Janvier 2021

Un lycée pour se raccrocher

Marylène Carre

Dix classes d’un élève

Ils avaient décroché du système scolaire depuis plusieurs années. Le microlycée leur a ouvert ses portes. Dans cette structure scolaire expérimentale de l’Education nationale, l’équipe pédagogique tente de les réconcilier avec l’école et avec eux-mêmes. Récit d’une semaine en immersion au MicroLycée de Caen.

Premier jour

9h. Patrice, le coordinateur du MicroLycée, entre dans le bureau des profs, rebaptisé salle Séléné, déesse des solutions. Il vient de faire le compte des élèves manquants. « Pas si mal pour un lendemain de jour férié… En une journée, tu perds le travail de quinze jours. Les retours de vacances, c’est carnaval. Tu t’accroches au bureau et tu attends les vagues. »
La semaine dernière, le taux de présence était de 67 % en première année et 79 % en deuxième année. Adeline, la professeure d’anglais, décroche le téléphone pour appeler les absents. « Allo, c’est Adeline du MicroLycée. Tu n’es pas en cours ce matin. On voulait savoir où tu es et quand tu reviens. » Ici, ceux qui manquent à l’appel ne sont pas stigmatisés. Tous sont entrés au MicroLycée après avoir décroché de l’institution scolaire, plusieurs mois voire plusieurs années. Se lever le matin, c’est la première bataille.

L’entrée au MicroLycée s’effectue par une porte située à l’arrière du lycée Rostand, l’un des plus importants lycées de la ville, avec quelque 1 800 élèves. S’il lui est rattaché administrativement, le MicroLycée fonctionne de manière autonome et à échelle beaucoup plus réduite. Quarante-cinq élèves, sept professeurs, trois salles de classe et une salle commune, où chacun circule librement. Un simple couloir sépare les salles de cours du MicroLycée de celles du lycée Rostand. Une frontière entre deux visions de l’école au sein d’une même institution.

Une réponse au décrochage scolaire

 

En France, un élève sur dix décroche chaque année. Au début des années 2000, des personnels, pour la plupart issus des équipes éducatives de lycées, ont décidé de prendre en charge ce type de public à travers la création, au sein de l’institution scolaire, de structures pédagogiquement innovantes : microlycée de l’académie de Créteil, collège‑lycée égalitaire pour tous à Grenoble, pôle innovant lycéen à Paris… Depuis 2013, ces Structures de Retour à l’École (SRE) sont reconnues et valorisées par le ministère de l’Education nationale comme une réponse possible au décrochage scolaire. Au nombre de 71 aujourd’hui, elles se sont développées sous différentes formes. À chaque rentrée scolaire, cinq à dix nouvelles SRE sont ouvertes, réparties sur tout le territoire (carte des SRE en France).

Chaque microlycée dispose de son autonomie de fonctionnement, tout en étant rattaché à un lycée support et à son conseil d’administration. Les enseignants, professeurs du secondaire de l’Education nationale, sont volontaires, recrutés par cooptation sur des postes accordés par le rectorat. La nature de leur travail est défini moins par le statut ou la discipline à enseigner que par la globalité du projet pédagogique et éducatif : moins d’heures de cours et davantage de  présence hebdomadaire dans l’établissement, avec des réunions d’équipe régulières. Les tâches sont multiples et polyvalentes : enseignement, accompagnement éducatif, vie scolaire, administration, relations extérieures… Le nombre d’élèves est limité à sept ou huit élèves pour un adulte.
Lire la charte commune des microlycées.

En septembre 2018, le MicroLycée accueille sa première cohorte de décrocheurs : dix-sept jeunes âgés de 16 à 25 ans, en rupture scolaire depuis plus d’un an, ayant un niveau d’entrée minimum de seconde. Le parcours s’organise sur deux années – ici on dit « ML1 » pour la première année de remise à niveau et « ML2 » équivalent à une classe de première. En troisième année, les élèves intègrent une terminale classique au lycée Rostand. L’objectif est de préparer le maximum d’élèves à la réussite du baccalauréat général ou technologique (filière STMG, Sciences et technologies du Management et de la Gestion). Certains n’iront pas jusque-là, mais quitteront l’école avec un projet de formation ou d’insertion professionnelle.

« Le but n’est pas de les envoyer dans le mur, mais de les réconcilier avec l’école, les adultes et un lieu où l’on vient tous les matins. De les remettre en mouvement », explique Véronique, la professeure de français. « Le décrochage est un phénomène complexe. Nos jeunes ont souffert pour toute une conjonction de facteurs : sociaux, économiques, psychiques. Certains ont grandi comme de la mauvaise herbe, sans repères, avec des addictions diverses, des problèmes psychologiques. Ils sont dans l’isolement social ou la phobie des autres. Beaucoup ont des troubles du sommeil ou des problèmes alimentaires. La première année, un tiers de nos élèves ne pouvaient pas manger devant les autres : ça nous a interpellés. »

Véronique a été professeure des écoles pendant huit ans avant de passer le Capes puis l’agrégation et d’enseigner en collège, lycée et BTS. Elle était en poste à Rostand quand Patrice est venu constituer son équipe. Elle terminera ici sa carrière dans deux ans. « Je me dis que je n’ai pas dix élèves, mais dix classes d’un élève. »

La première année, deux jeunes supplémentaires intègrent le MicroLycée en cours d’année ; sept arrêtent.  À la rentrée 2019, une deuxième cohorte de quinze élèves arrive au lycée ; la première cohorte passe en « ML2 ». En septembre 2020, pour sa troisième année de fonctionnement, le MicroLycée compte une classe de 16 élèves en ML1, une classe de 13 élèves en ML2 et quinze élèves intégrés dans trois classes de terminale du lycée Rostand. 

« L’école m’avait abandonnée. »

10h30. Salle commune. Un canapé, une cuisine avec un café au chaud, des tables hautes pour déjeuner, une étagère de livres. Une grande fenêtre vitrée donne sur la salle des profs et une porte, rarement fermée.

Une nouvelle élève arrive ce matin. Avec valise et duvet. Elodie s’installe à l’internat dès ce soir. Patrice l’accueille et charge deux élèves de prendre soin d’elle. « Tu fais tout doux pour commencer, et quand ça fait trop d’infos, tu le dis », lui sourit-il.
Pas trop stressée ? lui demande Luna. Tu as des reflets bleus dans les cheveux ?
J’avais peur d’arriver en retard. Je me suis répété : ça va bien se passer.

Elodie n’est pas retournée à l’école depuis trois ans. « J’ai quitté en début de première à cause d’une situation de harcèlement. J’étais la victime d’une meute, avec son chef. J’en ai parlé au lycée. Ils disaient que c’était à moi de faire des efforts, d’aller voir un psy, que j’étais le problème. Je n’ai plus voulu y retourner et mes parents ont fini par accepter. Ils ont contacté d’autres lycées. Là encore, on me demandait si j’étais apte à être au contact des autres. Mon père était angoissé. Il ne comprenait pas pourquoi le lycée m’avait abandonnée. J’ai décidé de me reconstruire par moi-même. C’est ma tante qui m’a parlé du MicroLycée, « quand tu iras mieux », m’a-t-elle dit. J’ai appelé la semaine dernière. Le lendemain, j’étais là pour un entretien et aujourd’hui, je redeviens lycéenne… »

11h40. Une jeune fille passe la tête en salle des profs. « Je suis arrivée ! » Patrice lui sourit : « Allez, file en classe. Faudra que tu arrives à être là à 9h. »

Au microlycée, l’éducation est appréhendée au sens large : les professeurs sont à la fois instructeurs et éducateurs. Ils s’emploient à rétablir la confiance avec les élèves par différents moyens : un accueil sans jugement ni a priori, des rapports plus individualisés (tutorat), des propositions de moments et d’espaces de vie partagée (salle commune professeur-élèves, activités partagées, etc). L’emploi du temps se découpe en disciplines et en « temps spéciaux » : heures d’éveil, travail encadré ou accompagné, ateliers d’ouverture culturelle, projets interdisciplinaires… Il évolue au cours de l’année, divisée en période de huit semaines. « En première année, on ne charge pas trop l’emploi du temps pour que ce soit soutenable, explique Véro. On essaie de caler les enseignements traditionnels entre 10h et 13h. »

Chaque professeur est tuteur d’une dizaine d’élèves qu’il voit individuellement au moins une fois tous les quinze jours, pour faire le point sur sa situation. C’est au cours de ce moment privilégié que naît la confiance entre le jeune et l’adulte, et non plus seulement entre l’élève et l’enseignant. « L’élève est un individu à part entière. On les prend comme un tout », résume Véro.

Floriane, Véronique et Christos, professeurs.

Un microlycée dans l’académie

Mai 2017. Le recteur revient d’une réunion à Paris, où il est question des microlycées. Il veut en monter un dans son académie. Il contacte le proviseur du lycée Rostand, réputé pour son appétence aux dispositifs innovants. En décembre, paraît l’annonce pour le poste de coordinateur au MicroLycée. Patrice hésite, rédige sa lettre de motivation, part faire un tour en vélo, et finit par envoyer le courrier. « En général, dans les projets de l’Education nationale, il y a beaucoup de contraintes et peu de budget. Là, c’était l’inverse. Une page blanche à écrire et des moyens. C’était l’opportunité de mettre en application mes convictions. »

Patrice a enseigné dans une dizaine de lycées, comme enseignant remplaçant. « Tous les ans, tu remontes un projet. » Il a postulé une première fois au Collège Lycée Expérimental (CLE) d’Hérouville-Saint-Clair, sans obtenir le poste. Deux ans plus tard, l’établissement le rappelle pour un remplacement. Il y restera quinze ans. L’approche pédagogique qu’il expérimente au CLE alimentera le projet du futur MicroLycée : enseignements décloisonnés, tutorat, petits effectifs… Là-bas, il imagine le projet « Marche » pour mission d’aide au raccrochage à l’école, qui permet de faire entrer un éducateur dans l’établissement et d’accueillir quelques élèves décrocheurs. « J’avais un confort de travail extraordinaire au CLE. On testait des choses qui fonctionnaient et j’avais envie de les diffuser. Mais je me rendais compte que ça n’intéressait pas l’institution. »

Patrice, coordinateur.

« Est-ce qu’on est ambitieux ou prétentieux ? »

En janvier 2017, Patrice s’installe « avec son crayon » au lycée Rostand pour monter de toute pièce cette nouvelle structure expérimentale.
On va le mettre où ?, demande le proviseur. J’ai un bâtiment au fond.
Non, on ne va pas créer un cocon pour enfants fragiles.
Je ne vais pas vous donner la salle des actes du lycée quand même… Eh bien si, je vous la donne.
« Tout était possible, se souvient Patrice. La salle est trop grande ? On la divise en deux, on monte un mur. »
Pour écrire le projet et constituer son équipe, Patrice s’est installé dans la salle des archives du lycée. Les profs curieux pointent leur nez. « Petit à petit, on construit le projet, en s’inspirant de l’expérience des autres. Le MicroLycée doit être dans le lycée et la finalité est d’y retourner. Il faut construire quelque chose de poreux. »

La plupart des microlycées recrutent à partir de la première et forment les élèves sur deux ans, pour en sortir avec le bac. Patrice imagine un fonctionnement plus inclusif : recruter en seconde, accompagner en première et remettre les élèves dans le grand bain en terminale. « Est-ce qu’on est ambitieux ou prétentieux ? »

« Je ne vais pas révolutionner l’institution, ni résoudre le problème du décrochage scolaire, assume Patrice. On sert à 45 mômes, alors qu’il y a 3 000 décrocheurs dans l’académie, mais ce sont 45 mômes à l’école. » Il regarde les trois jeunes de l’autre côté de la vitre. « Peut-être que sans nous, le premier pousserait encore des brouettes de chantier, le second serait confronté à des problèmes de drogue, la troisième vivrait avec les allocations. Il ne faut pas en attendre plus. »

Deuxième jour

8h30. Emma a dix-huit ans aujourd’hui. Max a préparé un gâteau et diffuse « Cette année-là » reprise par M. Pokora sur son portable. C’est l’un des rares anniversaires célébrés au MicroLycée. La plupart préfèrent oublier « ce jour comme un autre ».

Elodie est restée devant la porte du cours d’anglais. Elle serre son sac et son manteau et fond en larmes. Elle n’a pas réussi à dormir à l’internat. « Le stress, tout ça… » Patrice l’installe dans la salle commune. « Tu te reposes et quand ça va mieux, tu rejoins les autres. » Il avertit Christos avant de filer en cours. « Si tu veux, je t’accompagne en classe, je fais l’élève avec toi », propose le prof d’histoire-géo.

Christos a passé une thèse en géographie sociale à l’université de Caen. Il y a donné des cours, avec le statut précaire d’assistant temporaire d’enseignement et de recherche. Quand son fils est né, il a décidé de passer le Capes, pour s’assurer un poste dans l’éducation nationale. À Lisieux, il s’est occupé des classes relais, avec des élèves expulsés de tous les bahuts. Il a aussi enseigné en prison. C’est Véro qui l’a branché sur le Microlycée alors qu’il était, comme elle, enseignant à Rostand. « Tu vas voir, ça va te plaire. » Il a rencontré Patrice qui constituait son équipe. « On a parlé plus d’une heure, une discussion géniale sur l’éducationIci, t’es pas prof comme ailleurs. Tu dois penser ta pédagogie autrement. On te tutoie. T’es tuteur, CPE, psy à deux balles, mais quand même un peu psy. Tu passes beaucoup plus d’heures au lycée, mais pas pour y faire cours. C’est très usant, éreintant psychologiquement. Mais c’est la première fois de ma carrière que j’ai l’impression de faire partie d’une équipe pédagogique. Je ne suis pas tout seul dans le bateau. Ici, tout se partage. J’arrive le matin, je rejoins la petite famille. »

Cours de géographie, projection d’un documentaire sur les conséquences des catastrophes naturelles.

9h10. Salle « Amstrong », Patrice propose un cours d’éveil sur l’actualité aux ML1.
Vous ferez quoi en mai 2022 ? demande-t-il.
Je me marie, lance un élève.
On vote, répond un autre.
La question est de savoir pour quoi on vote, explique Patrice. Un choix politique, ça se construit. Ce qui le déterminera, c’est votre rapport à l’actualité. À partir de maintenant, tous les vendredis, on va apprendre à décrypter l’actualité.
Il projette sur le grand tableau blanc le JT de la veille et demande aux élèves de noter les principaux titres, leur durée et le type de traitement de l’information. « Ça va à toute vitesse, c’est pas très bien expliqué », font remarquer les élèves. « On va décortiquer », annonce le prof.

« Je suis prof, mais aussi éduc, médecin, psy, maman… »

10h. Véro propose un café. Floriane fait passer un oral d’anglais professionnel à une élève de première, qui a manqué le dernier cours.

Floriane a rejoint l’équipe du MicroLycée l’an dernier, après que son poste d’enseignante d’éco gestion en lycée pro a été supprimé. Elle apprécie « le challenge de raccrocher le jeune à l’école. Dans l’Education nationale, on croise beaucoup de profs désabusés. Ici, c’est une équipe motivée, qui se serre les coudes, se réunit quatre heures par semaine pour analyser chaque situation. Paradoxalement, quand je rentre chez moi, je parle très peu de mon boulot. Parce que j’ai vidé mon sac ici, avec les collègues. »

Adeline, la prof d’anglais confirme. Agrégée d’anglais, elle a été enseignante remplaçante, jamais plus de deux semaines dans le même bahut. C’est d’abord pour rompre avec ce rythme qu’elle a postulé au MicroLycée. « Ensemble, on a créé quelque chose de nouveau, d’unique dans l’Education nationale. On a une vraie relation avec les élèves. Il faut bien les connaître pour les accompagner. Je suis prof, mais aussi éduc, psy, médecin généraliste, assistante sociale, juriste, maman… On dépasse la relation du prof à l’élève pour celle de l’adulte au jeune. On s’est posé la question du tutoiement. On s’est dit qu’on n’avait rien à perdre et tout à y gagner. » 

Adeline, la prof d’anglais, et des élèves.

« Le plus important au MicroLycée, c’est l’équipe, mesure Patrice. On a des moyens, des locaux, mais sans collègues, je ne peux rien faire. Cette priorité est supérieure à toutes les autres. » En trois ans, il n’y a jamais eu de conflit. « La première année, c’est la lune de miel, on s’adore. La deuxième année, on se demande comment continuer dans la routine, ne pas s’effondrer et partir lessivé. Il faut veiller à ce que ça reste stimulant, enthousiasmant. Se reposer, ne pas culpabiliser quand tu pars avant les autres. On n’est pas des militants, pas meilleurs que d’autres. Simplement des profs, à qui on donne les moyens de faire quelque chose différemment. »  Aucun n’est titulaire de son poste au MicroLycée. Il n’y a pas d’engagement. Pas de filet de sécurité non plus.

Sept professeurs, dont trois à temps plein :
– Patrice, 49 ans, prof de sciences économiques et sociales et coordinateur du MicroLycée.
– « Véro », 58 ans, prof de français, toujours au courant de l’actualité culturelle caennaise.
– Adeline, 30 ans, prof d’anglais, bilingue et voyageuse, enceinte de son deuxième enfant.
– « Mika », 48 ans, prof de math et sciences, bricoleur et pro de l’informatique.
– Christos, 52 ans, prof d’histoire-géo et d’espagnol, mi-français mi-grec.
– Floriane, 30 ans, prof en sciences et techniques de gestion, la dernière arrivée de l’équipe.
– Fred, 52 ans, prof d’EPS, rôdé aux méthodes de l’éducation populaire.

Patrice dit qu’il a eu un « coup de bol » de recruter la bonne équipe. Ses collègues estiment qu’il a plutôt eu « du nez ». Il a reçu une cinquantaine de candidatures. « Certains cherchaient simplement un poste à Caen, mais la plupart avaient envie de se confronter à un autre public, retravailler leurs pratiques. » Patrice a scruté chaque profil, cherché la diversité : Véro dans l’art et la culture, Mika dans la débrouille… Pour le poste de prof de math, Patrice avait deux candidats agrégés. Il a préféré « un type qui construit des maisons, qui bricole ».

Mika a enseigné à Lyon, Annecy, Bernay, Caen comme TZR, titulaire sur zone de remplacement. Il avait décroché un poste d’administrateur réseau en lycée, qui a été supprimé. « J’ai postulé au MicroLycée moins par vocation que pour avoir des heures », admet-il. En lycée pro, il avait croisé des gamins décrocheurs. « J’avais une idée de ce qui m’attendait, mais pas à ce point-là. C’est comme si tous les maux de la société étaient réunis ici : abus sexuels, difficultés sociales, addictions. » Lors de son entretien de recrutement, il avait prévenu : « Je ne sais pas faire avec un gamin qui se met à pleurer ». « Tu apprendras avec nous », lui avait répondu Patrice.

Midi. La plupart des élèves déjeunent dans la salle commune, plutôt qu’au self du lycée. Certains ont leur gamelle, d’autres vont chercher un sandwich. D’autres encore disparaissent pendant une heure. Chips et coca ont la côte. Patrice hausse les épaules. « La notion de repas équilibré, c’est un chantier qui pourra exister quand ils seront prêts. Les attaquer tout de suite là-dessus, ce serait désinvestir la confiance qu’on a mis en place, et on en a besoin. ».

15h : « Bingo », s’écrit Patrice, qui vient d’obtenir un rendez-vous avec la psychiatre d’une élève. En trois ans, c’est la première fois qu’une psy se déplace au MicroLycée. « En France, on cloisonne l’éducatif, le soin et le pédagogique, déplore-t-il. Ici, on y est sans cesse confrontés. On a du mal à obtenir des informations sur nos jeunes de la part des professionnels de la santé et du social. On finit par les obtenir des gamins eux-mêmes et bien souvent, on en sait plus que leur psy ou leur éduc. Avec l’accord des élèves, on leur transmet ces informations. Parce que notre rôle, c’est d’abord d’être des profs. »

16h. Devant le lycée, des élèves font une pause clope. La discussion tourne autour des « fichés S » des bahuts. Ils le sont tous.


La semaine prochaine, retrouvez la suite de ce reportage au MicroLycée de Caen : les histoires d’Alexis, Noémie et Enzo, le coup de gueule de Myriam, les confidences entre un élève et son tuteur et les premières évaluations de l’année…