Ancien adjoint au maire, Damien de Winter est élu maire de Giberville en mai 2023 et il est membre du bureau communautaire de Caen la Mer, en tant que candidat de gauche. Il raconte son parcours et sa mobilisation pour les familles sans abris, pour laquelle il a interpellé l’Etat.
Quel est votre parcours ?
J’ai débuté un bac sciences économiques et sociales, option économie. Ensuite un BTS Logistique et transport. Puis une école de commerce pour me spécialiser dans tout ce qui est logistique à l’international. Donc j’ai travaillé pour le groupe Carrefour, pour Vinci Energies et j’ai fini à Véolia Environnement. Ensuite, dans ma fonction d’élu, quand je suis devenu premier adjoint au maire, j’ai dû quitter mon activité professionnelle pour donner des cours en logistique à des étudiants. À côté, j’ai mené des activités de consultant logistique, notamment pour le groupe Carrefour.
Pour ce qui est de mon parcours politique, j’ai pris ma carte au Parti communiste français après le second tour de la présidentielle entre Jacques Chirac et Jean-Marie Lepen. Je sais que je suis communiste depuis que j’ai 15 ans, j’ai franchi le pas après les manifs contre l’extrême droite. Par la suite, j’ai été responsable des jeunes communistes du Calvados. Après cela, on m’a demandé de travailler sur le programme de Phillipe Duron pendant un an et demi, le soir en dehors du travail, sur l’union de la gauche à Caen. Suite à cela, Philippe Duron et les communistes de Caen m’ont demandé d’être sur la liste, donc j’ai été élu de 2008 à 2014 à Caen. J’étais l’un des plus jeunes élus au conseil municipal, en tant que président des élus communistes républicains.
Il faut aimer sa ville et ses habitants, plus qu’ils ne s’aiment eux-mêmes.
Pourquoi avoir voulu exercer la fonction de maire, en particulier à Giberville ?
Je suis originaire de Giberville depuis l’âge de 9 ans. Quand je suis devenu étudiant, je suis parti à Caen. Le maire de Giberville m’a demandé de revenir sur la commune pour occuper le poste de premier adjoint au maire, à partir de 2014. J’ai été réélu en 2020 et je suis devenu maire il y a deux ans, à la suite de la démission de Gérard Leneveu, en raison de ses problèmes de santé. Lui et mes collègues ont considéré que j’étais le plus légitime à devenir le maire, donc j’ai été élu maire à l’unanimité.
Aujourd’hui, je suis aussi vice-président du Sivom des Trois Vallées, en charge des équipements sportifs et membre du bureau communautaire de Caen la Mer, en tant que seul candidat de la gauche, face à Nicolas Joyau. Le but est de montrer une opposition politique et de créer du débat sur la gestion de la communauté urbaine, car je ne suis pas en accord avec la gouvernance de Joel Bruneau et celle actuelle de Nicolas Joyau. J’ai à la fois eu un engagement politique très jeune et en même temps, pour être maire, il faut aimer sa ville et ses habitants, plus qu’ils ne s’aiment eux-mêmes, voir plus qu’ils ne méritent d’être aimés.
Je pense que le maire doit gouverner avec le cœur et la tête.
Pour vous que représente le rôle de maire ?
Pour moi le maire est là pour servir l’intérêt général de sa ville et de ses habitants, à court, moyen et long terme, sachant que l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers. Exemple concret, en tant que citoyen, quand je rentre tard le soir chez moi la lumière est éteinte, je suis énervé de cette absence de lumière, mais quand je rentre à la mairie en tant que maire et que je vois les économies réalisées, je trouve que c’est une très bonne décision. Cela montre une certaine schizophrénie entre ce que je pense en tant qu’habitant et maire. Je pense que le maire doit gouverner avec le cœur et la tête. Si on gouverne seulement avec le cœur, on sera amené à prendre des décisions pas très intelligentes. Et si on réfléchit qu’avec la tête, on va manquer de cœur ; c’est un équilibre.
Qu’est-ce qui vous a marqué dans votre premier mandat ?
La première semaine, je suis élu maire le lundi soir, le lendemain a lieu la course cycliste, le Critérium de Giberville. Dans l’attente de la remise des trophées, une famille m’annonce qu’une jeune fille a disparu, je demande à la police municipale de tourner dans la ville. Le jeudi soir, on lance un appel à la mobilisation citoyenne par la création d’un PC sécurité avec des associations de secouristes comme la Croix-Rouge, Unit’ Secours et La Protection Civile. On lance les recherches le vendredi pour la retrouver l’après-midi. Dès cette première semaine, il a fallu tout organiser, passer des appels, coucher tard, lever très tôt, coordonner, rédiger des communiqués de presse. Cela m’a marqué car ce n’est pas banal. Mais aussi car je me suis rendu compte qu’il y a deux façons d’être maire : tout d’abord celui qui va agir sur tout, puis celui qui va trier en fonction de ses compétences. Je pense effectivement qu’il faut être un peu compétent sur tout, à partir du moment où la commune et les habitants sont touchés. Cet évènement m’a montré qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer. L’agenda peut être bousculé, on peut être appelé la nuit.
Avez-vous déjà été sujet à des critiques, ponctuelles ou récurrentes ?
J’ai déjà eu des critiques, mais toujours saines et constructives. Quelquefois le ton n’est pas cordial, mais les avis restent intéressants. On fait face à des agressions physiques et verbales. À titre personnel, il n’y a pas de soucis, je ne suis pas une crevette. Cependant, nos familles peuvent avoir peur, car on est exposé.
Pourquoi vous être engagé dans l’accompagnement des personnes sans-abris ?
J’ai rencontré une famille avec trois enfants à la rue. En tant que maire, j’ai appelé le 115 pour l’hébergement d’urgence. Le fait qu’on me dise qu’il n’y avait plus de place m’a poussé à lancer un rassemblement auquel d’autres élus locaux ont participé. Je suis intervenu à Caen La Mer en conférence de maires, j’ai fait des conférences de presse. Il y a des choses qui avancent, mais pas assez vite à mon goût, toutefois je suis déterminé à aller jusqu’au bout. Je souhaite que soit mis en place un plan famille pour protéger les enfants, au même titre que le plan grand froid, lancé par l’abbé Pierre à l’hiver 54. L’hiver, l’Etat triple l’hébergement d’urgence pour que personne ne dorme à la rue. Donc c’est possible. Je considère que la République a des valeurs, des idées, des principes, et nous avons un contrat social entre nous. Quand la préfecture accepte que des enfants dorment à la rue faute de moyens d’accueil, je considère que le contrat social est rompu. J’ai sollicité des députés et des sénateurs pour une proposition de loi, par l’interpellation du gouvernement. Je serai mobilisé tant que ce plan famille ne sera pas passé à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Il manque 300 places d’hébergement d’urgence sur l’agglomération caennaise
Dans cette lutte, à quels obstacles faites-vous face ?
Les moyens donnés par l’Etat sur l’hébergement d’urgence. Aujourd’hui nous sommes face à une crise du logement. Le parcours de l’habitat est sclérosé, les loyers sont chers, le remboursement des prêts également, il y a une demande supérieure à l’offre de logements sociaux. Faute de logements, ces gens se retrouvent sans adresse fixe. Nous n’avons pas assez d’hébergements d’urgence pour faire face à cette crise du logement. Les réponses sont multiples, mais dans mon cas la première exigence est d’augmenter ces places dans les hébergements d’urgence. Il manque environ trois cents places sur l’agglomération caennaise, on a obtenu une centaine de places supplémentaires, mais il en faut plus.
Que vous a apporté votre expérience de maire sur le plan personnel ?
Pour ce qui est du positif, il s’agit de la fonction la plus intéressante qu’il soit. On doit réfléchir à beaucoup de sujets différents passionnants. Effectivement, on pourrait dire qu’un maire est un président de Région et de la République, parce qu’il agit à toutes les échelles. Ces trois fonctions nous amènent à rencontrer des gens, à réfléchir sur des sujets et à prendre en permanence des décisions ; on ne s’ennuie jamais. Pour ce qui est du négatif, je dirai l’impact sur la vie de famille, en termes de sécurité et de tranquillité. Lorsque l’on se balade dans la commune, les gens t’interpellent, il y a des jours où l’on préfère être en famille. On est très peu tranquille. Mon prédécesseur m’avait prévenu que je n’arriverai pas toujours à dormir, c’est vrai. Du lundi au dimanche, du matin au soir, les gens savent où j’habite, ils me connaissent.
Comptez-vous vous représenter à l’avenir, oui ou non, pourquoi ?
Oui, je suis candidat en mars 2026 et, en exclusivité, je suis candidat pour les dix-huit années à venir. Je souhaite être maire. Ce sont les électeurs qui décideront s’ils me font confiance ou non, je n’ai aucun problème là-dessus, au contraire. Il me faudra, je pense, trois mandats pour mener à bien ce que je veux faire : en termes de logements, de voirie, de pistes cyclables, de lutte contre les inondations, de rénovation de bâtiments publics, ce qui me laissera le temps de trouver l’homme ou la femme qui me succédera, tout en ayant une continuité par rapport à notre projet politique pour la commune.
Propos recueillis par Noah Vautier
