faute de masques en quantité suffisante, on nous a apporté ensuite, de la main à la main, trois masques chirurgicaux. De quoi tenir jusqu’à mardi soir. Pour jeudi, distribution d’un masque ce mardi après-midi toujours de la main à la main. D’ailleurs, pour jeudi, nous devons apporter une petite boîte avec couvercle afin que nos masques y soient déposés avant utilisation.

Un rouleau d’essuie-tout et un pot de mayonnaise

J’ai la chance d’avoir un point d’eau dans ma classe. Pour y accéder, les enfants devront grimper sur un marche-pied (acheté avec mes deniers personnels). Pour se laver les mains, ils devront se saisir d’un pot de mayonnaise nettoyé et rempli de savon liquide à moitié. Puis se rincer, à l’eau froide, avant de se saisir du rouleau d’essuie-tout pour en déchirer un morceau. Un rouleau d’essuie-tout et un pot de mayonnaise pour tout matériel.

Ma collègue est plus « chanceuse » : ses élèves pourront utiliser un distributeur de savon et se sécher les mains sur un essuie-main…. en tissu, qu’il faudra dérouler chacun son tour. Autant dire qu’il faudra se relaver les mains après les avoir essuyées… Pas de lingettes désinfectantes pour nettoyer un objet qu’un élève aurait par inadvertance toucher. Ni de thermomètre pour prendre la température d’un enfant (ils sont réclamés depuis plusieurs années pourtant !)

Le médecin scolaire parle de « bricolage », mais ne fera pas remonter l’information, se sachant non écouté.

Le protocole est respecté, les enfants accueillis. Mais dans quelles conditions d’indignité ! Est-ce cela l’école de la bienveillance ? Peut-on vraiment se satisfaire de « bricolage » en pleine pandémie mondiale ? »

À Caen, la rentrée a eu lieu ce mardi 12 mai 2020, pour 2 339 des 6 444 écoliers caennais, soit 36% des effectifs (chiffres Ouest-France). Le maire Joël Bruneau, a décidé d’ouvrir tous les jours, pour tous les niveaux, allant au-delà des consignes ministérielles. Pour donner la possibilité à tous, notamment ceux qui sont le plus éloignés de l’école, de reprendre. En réalité, ceux là ne sont pas venus massivement. L’école Bosnières, en centre-ville, comptait 60 % de présents quand Viera-da-Silva ou Albert-Camus, dans les quartiers populaires de la Grâce-de-Dieu ou de la Guérinière ne retrouvaient que 15 à 20 % de leurs élèves.

Les confinés de mon immeuble # 4

Par Emmanuel Blivet (dernier épisode)

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Image

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Déconfiture # 5

Par YO, du Milieu
Mixage : Sam NO
Visuel : Hubbubhum

Billets d’humeurs changeantes et petites annonces du confin du monde.

Episode 5 : Mon maraîcher (semaine 3)

Auprès des aînés

Le 9 mai 2020
Par Marie

Donner un coup de téléphone, apporter une part de gâteau, distribuer de la laine… Dans un petit village du Perche, dans l’Orne, Marie a entrepris de « rencontrer » des aînés qui se sentent isolés. Parmi eux, Ulysse, Lise et Bernadette.

Ulysse

« Je suis devant mon téléphone fixe. J’hésite. Que vais-je dire à Ulysse, mon voisin ? Je le connais si peu. Un petit « bonjour » au passage lorsqu’il est dans son jardin, une discussion brève sur la météo, voilà ce que je faisais avant le confinement. Malgré quelques appréhensions, je me lance. Premier obstacle : mon numéro de téléphone s’affiche en commençant par « 09 … ». Pas de réponse de sa part. Je recommence avec mon portable, Ulysse décroche. Je me présente. Il me connaît plus que je ne le pensais. Nous discutons et il va prévenir sa voisine Bernadette que j’appellerai également. Tous les 3-4 jours, je lui téléphone. Je décide de prendre des notes sur un carnet. Elles me permettent de reprendre les discussions là où nous les avions laissées la fois d’avant.

« Ulysse imagine la fleur qu’il a déposée cet hiver sur la tombe de son épouse et de son fils se faner sans qu’il puisse en prendre soin. »

Ulysse m’apprend qu’il a vendu sa maison et qu’il souhaite aller vivre à l’Ehpad du village. Cela fait 32 ans qu’il habite dans le lotissement. Ulysse est né en 1928 dans un ferme du château de Couesme qui appartenait au prince Carol de Roumanie. Il me raconte le passé dans le Perche où il a toujours vécu. Il m’impressionne par sa mémoire, par sa connaissance de l’histoire locale. Je ne me lasse pas de l’écouter parler de sa vie d’autrefois.

Ulysse lit le journal avec attention, il se renseigne sur le virus et les tests à venir, participe à sa manière, à la fabrication de masques en fournissant des draps. Il s’inquiète pour ses amis plus isolés que lui, pour sa cousine hospitalisée, pour le restaurateur qui lui apporte ses repas plusieurs fois par semaine. Il imagine la fleur (un skimmia) qu’il a déposée cet hiver sur la tombe de son épouse et de son fils se faner sans qu’il puisse en prendre soin.

A l’approche du déconfinement, Ulysse se prépare : il a anticipé et pris un rendez vous chez le coiffeur, chez son ostéopathe… Ulysse a des projets.

Bernadette

Avec Bernadette, la voisine d’Ulysse, notre première conversation ne dure que quelques minutes. Elle ne me connaît pas mais a entendu parler de moi par son voisin. Elle m’apprend qu’elle est atteinte d’une dégénérescence maculaire de la rétine (comme ma maman qu’elle connaissait, et avec qui, elle aimait bien discuter). Ça y est, le contact est passé. Je lui propose qu’après le confinement, je pourrais l’aider à s’inscrire à la bibliothèque sonore d’Alençon. Elle aussi a été agricultrice toute sa vie, 70 ans dans une ferme de la région. Elle a gardé de sa vie d’avant le plaisir de jardiner. Elle me propose des plans de salade. J’accepte volontiers. Nous discutons jardinage et ses conseils me sont précieux.

« Quand nous le pourrons, bientôt j’espère, vous viendrez boire un petit café à la maison »

Dimanche 3 mai, et comme chaque dimanche depuis Pâques, je lui apporte une part de notre dessert. En échange, elle m’offre des bettes et de nouveaux plans de salades pour remplacer ceux que les limaces ont dévorés avec gourmandise. Et elle ajoute : « Quand nous le pourrons, bientôt j’espère, vous viendrez avec votre mari et mon voisin Ulysse, boire un petit café à la maison »

Lise

Lise réside à l’Ehpad. Elle a 90 ans depuis le mois de décembre. Lorsque je l’appelle, Lise est triste. La veille du confinement, sa petite sœur Marie-Louise s’est éteinte, après des années de luttes contre le cancer.

Lise est un peu sourde malgré son nouvel appareillage. Il faut parler très fort au téléphone et bien articuler.

En fouillant dans son placard, Lise a retrouvé un tricot commencé il y a quatre ans pour un de ses arrières petits-enfants. Elle ne peut plus tricoter car elle a des douleurs dans les mains et en plus, elle a perdu le modèle de la layette qu’elle avait commencée. A ma proposition de lui fournir des explications pour son tricot, elle songe à s’y remettre. Elle me raconte sa passion pour le tricot qui a débuté il y a 80 ans à l’école. Sa maîtresse leur enseignait les travaux manuels deux après-midis par semaine. C’est là qu’elle a appris à tricoter. En 1943, elle avait confectionné une robe rose pour sa petite sœur sur laquelle elle avait brodé les initiales M L en laine bleue marine.

« Elle appelle pour me dire qu’elle est au chômage et qu’elle attend de la laine, des boutons ou autres éléments nécessaires pour mener à bien ces œuvres. »

Lise aimait beaucoup l’école, elle travaillait bien. Elle a été la première du canton de Nocé à son certificat d’étude. Au cours d’une autre discussion, elle me raconte comment, un jour, ses parents sont venus la chercher à bicyclette à l’école ménagère des Sœurs de la Providence près de Mortagne, où elle était pensionnaire. C’était en 1944. Le maquis de Courcerault venait de tomber aux mains des SS, et par peur de représailles sur les habitants de la région, sa famille avait décidé de la récupérer. Son papa portait une bicyclette sur le dos pour le retour de sa fille à la maison.

Lise a terminé le tricot commencé il y a 4 ans. Elle a retrouvé le plaisir de tricoter. Ses mains ne lui font plus mal et elle tricote quantité de gilets, brassières, manteaux pour un petit enfant à venir dans ma famille. Il lui arrive même de m’appeler (et j’imagine son sourire derrière le combiné) pour me dire qu’elle est au chômage et qu’elle attend de la laine, des boutons ou autres éléments nécessaires pour mener à bien ces œuvres.

– « Voulez-vous que je vous fasse passer la layette confectionnée ? », m’a-t-elle demandée.

Je lui ai répondu que je viendrai la récupérer dans sa chambre, lorsque cela sera permis, et que je ne manquerai pas de lui présenter le bébé pour qui elle a tricoté… »


« Nous avions beau faire de notre mieux, la situation empirait. »

Le 8 mai 2020
Propos recueillis par Simon Gouin

Jean est aide-soignant dans une maison de retraite associative-privée de la région, où cinq résidents sont morts du Covid-19. Depuis début avril, du renfort est arrivé et le contact physique avec les familles et amis est progressivement restauré.

« Fin février, nous avons commencé à appliquer les premières mesures. Nous avons d’abord réduit les visites des familles et amis avant de les interdire. Nous avions alors du matériel, des masques… malgré cela, le virus s’est répandu dans l’établissement. C’était dur à vivre, car nous avions beau faire de notre mieux, la situation empirait.

Début avril, j’ai perdu l’odorat, j’avais de grosses courbatures, surtout les premiers jours, une très forte fatigue par moment, aucune fièvre… J’ai été testé positif et arrêté trois semaines. J’ai eu l’impression d’abandonner les collègues en cours de route.

« Quand les personnes étaient en fin de vie, leur famille pouvait venir à leurs côtés. »

Progressivement, de nombreuses collègues ont elles-aussi été arrêtées. Nous avons commencé à manquer de masques et de moyens humains. Cinq résidents sont décédés, sur 85. Certains étaient déjà faibles avant l’épidémie, d’autres non. Quand les personnes étaient en fin de vie, leur famille pouvait venir à leurs côtés (cela n’a pas été le cas dans de nombreux Ehpad, ndlr).

C’est un drame auquel s’ajoutent des obsèques en très petit nombre. Une résidente a été inhumée avec seulement six membres de sa famille…

Aujourd’hui, tout le monde a été testé, résidents et soignants, et une unité « covid » a été créée. Elle accueille une vingtaine de résidents testés positivement.

Quand je suis revenu de mon arrêt maladie, j’ai remarqué qu’on n’avait jamais eu autant de moyens. Des entreprises du coin nous ont donné des masques. Une fondation a offert des tablettes pour permettre aux résidents de communiquer avec leurs familles. Des étudiants infirmiers sont arrivés en renfort. Désormais, nous avons mis en place un barnum où les familles peuvent revoir les résidents, derrière un plexiglas, en toute sécurité, pendant environ 30 minutes.


Père Fouettard ou Saint Nicolas ?

2 avril 2020, Vilamoura (Portugal)
Par Marie-Odile Lainé

Nous, sur un voilier depuis trois mois, avons appris à décliner le confinement et voilà que le hasard nous gâte : bloqués depuis deux semaines dans une marina du sud du Portugal. Fermeture des commerces, excepté ceux de nécessité, confinement certes mais raisonné. Les ouvriers du bâtiment, les services d’entretien des bateaux, les artisans travaillent. On peut sortir, le moins possible, seul ou à deux, à pied ou en vélo pour peu que l’on respecte les règles de distance, et que ce soit dans des espaces le permettant : quelle chance, il y a une immense plage où marcher à côté !

Interrogé sur son refus de pénaliser les fraudes ou les excès, le premier ministre Antonio Costa a répondu : « Les portugais sont si disciplinés que la répression est inutile » J’entends déjà nos penseurs censeurs : « Naïf confondant ! Inconscient dangereux ! enfermons-le ! »  Trois semaines après le début de l’épidémie, le pays est 11 fois moins touché que l’Espagne voisine, et le virus se propage beaucoup plus lentement que dans tous les pays européens. Et nos analystes patentés de déblatérer sur les causes de l’exception portugaise, économiques, géopolitiques, circonstancielles, ils ne sont pas en panne d’hypothèses.

Le Père Fouettard est créé pour donner du courage aux habitants assiégés

Moi je me plais à la mienne : quand on responsabilise les gens, on les élève, et même si on prend des risques (haro sur le gros mot !), en choisissant cette voie, l’enjeu en vaut la chandelle. Pas de père Fouettard, un père bienveillant qui en appelle au bon sens de tout un chacun, c’est le rêve éveillé ! Revenons-y, au Père Fouettard, et à sa légende :

« Le père Fouettard serait né à Metz en 1552, lors du siège de la ville par les troupes de Charles Quint. Pour donner du courage aux habitants assiégés, la corporation des tanneurs invente un personnage grotesque, armé d’un fouet, qui poursuit jouvencelles et damoiseaux. L’année suivante, Metz est libérée. Le personnage au fouet est ressuscité. Son passage coïncide avec celui de Saint Nicolas, qui, lui, distribue des cadeaux. »

Je songe aux cravaches agitées par tous les garde-chiourmes de la loi, qui les autorise à se débrider, toutes les histoires racontées au téléphone par les amis et les proches : le grand-père à vélo avec sa baguette taxée de 135 euros parce que « la baguette signifie que vous allez chercher votre pain tous les jours, au lieu de regrouper vos achats » ; un autre parce qu’il n’a dans son panier que des gâteaux, qui ne sont pas nécessaires (« sans gluten, passe encore mais là ! faut pas charrier ! »), la maman qui a sorti ses deux enfants sur la plage, juste devant sa maison, sommée de rentrer chez elle : « l’interdiction de la plage annule la loi sur les autorisations de périmètre ! », l’hélicoptère qui survole la région de Chamonix à la recherche de trois ou quatre randonneurs pirates (« et qu’est-ce qu’elle dit, la planète ? »), le vélo interdit parce qu’un seul accident pourrait faire déborder le vase du système de santé déjà trop plein (« et la voiture alors ? »)…

Le père Fouettard vous met dans la peau du sale gosse qui a bien mérité sa punition, distille le sentiment de culpabilité en même temps que le désir de tricher.  À la baguette ! Pourquoi perdre votre énergie à aller chercher en vous le comportement adéquat dans une situation donnée ? À chacun son flic et le repos pour tous !

Reprenons la légende : « pour donner du courage aux populations assiégées ». Quel courage ? Celui du trouillard ? Le même qui permet à un propriétaire de chasser sa locataire et voisine infirmière, parce qu’elle le met en danger ? Vive le courage des pleutres !

Le plus énorme, dans la légende, est que, une fois Metz libérée, le père Fouettard, dont on ne devrait plus avoir besoin, est ressuscité. C’est tellement confortable d’être abruti et dispensé de penser, ça vaut bien quelques coups de fouets !

Moi, ça me fait frémir. Quel homme de demain fabrique-t-on ?

Je rêve d’une émission quotidienne sur France-Inter, qui au lieu de laisser s’épancher à longueur d’ondes des confinés zen, déprimés, philosophes ou joyeux, raconterait les mythes et légendes comme celle du père Fouettard en les revisitant à l’heure du jour.
Je rêve d’entendre tous les matins à 9h François Ruffin avec ses anecdotes qui rassemblent, non par la peur mais par la solidarité disciplinée, faisant appel au bons sens : intuitivement chacun sait qu’en cas d’urgence il faut s’unir, c’est vieux comme le monde !
Je rêve d’un discours politique quotidien, largement relayé par les médias, revendiquant son choix de la responsabilisation et martelant l’intérêt au long terme d’un tel choix par des exemples, des histoires, des mythes, des analyses…
Je rêve d’un monde où le politique contribuerait à rendre l’homme adulte au lieu de le maintenir dans l’enfance.

Bon, heureusement, le père Fouettard n’est pas mort mais Saint-Nicolas non plus. Lu cette semaine cet article de presse : « Le 28 mars, Lisbonne a décidé de régulariser temporairement tous les migrants qui ont déposé un dossier de résidence et de renouveler automatiquement les titres de séjour qui arrivent à échéance. Générosité mais aussi mesure de salubrité publique : en régularisant tout le monde, le gouvernement donne accès à toute la population résidant au Portugal au système de santé gratuit et universel : tout le monde protège tout le monde du Covid-19 ». Vous avez dit « bon sens »?

En même temps, en Hongrie, Viktor Orban menace d’expulsion tous les étudiants iraniens parce que certains sont contaminés. Les pères Fouettard arrivent en meute ! Et prenons garde, en ne reconnaissant pas les quelques bons Saint-Nicolas qui restent, que les seuls qui résistent soient les ogres chinois qui font cadeau de masques à l’Afrique pour mieux la manger…
Gare aux loups ! Bientôt, la jungle…


Les voix du confinement #5

Jeudi 7 mai
Par Marie Le Hir

Les voix du confinement est une série sonore autour des différents registres d’appels passés par Sylvie, éducatrice, pendant la période du confinement; ses appels professionnels, ceux à ses ami.e.s et à sa famille. En gardant une trace de ses différentes conversations, on ressent les inquiétudes, les doutes, les récits, les joies et les rires, partagés par téléphone. Garder aussi une trace et témoigner des élans, des énergies et de la solidarité dans cette période inédite.

Associée à la ferme culturelle La Demeurée et aux Ateliers Intermédiaires, Marie Le Hir développe un travail autour de l’image et du son, aussi bien à travers la vidéo, la photographie, la création sonore et la réalisation de films. 

Les ami.e.s et la famille – épisode 2 : Le port du masque et les 3 dents d’Alice

https://soundcloud.com/marielehir/les-voix-du-confinement-les-amies-et-la-famille-2-le-port-du-masque-et-les-3-dents-dalice


Les confinés de mon immeuble #3

Par Emmanuel Blivet

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Rédigez la légende…
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Déconfiture # 4

Par YO, du Milieu
Mixage : Sam NO
Visuel : Hubbubhum

Billets d’humeurs changeantes et petites annonces du confin du monde.

Episode 4 : Petites annonces (semaine 3)


« Luttons pour ne pas mourir »

Vidéo réalisée le 1er mai par le collectif #LPPM

J’ai survécu au Covid, je ne survivrai pas au RSA. » Cette vidéo du collectif « Luttons pour ne pas mourir » tire la sonnette d’alarme sur la situation des intermittent.es du travail, toutes branches professionnelles confondues. En quatre minutes, défilent des dizaines de photos de travailleur·euses en activité réduite dans l’hôtellerie, la restauration, le service aux personnes, des saisonnier·es, intérimaires et intermittent·es du spectacle. Des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des parents, tous précaires. Chacun porte une affiche où se lit leur nom, leur métier et leur situation financière.

C’est une question de survie et nous n’avons rien à perdre. Nous ne mourrons pas en silence. 


Rêveries d’un poète confiné #2

Je suis en manque de parents
Profiter d’eux maintenant
Vivre chaque précieuse seconde
Juste rire et refaire le monde

Dépoussiérer les vieux jouets
Se raconter nos ascendances
Ensemble, discuter, flâner
Au gré des images d’enfance

Contempler les années passées
À s’émerveiller de la vie
Organiser les choses à fêter
Pour retrouver famille et amis

En Normandie nous aurions dû être
Pour partager ensemble la joie
Je suis à plus de cent kilomètres
Ce sera pour la prochaine fois

Ben (03/05/2020)


Lettre des retenus du CRA de Oissel

Samedi 1er mai
Propos recueillis par François Leclerc

Dessin d’Elisa Foubert

Les Centres de rétention administratifs (CRA) accueillent des migrants détenus avant d’être expulsés vers leur pays d’origine. À Oissel, à côté de Rouen, le CRA s’est progressivement vidé de ses occupants depuis le début du confinement. Mais les derniers personnes présentes sont confrontées à des conditions de rétention très difficiles.

Voici une lettre qu’ils ont rédigée et transmise au réseau de visiteurs et observatoire citoyen du CRA de Oissel.

« Le CRA de Oissel a une capacité d’accueil de 72 places et reçoit des personnes de la région, mais aussi de Rennes, Lille, Paris… , explique Laurence Capelle, membre de la Cimade (association de soutien aux migrants et réfugiés), du Réseau de visiteurs et observatoire citoyen du CRA de Oissel. Pendant le confinement, le chef de centre souhaite n’avoir que deux personnes par chambre, au lieu de six.  Il y a actuellement sept retenus. Les autres sont sortis au fur et à mesure.

« En cette période de confinement, il est très difficile pour eux de se faire entendre et d’être suivis médicalement. »

Le 12 avril, les retenus ont décidé d’entamer une grève de la faim, qui s’est arrêtée le 16. En cette période de confinement, il est très difficile pour eux de se faire entendre et d’être suivis médicalement. Certains retenus ont commencé le ramadan. Cette grève était donc difficilement tenable. Leurs droits ne sont pas respectés. Voilà pourquoi ils ont décidé de se manifester et d’écrire cette lettre.« 


Banderoles au balcon #2

L’école des parents et des éducateurs à l’écoute des familles

Samedi 2 mai
Propos recueillis par François Leclerc

Depuis le début du confinement, l’École des Parents et des Éducateurs du Calvados a mis en place un numéro vert pour les familles, devenu national. Eliane Faguais est référente de l’EPE de la Manche.

“Dans les missions de l’École des Parents et des Éducateurs, il y a l’accueil des parents, des moments d’échanges et d’écoute. Nous faisons également des consultations individuelles avec des psychologues et de la médiation familiale. Quand ce confinement est arrivé, on s’est dit que cette situation tout à fait exceptionnelle allait être parfois difficile à vivre. Nous avons fermé les portes de notre structure le 16 mars. Il fallait donc trouver un moyen de continuité de service tout en étant absent physiquement. C’est alors que nous avons décidé très rapidement de mettre en place un numéro vert, une semaine après le début du confinement. L’équipe était constitué à l’origine de membres de l’EPE 14 (Calvados). Nous avons été rejoint très rapidement par les EPE de la Manche, de l’Orne et de la Seine Maritime. Puis, la FNEP (Fédération Nationale des Écoles des Parents et des Éducateurs) nous a contacté pour nous proposer d’utiliser le numéro à un niveau national. 

Répondre au désarroi des parents

Cette plateforme est ouverte tous les jours de la semaine, de 10h à 22h, sauf les jours fériés et les dimanches. Aujourd’hui, il y a 13 lignes pour environ 80 écoutants, répartis sur des plages horaires de 4 heures. Nous sommes à plus de 40 appels par jours au niveau national. L’objectif de ce numéro est de répondre au désarroi de certains parents. Ils ont besoin de parler, se posent des questions sur la scolarité. Ce n’est pas évident d’être à la fois parent, faire l’école à la maison, assurer la vie quotidienne…

“Comment expliquer à mon ado qu’il ne faut pas sortir ? J’aime mes enfants mais je ne les supporte plus. Ma fille pleure sans arrêt elle a très peur… 

Les écoutants sont des psychologues, mais également des médiateurs familiaux et des bénévoles. Ils ont pour la grande majorité un lien avec les métiers de l’écoute. Ce numéro vert est un projet qui fédère toutes les EPE sur le plan national et qui répond à un réel besoin quand on voit le nombre d’appels. On va essayer de le faire perdurer après le confinement. »

Numéro vert : 0805 382 300


Requête du foyer pour un petit trou de ciel

(Assise dans ma cheminée-fumoir)
Par Aziliz Bourges

La main qui caresse le sol noirci
L’oeil levé sent l’air qui gémit 
Par le trou de la cheminée,
Par la fenêtre de l’âtre,
Il se faufile jusqu’au ciel.

Sous le manteau cendré
Et par le petit conduit,
Il s’insinue, tend vers l’éther,
Le petit œil tout confit.

Ma main qui gratte le sol ridé
À l’abri du foyer refroidi ;
Elle gratte ce que les hirondelles
Voudront bien lui laisser.

Je les entends dans leur chahut
Rénover leur nid depuis le toit.
Elles sont immenses cette année,
Traînent des ailes longues comme des bras.

Les fétus de paille qu’elle rassemblent,
À tour de bec, sont tellement gros…
Je pourrais bien en faire, qui sait
Du petit bois pour des fagots.

Mais point de feu, ai-je promis
Point de fumée, vous dis-je !
Plus de flambée jamais
D’ici la fin de l’an prodige ;

Je suis la mort dans l’âtre
Elles sont dans la cheminée,
Mes grandes hirondelles et mon printemps calciné.

L’œil se ferme le temps d’une sieste,
La main à même le sol carboné
Le voyage assis n’a rien d’une geste…
Une parenthèse enchantée.


Les confinés de mon immeuble #2

Mardi 28 avril
Par Emmanuel Blivet


Enseigner, une histoire de relations humaines

Lundi 27 avril
Propos recueillis par François Leclerc et Marylène Carre.

Jacques enseigne dans une petite commune de l’Orne, Amélie à Hérouville-Saint-Clair. depuis le début du confinement, ils sont instituteurs volontaires auprès des enfants de soignants et continuent l’école à distance avec leur classe.

Jacques : « Je suis instituteur volontaire. J’accepte d’assurer des permanences pour garder les enfants du personnel soignant ou d’autre personnel concerné. Je prends des protections, je respecte les gestes barrières, mais c’est très difficile à mettre en place. Les masques ne sont arrivés que le 7 avril. J’évite tout contact physique avec les enfants : on parle à distance, on utilise des toilettes différentes. Les enfants ne se connaissent pas et n’ont pas le même âge. Ce n’est pas évident pour eux non plus.

« Le numérique ne pourra pas tout remplacer. »

Enseigner est une histoire de relations humaines. Rien ne remplacera l’enseignant face à l’enfant. En confinement, je n’ai pas la relation, la réaction spontanée, les rires, les déplacements dans la classe. On ne peut pas toujours interposer un écran. Les parents s’investissent comme ils peuvent avec leurs moyens. Je fais des distributions dans les boîtes aux lettres pour ceux qui ne sont pas équipés. J’essaie de maintenir un lien, faire que l’enfant travaille au moins une heure par jour. Ce n’est pas énorme, mais j’ai espoir que tout ne sera pas perdu. Les enfants sont demandeurs. « 

Rapprochez-vous de vos enfants. Faites-les observer, chanter, écouter, écrire, dessiner.

Amélie : « J’ai attendu deux semaines avant de me porter volontaire, pour m’assurer que je n’étais pas moi-même malade. Tous les enfants de soignants et de professionnels mobilisés ont été regroupés dans la même école. Il y a une dizaine d’enfants chaque jour en moyenne. Ce ne sont pas toujours les mêmes ni les mêmes horaires. La consigne n’est pas de leur faire la classe. À ce titre, ils n’ont pas le même régime que les autres enfants. Le groupe est trop disparate. Je m’emploie alors à essayer de créer du collectif entre eux, à faire vivre le groupe. Dans mon école, on utilise les méthodes de pédagogie Freinet. Je les applique ici aussi. Au début de la journée, je demande au groupe : qu’est ce qu’on va faire ensemble aujourd’hui ?

« Les enfants ont besoin du groupe pour progresser. »

Avec mes élèves, j’ai créé une adresse mail de classe. Nous disposons d’un dossier partagé où chacun peut déposer des travaux et voir ceux des autres, un peu comme dans la classe. On maintient un journal de classe. Mais il ne faut pas se faire d’illusions sur le numérique. L’apprentissage se fait beaucoup par la coopération. Les enfants ont besoin du groupe pour progresser. »


Déconfiture #2

Par YO, du Milieu
Mixage : Sam NO
Visuel : Hubbubhum

Billets d’humeurs changeantes et petites annonces du confin du monde.

Episode 2 : Petites annonces (semaine 2)


Banderoles au balcon, liberté aux tisons ?

Samedi 25 avril
Par Marylène Carre
Photos : Stéphane André, Laurence Plainfossé, Jérome Houles… et les internautes

Depuis le début du confinement, des banderoles et des pancartes fleurissent sur les balcons et fenêtres pour faire entendre des messages qui s’adressent tantôt au gouvernement, tantôt aux citoyens confinés que nous sommes. Certains encouragent ou remercient les soignants, d’autres interpellent nos élus, d’autres s’étonnent ou réfléchissent sur la situation. Un beau panel d’expressions libres qui volent au vent.

Pourtant, elles ne sont pas toujours du goût de tous et notamment de la police municipale. Mediapart a relayé des cas à Marseille, Paris et Caen, d’habitants confinés ayant reçu la visite de la police parce qu’une banderole à connotation politique décorait leur fenêtre. Le média interroge une avocate qui rappelle que « l’affichage est effectivement soumis à autorisation préalable, ou réservé à des endroits dédiés ».  Mais s’étonne aussi que le traitement ne soit pas le même pour tous. « Quand des gens mettent à leur fenêtre des banderoles de soutien au personnel soignant, on ne les convoque pas. »

À Caen, c’est un étudiant en histoire qui a reçu la visite de deux policiers municipaux pour avoir accroché à son balcon : « Il y en a de l’argent magique : du fric pour le service public ! » Les agents lui ont demandé ce qu’il pensait de la politique locale, bien que le message à priori portait davantage sur la politique nationale, et lui ont proposé de rencontrer le maire, Joël Bruneau. « Là, j’ai pas du tout compris le projet », raconte-t-il à Mediapart. Le service communication de la mairie de Caen a confirmé à Mediapart que « la police municipale est passée et lui a proposé de rencontrer le maire, qui continue à échanger avec les habitants quelles que soient leurs demandes, malgré le confinement ». Interrogée sur l’opportunité d’initier de tels « échanges » en envoyant la police municipale au domicile d’un particulier, la mairie de Caen ne s’est pas prononcée.

https://www.mediapart.fr/journal/france/160420/pour-des-banderoles-au-balcon-la-police-domicile

Voici donc un nouveau florilège de banderoles prises en photos par nos lecteurs et contributeurs, au cas où le maire de Caen ait l’envie « d’échanger » avec ses concitoyens.

Continuez de nous envoyer vos photos sur la page Facebook de Grand-Format ou par mail contact@grand-format.net.


Les voix du confinement # 4

Samedi 25 avril 2020
Par Marie Le Hir

Les voix du confinement est une série sonore autour des différents registres d’appels passés par Sylvie, éducatrice, pendant la période du confinement; ses appels professionnels, ceux à ses ami.e.s et à sa famille. En gardant une trace de ses différentes conversations, on ressent les inquiétudes, les doutes, les récits, les joies et les rires, partagés par téléphone. Garder aussi une trace et témoigner des élans, des énergies et de la solidarité dans cette période inédite.

Associée à la ferme culturelle La Demeurée et aux Ateliers Intermédiaires, Marie Le Hir développe un travail autour de l’image et du son, aussi bien à travers la vidéo, la photographie, la création sonore et la réalisation de films. 

Episode 4 – « Sophocle c’est Antigone. On a déjà basculé ailleurs. » 

https://soundcloud.com/marielehir/les-voix-du-confinement-les-amies-et-la-famille-1-sophocle-cest-antigone-on-a-deja-bascule-ailleurs


Fans de foot et solidaires

Vendredi 17 avril
Propos recueillis par François Leclerc.

Mélanie fait partie du Malherbe Normandy Kop. Le groupe de supporteurs du stade Malherbe Caen a lancé une cagnotte pour aider les plus démunis en période de confinement.

“Dès le début du confinement, notre groupe de supporteurs a voulu apporter son aide. Cela fait aussi partie de notre rôle. Dans un premier temps, certains membres ont fabriqué des fresques pour encourager les soignants et ceux qui travaillent. Elles ont été accrochées près du CHU et sur le périphérique. Après cette action, nous avons décidé de lancer quelque chose de plus concret et plus collectif : une cagnotte, pour aider les sans domicile fixe, exclus et démunis.

Le MNK (Malherbe Normandy Kop) se mobilise pour aider les centres d’accueil aux sans-abri

Nous avons fait des distributions dans trois établissements d’accueil des SDF et à la Boussole (accueil de jour). Les foyers ne sont pas habitués à recevoir autant de monde, et n’ont pas forcément les cuisines adéquates. Nous avons livré des bouteilles d’eau, des sandwiches, des conserves, des viennoiseries fournies par une boulangerie, et des produits d’hygiène. Dans la mesure du possible, nous nous sommes fournis après des artisans locaux, eux aussi très touchés par la crise. Tous les produits sont achetés aux commerçants, grâce à la cagnotte, mais ils peuvent nous faire une remise pour participer à notre action.

Le fan de foot souffre d’une mauvaise image, alors que le milieu des supporteurs peut être très solidaire. Les initiatives sont nombreuses dans toute la France. Le MNK avait déjà organisé lors d’un match une cagnotte au profit du Secours populaire. »

Plus d’infos sur la cagnotte sur la page Facebook : Malherbe Normandy Kop


Déconfiture #1

Par YO, du Milieu
Mixage : Sam NO
Visuel : Hubbubhum

Billets d’humeurs changeantes et petites annonces du confin du monde.

Episode 1 : Crise de quarantaine (semaine 2)


Les confinés de mon immeuble

Mercredi 22 avril
Par Emmanuel Blivet


Les rêveries d’un poète confiné

Lundi 20 avril
Propos recueillis par François Leclerc.

Benjamin et sa femme Colombe, créateurs de la page Facebook « Les rêveries d’un poète confiné »

Benjamin Lamotte-Augris est un pasteur originaire de l’Orne vivant désormais à Paris. Au début du confinement, il crée la page “Les rêveries d’un poète confiné”, où il partage ses créations : des poèmes qu’il écrit lui même, illustrés par sa femme.

“En voyant ma femme nostalgique sur une lettre écrite par l’une de ses soeurs, les vers sont venus. J’ai commencé à écrire un poème. Le lendemain j’avais un autre sujet sur le confinement, et au fur à et mesure, cela a donné lieu à un poème par jour que j’ai commencé à partager sur mon profil. Voyant l’intérêt augmenter progressivement, j’ai décidé avec ma femme de lancer la page “les rêveries d’un poète confiné”. Elle illustre mes poèmes, d’un coup de trait. C’est plaisant de voir les retours, de voir que ça fait du bien autour de nous.

Nous invitons tous ceux qui le souhaitent à nous envoyer leurs poèmes et dessins, dans un esprit de partage à touspoetesconfines@gmail.com

Peur au-dessus des caddies
Éternue et tous se méfient
Ne quitte pas des yeux ta liste
Un seul passage sur la piste
Rayons dévalisés, ambiance glacée
Imagine quand la guerre régnait
En cette heure la paix est nourrie

Ben (20/04/2020)

Les avez-vous vu ?
Ne l’avez-vous point su ?
Il faut le voir
Pour ne pas y croire

Ces marques
De masques
Constamment portés
Toute la journée

Aucune photo de carnaval
Sur le réseau social
Mais celles de nos soignants
Aux visages souffrants

Du rouge, du jaune, des bleus
Des formes variées autour des yeux
Pour les hommes et pour les femmes
On assiste tous au même drame

Des heures d’affilée
Des blouses enfilées
Oscillant entre guérison et décès
Ils sont la définition de l’humanité

Et quand, rentrant chez eux
Après avoir fait de leur mieux
Ils effraient leur anges
Ce n’est pas mérité

À jamais nous pouvons
Pour toujours nous devons
Rendre hommage
À ces gueules dévisagées

Ben (16/04/2020)


Le Village

Par Paul Michel, habitant de Saint-Martin du Vieux Bellême
Le 22 avril 2020

« Je lisais ces derniers jours Walden de Henry David Thoreau, récit de trois années d’une vie spartiate menée au bord du lac Walden dans le Massachussets. La pertinence de ce texte est d’une vive actualité, elle relève en contraste l’excès des modes de vie contemporains et est la bienvenue avec l’ascèse forcée du confinement.

Un passage qui évoque des promenades dans un village m’a frappé par son écho avec la géographie du bourg de Saint-Martin du Vieux Bellême (Orne), le village que j’habite. A près de deux siècles de distance le texte et le bourg dialoguent naturellement. Les rues de Saint-Martin, souvent vides, sont fantomatiques pendant le confinement. J’ai donc voulu les peupler avec les mots de Thoreau, et faire une petite déambulation pour ceux qui aiment les chemins de traverse. »


« Une personne à la fois »

Lundi 20 avril
Par Alexis Debeuf

Depuis le début du confinement, j’utilise uniquement mon téléphone pour faire des photographies à l’extérieur, lors de nos dégourdissements familiaux. Au fur et à mesure des clichés, je me suis concentré sur des choses qui m’évoquent une certaine idée du confinement. Voici quelques images de cette série.

Alexis Debeuf mène une activité artistique protéiforme. De la sculpture à la photographie en passant par l’édition, son travail se caractérise par le détournement d’objets familiers. Les situations et l’humour qui s’en dégage nous rappellent bien souvent de vieux cartoons ou le cinéma burlesque.


Lire pour s’évader

Mardi 21 avril
Propos recueillis par François Leclerc

Pierre Thomine est libraire à Caen. Pendant le confinement, sa librairie “Eureka Street” est fermée, mais un service de retrait et de livraison de livres est disponible, pour permettre à tous de continuer la lecture.

“Chez les libraires, ce qui coûte cher, ce sont les stocks. Le prix des loyers est élevé mais presque anecdotique comparé à ce qu’on achète en livres. Chez Eureka Street (Caen), notre loyer coûte 10% de ce que nous payons pour les livres tous les mois. Grâce au syndicat de la librairie française, nous allons pouvoir payer en avril/mai ce que nous aurions dû payer en mars. Cela reste des reports de dette… Il faudra payer ces sommes, alors qu’il n’y a pas d’argent qui rentre.

« La librairie est un secteur fragile car le prix du livre est le même chez Amazon, à la Fnac ou chez moi. »

Je suis inquiet. Nous, les libraires, attendons les annonces et prises de mesure du gouvernement comme tous les commerçants. Il va falloir qu’on s’adapte aux demandes. La librairie est un secteur fragile car le prix du livre est le même chez Amazon, à la Fnac ou chez moi. La concurrence est rude.

On fait ce métier par goût du livre. Je peux tenir encore quelques semaines. A la fin du mois de juin, j’aurais probablement de grosses dettes. Il y aura évidemment des catastrophes dans notre secteur.

Nous sommes tous très oublieux. Si la société se remet à fonctionner comme avant, mon inquiétude est que de mauvaises habitudes reviennent. Si la situation continue un certain temps, certaines librairies avec des espaces trop grands pour le nombre d’employés ne pourront pas se permettre d’accueillir seulement une dizaine de clients à la fois.

Il faut essayer de garder sa sérénité et son calme. Ce que nous faisons à la librairie, nous le faisons avec prudence. Tous les gestes barrières sont respectés. Nous restons accessibles aux clients. »

Depuis le lundi 13 avril, Eureka Street a mis en place un système de retrait en boutique et de livraison de livres à vélo : pour en savoir plus, cliquez ici.


Les loups sont entrés dans la ville

Samedi 18 avril
La Préfecture de Seine Maritime nous informe.


« Dans la nuit du 7 au 8 avril 2020, un grand canidé a été pris en photo, par un appareil automatique, sur la commune de Londinières, au nord du Pays de Bray, dans le département de Seine-Maritime.

Les clichés ont été transmis le 12 avril à l’Office français de la biodiversité (OFB), établissement public en charge du suivi du loup en France. Les experts dont pu authentifier cette observation comme étant très probablement celle d’un loup gris (Canis lupus lupus). Cependant, eu égard à la qualité des images fournies et considérant que de nombreuses races de chiens peuvent présenter un gabarit et des teintes de pelage similaires à celui d’un loup, cette expertise est à considérer avec quelques réserves. « 

©Desjardins

Si la présence du loup en Seine-Maritime est une première depuis plus d’un siècle, l’espèce est connue pour sa grande capacité de dispersion. Ainsi, nous informe la préfecture, depuis le retour du loup en France dans les Alpes du Sud en 1992, il est ponctuellement mais régulièrement aperçu sur des territoires éloignés, comme ça a été le cas dans l’Indre, l’Eure-et-Loir, la Somme ou la Charente-Maritime.

Au printemps, les subadultes qui ne peuvent se reproduire au sein des meutes quittent leur territoire de naissance en quête d’un partenaire sexuel.

Ces individus en phase de colonisation peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant de se fixer. Le record est de 1500 km !

Les loups ont-ils le droit de se déplacer ?

L’Office français de la biodiversité dispose d’un maillage territorial d’agents spécialement formés à la reconnaissance des indices de présence du loup et aux expertises de constats d’attaques, y compris dans les départements normands où la présence de loup n’avait jamais été avérée jusqu’à présent. Toute observation suspecte de grand canidé ou toute attaque sur troupeau domestique doit être rapidement signalé au service départemental compétent de l’OFB. »

Ensemble et seulement ensemble, nous vaincrons.


« Distanciation sociale »

Des chercheurs en dynamique des fluides du Massachusetts Institute of Technology (Etats-Unis) ont mis en évidence que des aérosols peuvent être projetés jusqu’à 8,2 m lors d’une toux.

HubbubHum

Les voix du confinement

Vendredi 17 avril
Par Marie Le Hir

Les voix du confinement est une série sonore autour des différents registres d’appels passés par Sylvie, éducatrice, pendant la période du confinement; ses appels professionnels, ceux à ses ami.e.s et à sa famille. En gardant une trace de ses différentes conversations, on ressent les inquiétudes, les doutes, les récits, les joies et les rires, partagés par téléphone. Garder aussi une trace et témoigner des élans, des énergies et de la solidarité dans cette période inédite.

Associée à la ferme culturelle La Demeurée et aux Ateliers Intermédiaires, Marie Le Hir développe un travail autour de l’image et du son, aussi bien à travers la vidéo, la photographie, la création sonore et la réalisation de films. 

Le télétravail – épisode 3 : Converser

https://soundcloud.com/marielehir/a1-0053-teletravail-3


Trois jus de fruits et une amende

Par Vincent Guerrier
Illustration : Hélène Balcer

Un matin de confinement, un cadre d’une grande surface de Mortagne-au-Perche, dans l’Orne, range les chariots à l’extérieur du magasin. Depuis son poste où il nettoie et désinfecte les engins à quatre roues, il observe les gendarmes, garés sur le parking du magasin. Les agents sont là presque chaque matin, à l’ouverture, pour inciter les clients à ne pas se rendre en trop grand nombre dans les grandes surfaces.

La grande surface impose de rentrer seul pour faire ses courses tout en respectant les distances. Mais muni de son attestation datée et signée, le client peut venir acheter ce que bon lui semble. C’est la loi. Certes, le bon sens voudrait que l’on évite de se déplacer chaque jour pour remplir le frigo. C’est le message que veulent faire passer les gendarmes.


Mais ce matin-là, quand une jeune femme sort du magasin sans chariot, sans sac, avec seulement trois jus de fruits et un sandwich, les gendarmes se dirigent vers elle. Après quelques minutes de discussions et des grands gestes, la jeune femme sera contrainte de payer une amende de 135 euros. L’œil attentif, le salarié aux chariots est aux premières loges. Pour lui comme pour une caissière du magasin témoin de la scène, pas de doute : il s’agit bien d’un excès de zèle.

« Oui, certains n’ont pas compris le sens de  « première nécessité ». »

Journaliste pour un média local, je contacte alors le capitaine de gendarmerie et demande à aller faire des images des contrôles aux abords du supermarché. Sur place, les agents sont sur la chaussée et disent ne contrôler que les attestations de déplacement. En discutant plus en détails, ils avouent observer les chariots. Quand j’évoque le cas de la jeune femme qui se serait faite verbaliser pour trois jus de fruits, on me répond : « Oui, certains n’ont pas compris le sens de  « première nécessité ». »


Dix minutes après la parution de mon article, le capitaine de gendarmerie m’appelle, furieux : « Je suis hors de moi », commence-t-il. « Ce n’est pas possible que nous verbalisions les gens qui ne prennent pas assez de choses, ce n’est pas la loi. Vous allez faire peur aux gens. En plus, vous citez un gendarme sans mon accord ? Je veux un droit de réponse », s’emporte-t-il. Visiblement pas au courant des pratiques de ses agents qui contrôlaient bien sur les parkings, le capitaine me rappelait le soir avec un ton beaucoup plus doux. « J’ai vu les commentaires sur les réseaux, bon, les gens semblent plutôt de notre côté, laissez tomber le droit de réponse. » Il affirme aussi s’être renseigné sur la jeune femme aux jus de fruit. « Son attestation n’était pas valable », rétorque-t-il, contre l’avis du personnel de la grande surface. Avant d’ajouter : « Ce n’est pas à la gendarmerie d’inventer de nouvelles lois, c’est déjà assez compliqué comme ça. » Une caissière du magasin me confie : « En attendant, mon client qui vient chaque matin prendre son litre de whisky, j’aimerais bien qu’il soit contrôlé aussi. »


Mon bout du monde est infini

Jeudi 16 avril
Par Jean-Baptiste Quentin

Mon bout du monde est infini… ou presque ! Derrière l’écran de mon ordinateur, je voyage lorsque le temps me semble long, pesant… C’est souvent le cas en ce moment où le Covid-19 rôde et les commandes sont rares. Les Webcams fixes me permettent de m’évader.

Un jour, j’hallucine devant l’agitation du carrefour de Shibuya à Tokyo ou de celui de Manhattan à New-York, un autre, c’est le calme de la plage de Copacabana à Rio à 4 h du matin qui me charme. Le décalage horaire… Une autre fois, c’est l’activité du port de Saint-Valéry-en-Caux, près de chez nous, qui attire mon regard. Et puis, le chant de mon merle (je dis ça parce qu’il habite dans mon buis) m’invite à l’observer construire son nid… Il n’est qu’à deux mètres de moi.


Chauffer dans la noirceur chauffe le net…

Mardi 14 avril
Propos recueillis par François Leclerc

Le festival “Chauffer Dans La Noirceur” devait se tenir du 10 au 12 juillet prochain sur les dunes de Montmartin-sur-Mer. Comment un petit festival s’adapte à la situation ? Les réponses d’Isiah Morice, coordinateur et programmateur.

« Depuis l’annonce du président, lundi 13 avril, concernant l’annulation des festivals d’ici la mi-juillet, on essaie de contacter la cellule d’accompagnement créé par le Ministère de la culture. En vain, pour le moment. On reste dans le flou. Evidemment qu’il y a une hiérarchie dans les priorités. Mais il est très important que le gouvernement soit compréhensif. À ce titre, il ne peut pas utiliser des mots comme « gros » ou « événement réunissant un nombreux public ». Qu’est ce que ça veut dire ? Quelle jauge ? Quand commence la mi-juillet ? On n’attendait pas forcément plus d’informations, mais de la précision.

La situation est difficile à tenir, mais il faut que le gouvernement s’exprime clairement et que tous les mots soient pesés. On est contacté par énormément de personnes depuis lundi : bénévoles, partenaires, groupes, journalistes. Nous n’avons pas de réponse à donner.

Le gouvernement n’a pas toutes les réponses, mais nous voulons connaître sa stratégie.

Jusqu’ici les conséquences pour la culture étaient gravissimes, mais avec ce qui a été annoncé, elles vont être multipliés par dix. On ne sait pas la suite. Cela va être terrible, notamment pour les petites structures qui ne sont ni repérées, ni aidées et qui risquent tout simplement de disparaitre. Nous nous organisons entre tous les festivals de musique actuelle en Normandie. On se parle, on essaye de s’organiser. Le problème est que la manière de procéder du gouvernement est anxiogène.

Une série de concerts live retransmis sur les réseaux sociaux.

Publiée par Chauffer Dans La Noirceur sur Vendredi 3 avril 2020
Chauffer part en live sur Facebook : Mood

Depuis le début du confinement, on reporte tous les évènements prévus en mars, avril, mai, sur un an ou à la rentrée. Mais septembre est déjà saturé ! Pour les artistes de notre label “Tour2Chauffe” qui ne peuvent plus jouer en ce moment, nous avons mis en place “Chauffer part en live” : une série de concerts live retransmis sur les réseaux sociaux. Cela permet aux artistes qui le peuvent et qui ont les moyens techniques de continuer de jouer, même s’ils sont confinés chez eux. Nous avons fait ça pour garder une activité, bonne pour le public et les artistes. C’est également une démarche solidaire, car nous avons voulu rémunérer les artistes. »

Retrouvez tous les concerts confinés de Chauffés dans la Noirceur sur la page Facebook Chauffer dans la Noirceur.


Quand je serai seule toujours

Dimanche 12 avril
Par Aziliz Bourges

Qu’est-ce que tu fais, toute petite fille
Au milieu du grand champ de trèfle
À galoper après ton ballon
Courant sous les nuages méchants ?
« Je pense aux autres. »

Qu’est-ce que tu fais, fils arrivé grand,
Qui attend de jouer avec un autre ?
À construire ta cabane sous les arbres fous
Tes pieds s’enlisent dans le marais rouge.
« Je pense aux autres. »

Qu’est-ce que tu fais, homme effronté,
À califourchon, sur ta maison dressée ?
Bricolant un toit fidèle,
Couvrant ton chantier aveugle…
« Je pense aux autres. »

Qu’est-ce que tu fais, femme égarée
Qui voudrait quitter son jardin d’avant
Pour aller chercher la friche, plus loin,
Prophétisant des jours loyaux à venir ?
« Je pense aux autres. »

Quand je serai seule toujours
Je penserai aux autres.


Crédit : Emmanuel Blivet

Un maire rural face au Covid-19

Mardi 14 avril
Propos recueillis par François Leclerc

Rauville-La-Bigot est une commune de 1 189 habitants du Nord-Cotentin. Hubert Lefèvre y est maire depuis plus de 19 ans. Il connaît tous ses administrés. Une richesse à l’heure du confinement.

“ Un maire est le confident de la population pendant une période de crise. Il doit se tenir informé auprès de la préfecture, des députés ou sénateurs. Il garde aussi un oeil sur la population. Dans nos communes rurales, le maire a la chance de connaître pratiquement tous ses administrés, les personnes plus fragiles que les autres. Je leur ai téléphoné pour savoir si elles avaient besoin de services. En général, les voisins ou les enfants viennent en aide : faire les courses, aller chercher un colis, prendre des nouvelles…

Nous avons la chance d’avoir bon nombre de petits commerces encore ouverts dans les communes rurales. À Rauville-La-Bigot, supérette, boucherie, boulangerie sont encore ouvertes. Je félicite les commerçants qui restent présents pour les habitants. Je leur ai demandé s’ils acceptaient de faire du drive, ils ont tous accepté. Ils préparent les commandes et les personnes viennent les chercher, ou dans certains cas, les commerçants vont livrer eux-mêmes.

Les consommateurs doivent aussi jouer le jeu d’aller s’approvisionner dans ces petits commerces qui souffrent énormément de la situation. Il faudrait maintenir les petits marchés pour que nos producteurs, qui font de la qualité et de bons produits, puissent vivre. La Poste aussi est un service essentiel : certaines personnes en début ou fin de mois, ont besoin de toucher un peu d’argent. D’autres ne paient pas par carte et ont besoin d’espèces. Il y a aussi des colis et lettres à envoyer. La Poste va être rouverte trois jours par semaine avec distribution du courrier.”

La Poste, les commerces de proximité, l’aide sociale, révèlent en cette période à quel point ils sont nécessaires à la population, notamment dans les petites communes rurales et auprès des personnes isolées. Pourtant ce sont ceux-là mêmes que l’on menaçait de faire disparaitre avant le confinement. Et après, on fait quoi ?


De ma fenêtre…

Quelle chance d’être confinée dans du granit.

Lundi 13 avril
Par Elisa, étudiante à l’ESAM

Cela me permet de voir que le muguet est pressé.
Pour se soulager de l’arthrose, ce Monsieur passe tous les jours sous ma fenêtre.
«-De l’aide pour les courses?»
Un échange, deux sourires suffisent.
Sur le capot au soleil Nessie fait sa sieste .


Les ballons ne roulent plus

Vendredi 10 avril
Par Antoine Giard

Les ballons ne roulent plus, La fanfare municipale a cessé de claironner, ce n’est pas la fête à la maison…

les ballons ne roulent plus

Mes ami·e·s m’ont abonné à Ouest-France pour mon anniversaire, juste avant le confinement. Chaque matin j’extrais du journal ce qui retient mon attention. J’ai mis en ligne cette petite édition pour les remercier. [Une fois sur le site, passez d’une image à l’autre grâce aux flèches de votre clavier.]

Antoine Giard a une réelle attirance pour l’édition. Graphiste et éditeur, son parcours est ponctué d’images, de recherches graphiques et de publications travaillées au fil des contextes.


Un kilomètre

Par Keramprod

Chez nos voisins les Bretons… Ce petit film de trois minutes, très drôle, a été réalisé par une bande d’amis dans leur village des monts d’Arrée. Ils participaient à un kino (le but : produire un film en mode confiné avec les moyens du bord) proposé par Ty films, une association de défense de cinéma documentaire qui organise notamment Les Rencontres du film documentaire de Mellionnec. Le thème était : Voyage, Voyage…
Ils l’ont décliné à… un kilomètre autour de chez eux. Grand-Format leur a demandé l’autorisation de le publier ici.


Le jour où l’on a entendu à nouveau les oiseaux

Par Marylène Carre

Depuis que le monde s’est tu, on entend les vocalises de la grive musicienne et du rouge-gorge. Des spécialistes de la bioacoustique pensent que le chant des oiseaux évolue. Si le confinement dure davantage, les oiseaux n’auront plus à adapter leurs chants face à la pollution sonore. Avec le temps, il est possible qu’ils chantent moins fort et dans des gammes plus graves. Comme à la campagne en temps « normal ».


Les voix du confinement

Vendredi 10 avril 2020
Par Marie Le Hir

Les voix du confinement est une série sonore autour des différents registres d’appels passés par Sylvie, éducatrice, pendant la période du confinement; ses appels professionnels, ceux à ses ami.e.s et à sa famille. En gardant une trace de ses différentes conversations, on ressent les inquiétudes, les doutes, les récits, les joies et les rires, partagés par téléphone. Garder aussi une trace et témoigner des élans, des énergies et de la solidarité dans cette période inédite.

Associée à la ferme culturelle La Demeurée et aux Ateliers Intermédiaires, Marie Le Hir développe un travail autour de l’image et du son, aussi bien à travers la vidéo, la photographie, la création sonore et la réalisation de films. 

Le télétravail – épisode 2 : Confinement ne veut pas dire enfermement

https://soundcloud.com/marielehir/les-voix-du-confinement-le-teletravail-2-confinement-ne-veut-pas-dire-enfermement


Prophétie cycliste

Vendredi 10 avril
Par Antoine Giard

Antoine Giard a une réelle attirance pour l’édition. Graphiste et éditeur, son parcours est ponctué d’images, de recherches graphiques et de publications travaillées au fil des contextes.


« J’étais effaré qu’on ne nous dise rien, comme si nous n’étions rien… »

Jeudi 9 avril
Propos recueillis par Marylène Carre

Kevin est AESH, accompagnant des élèves en situation de handicap, en école primaire à Hérouville-Saint-Clair. Depuis la fermeture de l’école, il continue de suivre ses élèves par skype, bien que l’Éducation nationale ne lui ait donné aucun ordre de mission. Comme en temps déconfiné, le rôle des AESH reste ignoré.

« Lorsqu’on a appris la fermeture des écoles, le vendredi 13 mars, toute l’équipe enseignante s’est retrouvée mobilisée pour envisager en une journée la continuité pédagogique. Les enseignants ont rempli les cartables des élèves avec du matériel pour faire l’école à la maison. Nous, AESH, nous n’avions aucune consigne. J’ai appelé mon supérieur hiérarchique à l’inspection académique (le PIAL, pôle inclusif d’accompagnement localisé). Il n’avait pas l’air de s’inquiéter, était plutôt surpris de mon appel et n’avait rien à me dire. En temps normal, j’accompagne deux élèves de CE2, de deux classes différentes, qui souffrent de problèmes de dyslexie, dyscalculie et dysorthographie. Le vendredi et le week-end se sont passés sans aucune directive pour nous. J’étais effaré qu’on ne nous dise rien, comme si nous n’étions rien…

Kevin, 31 ans, AESH.

Puisqu’on demandait aux enseignants d’assurer la continuité pédagogique, aux élèves et aux parents d’assurer l’école à la maison, je me suis dit que je devais continuer moi aussi. Le lundi, je suis retourné à l’école et j’ai récupéré les mails des parents des deux élèves que j’accompagne et aussi des livrets de lecture que j’ai photographiés. J’ai contacté les parents pour leur proposer un suivi. Ils ont tout de suite accepté, soulagés que je leur offre mon aide. Je suis confiné seul chez moi, je n’ai ni ordinateur ni imprimante, mais j’ai la chance d’avoir un bon smartphone. Je rappelle que je gagne 750 euros net mensuel pour 25 heures par semaine.

« Je passe une heure par jour avec chacun de mes élèves par skype. »

Depuis le premier jour du confinement, je passe une heure par jour avec chacun de mes élèves par skype pour les aider à suivre leurs cours. Je suis en relation avec leurs enseignants, à qui j’ai demandé de m’envoyer leurs cours. Comme je ne peux pas consulter un document et parler en même temps avec mes élèves sur mon seul smartphone, je recopie tout à la main. On travaille la lecture, l’écriture. Ils me montrent ce qu’ils écrivent avec la caméra de leur téléphone. Bien sûr, c’est beaucoup plus difficile qu’en étant présent auprès d’eux. Ce sont des élèves qui ont du mal à maintenir leur attention. Malgré tout, on garde ce lien. Ils me voient ; on parle de leurs difficultés. Je sais que très peu d’AESH poursuivent leur mission auprès de leurs élèves, mais je les comprends. On ne nous a rien demandé. Comme en temps normal, on nous ignore, on nie notre rôle. On a l’habitude.

La semaine dernière, j’ai envoyé un mail à mon supérieur hiérarchique pour lui dire ce que je faisais. Il m’a remercié pour ces informations, et c’est tout… Moi, j’agis par conviction. Je sais que mes élèves ont besoin d’aide. Si je ne fais rien, tout ce que nous avions précieusement acquis pendant des mois seront définitivement perdus. Pourquoi ces enfants devraient-ils être victimes plus que les autres du confinement ? L’institution scolaire les ignore, comme elle nous ignore. »

En parallèle, Kevin fait l’école un après-midi par semaine aux enfants du personnel soignant à l’école Simone-Veil à Hérouville-Saint-Clair. Une petite dizaine d’enfants, de la petite section au CM2, sont encadrés par des enseignants et AESH volontaires.


Corona-extra

Lundi 6 avril
Par HubbubHum


Ce dessin est inspiré d’une photo qui montrait les méthodes employées par des policiers indiens pour faire de la prévention auprès de la population afin qu’elle reste confinée. Cette image m’a marqué et servi pour montrer l’absurdité et le ridicule des campagnes officielles de prévention et surtout le déferlement d’actions de communication contradictoires et improductives de la part de gouvernements submergés par cette vague épidémique. 


Mes grands-mères

Dimanche 5 avril 2020
Par Simon Gouin

« Ma grand-mère Colette aimait tant le téléphone. Elle appelait, sans cesse, ses enfants, ses beaux-frères et belles sœurs, ses amis, ses connaissances. Elle racontait sa vie et celle des autres. Parfois elle n’avait pas encore raccroché qu’elle appelait déjà quelqu’un d’autre. Il y a deux ans, elle a commencé à ne plus parler. Sa tête tourne légèrement quand on lui parle. Ses yeux nous fixent. Et elle pousse de temps de temps un petit râle, ou un « non » puissant. Depuis un mois, elle est cloîtrée dans son Ehpad. Souffre-t-elle de ne pas voir ses enfants et ses petits enfants lui rendre visite ? Ressent-elle leur absence ? S’échappe-t-elle dans ses pensées, conversant dans son imaginaire avec son amie Ruth qui vit aux États-Unis, rencontrée à Loudun (Vienne) il y a 75 ans, pendant la Seconde Guerre mondiale, et qu’elle aimait tant appeler ? Autour d’elle, les soignants doivent courir comme ils l’ont toujours fait, dans cet Ehpad où le personnel manque pour maximiser les gains de ses propriétaires.

Ma grand-mère Lucienne est décédée il y a un an et demi dans un autre Ehpad où les soignants courent ces jours-ci face au virus qui les assaille. Elle avait connu la guerre dans le bocage ornais. L’éloignement de sa famille pour travailler à 15 ans dans une ferme. Le château d’à côté réquisitionné par les soldats allemands, et cet avion allié qui l’avait prise pour un soldat, criblant de balles la porte de la cave où elle avait tenté de se réfugier – en vain, car l’ouvrier qui travaillait avec elle avait refermé la porte avant qu’elle ne puisse y entrer. Elle avait connu le manque, le dénuement, le courage. On la voyait un peu comme une héros, ma grand-mère, quand elle nous racontait ses anecdotes. Je ne sais pas si c’est de cette époque qu’elle s’était forgée cette confiance dans la vie qu’elle garderait jusqu’à sa mort.

Je la vois me dire, ces jours-ci, dans sa cuisine où elle « bouinait » sans cesse, que ce monde si riche est quand même un peu fou. Du paradis où elle se trouve, sans doute décroche-t-elle le téléphone pour rassurer Colette, qui l’appelle. « 


Les voix du confinement

Samedi 4 avril 2020
Par Marie Le Hir

Les voix du confinement est une série sonore autour des différents registres d’appels passés par Sylvie, éducatrice, pendant la période du confinement; ses appels professionnels, ceux à ses ami.e.s et à sa famille. En gardant une trace de ses différentes conversations, on ressent les inquiétudes, les doutes, les récits, les joies et les rires, partagés par téléphone. Garder aussi une trace et témoigner des élans, des énergies et de la solidarité dans cette période inédite.


Associée à la ferme culturelle La Demeurée et aux Ateliers Intermédiaires, Marie Le Hir développe un travail autour de l’image et du son, aussi bien à travers la vidéo, la photographie, la création sonore et la réalisation de films. 

Le télétravail – épisode 1 : les appels du quotidien.

https://soundcloud.com/marielehir/les-voix-du-confinement-le-teletravail-1-les-appels-du-quotidien


“Cette chaîne humaine qui s’est mise en place fait chaud au cœur.”

Bruno Morencé est commerçant, à Bellême (Orne). D’habitude, il vend et assemble des vêtements. Face au coronavirus, il s’est lancé, avec des couturières, dans la confection de masques en tissu.

Vendredi 3 avril 2020
Propos recueillis par François Leclerc.

 “La demande est venue de l’hôpital de Bellême. Une chaîne de solidarité s’est alors mise en place. Les bénévoles qui ne sont pas couturiers se sont mis à découper les tissus, d’autres à les assembler, et d’autres épinglent. On est aujourd’hui à 18 couturières, c’est extraordinaire. On a pu fournir dans un premier temps les 600 masques demandés par l’hôpital, en 5/6 jours. Des demandes sont ensuite venues de la maison de retraite, d’aides à domicile. On a été ravis d’offrir tout cela. Malheureusement, l’argent commence à manquer. Ces masques sont depuis quelques jours disponibles en vente dans les deux pharmacies du village, dans la maison de la presse et dans l’épicerie bio. Cela rassure les gens d’avoir un masque pour faire leurs courses. On a joint une notice pour expliquer comment bien les utiliser. Il est réutilisable et lavable, il est donc important de savoir comment le laver après chaque utilisation. En le vendant 4 euros au grand-public, cela nous permet de continuer à en produire et à les offrir à ceux qui font directement face aux malades.”

“Je suis ravi de travailler plus de dix heures par jour pour produire ces masques, et de ne plus penser aux conséquences sur mon entreprise, parce qu’elles seront dramatiques, comme pour tous les commerçants qui ne peuvent plus ouvrir… ll faudra bien payer la marchandise que nos fournisseurs venaient de nous livrer. L’annonce du confinement a été un coup de massue. Cette situation d’entraide me va donc très bien et m’empêche de déprimer. Cette initiative est soutenue par le fonds territorial du Perche, et des dons de clients, d’habitants… Cela redonne foi en la nature humaine.”


Bosch confiné

Par Antoine Dupont, animateur de la chaîne Youtube MicroFaune.

On a mis Bosch en confinement

[ METTRE LE SON ] Si vous aimez notre travail, rendez-vous sur notre page Tipeee. Nous y présentons l'ébauche de notre prochain gros projet : un documentaire ! #confinement #covid19 #jérômebosch

Publiée par MicroFaune sur Mardi 24 mars 2020

« L’idée est venue du tableau de Jérôme Bosch. On l’aime beaucoup ce tableau, Le Jardin des Délices, où les humains se retrouvent mélangés à la faune et la flore. Et je me suis dit, si on devait enlever/confiner ces centaines d’humains de ce tableau, ça serait du boulot en termes de réalisation, ce n’est pas quelque chose qu’on aurait l’habitude de voir et au sens imagé, ça serait faire beaucoup de place à cette nature qu’on exploite. On la laisserait respirer un peu. Ensuite, je me suis attelé à d’autres tableaux où seuls les animaux et les plantes demeurent, alors que les humains seraient confinés. »


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