La « présidentielle » de Tourouvre-au-Perche

Publié le 7 mars 2026

Un article de Philippe Ridet (texte) et Joanna Calderwood (dessins)


Avec 120 candidats pour 3000 habitants, Tourouvre-au-Perche, dans l’Orne, apparaît comme le champion de l’engagement citoyen. Philippe Ridet, journaliste, écrivain et habitant de cette commune nouvelle, a suivi cette campagne électorale où la liste menée par Jean-Edouard Gueugnon, engagé par le passé auprès de plusieurs personnalités d’extrême droite, pourrait l’emporter face aux deux autres listes.

Ce jour-là, j’avais rendez-vous chez le coiffeur à 16 heures. Nous étions fin janvier, je venais d’accepter la proposition d’écrire un long reportage sur l’élection municipale à Tourouvre-au-Perche (Orne). « Fastoche », me disais-je pour un type comme moi, journaliste politique pendant quarante ans (Le Parisien puis Le Monde), qui avait suivi toutes les élections présidentielles de 1995 à 2017, sans compter un nombre conséquent de scrutins locaux dans tous les coins de l’Hexagone. Le salon de coiffure baptisé Clotilde du nom de de sa propriétaire a été repeint en noir mat. Austère mais chic, il attire l’œil entre la fleuriste et la pizzeria Eugenio, sur la rue du 13 août 1944, l’artère principale du bourg de Tourouvre.

Tout de suite, une explication. Indispensable pour comprendre la suite de ce récit. Tourouvre tout court désigne le plus important des dix bourgs qui composent depuis une décennie la Commune Nouvelle de Tourouvre-au-Perche. Celle-ci s’étale sur une superficie équivalente à celle de Paris. Elle est parcourue par 300 kilomètres de routes et de chemins. Les habitants de Tourouvre, 1500 personnes (je suis l’une d’elle), sont des tourouvrains ; ceux de Tourouvre-au-Perche ont hérité du gentilé de perchotourouvrain. On en compte 3000. 2200 sont électeurs.

Cette union est un mariage de raison. Administrativement, elle fonctionne. Des communes ont ainsi pu se doter pour l’une d’un parking, pour l’autre d’un ralentisseur, pour une autre encore d’une boulangerie. Mais leur histoire, leur sociologie les séparent. Tourouvre et Randonnai, les deux bourgs les plus importants, ont eu un passé industriel. Bubertré et Bivilliers, ont été essentiellement agricoles. Bresolettes, entouré de forêt, vit en quasi autarcie avec ses 35 habitants. On compte dans certaines communes 40% de résidences secondaires, principalement des Franciliens (je suis l’un d’eux) qu’on appelle des « accourus ». Ces néo-ruraux sont en général bienvenus. Même s’ils participent peu à la vie politique ou associative locale, ils ne sont pas pour rien dans l’éclosion d’un tissu artisanal très denses de peintres, de maçons, de terrassiers, de charpentiers dont les camionnettes blanches remplissent les parkings des restaurants à 15 euros le menu ouvrier. On leur reproche de tirer les prix vers le haut. Personne n’est parfait.

Empilement de structures oblige, cette Commune nouvelle s’intègre à la Communauté de communes des Hauts-du-Perche, dite aussi « CDC » ou « Com-com ». Cette dernière est une des plus pauvres du département avec une moyenne des revenus fiscaux par habitant à peine au-dessus de 20 000 euros. A Tourouvre, nous sommes loin du Perche des manoirs pour magazines de décoration, même si une branche de la famille Bourbon-Parme y possède une résidence. Chez nous, les jeunes vont se diplômer à Caen. Plus proche, Paris est trop cher et intimidant. On s’y rend pour manifester sa colère, se faire soigner d’une maladie grave ou visiter le salon de l’agriculture. Un sentiment d’éloignement, voire d’abandon, perfuse les perchotourouvrains. Les Gilets Jaunes ont connu un beau succès en leur temps. On peut rouler à 90 km/h sur les routes départementales. Au risque de sa vie…

Pour en finir avec les généralités et les paradoxes, ajoutons que Tourouvre, le bourg, abrite des services publics (Ehpad, poste, écoles primaires, crèche, gendarmerie) et un notaire, un assureur, une auto-école, un hôtel restaurant, deux boulangeries, deux agences bancaires et autant de salons de coiffure… Ajoutons un médecin et un cabinet médical, une rareté dans ces parages. Et au titre de la vie sociale, un stade, des terrains de tennis, une salle omnisports, un dojo, un city stade et un mini-golf qui survit, plutôt mal que bien, aux années 70 qui l’ont vu naître. 55 associations soulignent le désir « de faire société » comme disent les sociologues…

On n’est pas bien là, non ? Peut-être pas. Les électeurs de Tourouvre-au-Perche manifestent un ras-le-bol croissant, semblables en cela à de nombreux Français bien moins lotis encore. Ils ont majoritairement fait le choix (52,6%) de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2022 et, sans un barrage républicain, ils auraient expédié un obscur inconnu estampillé RN à l’Assemblée nationale deux ans plus tard. Statistiquement, quand je marche dans la rue, une personne croisée sur deux a voté RN. Au début, ça me faisait bizarre, depuis je me suis habitué.

Je réalise que je suis passé un peu vite sur cette rue du 13 août 1944. Droite comme un crayon, elle traverse Tourouvre d’est en ouest distribuant toutes les autres directions. On y trouve les maisons les plus cossues et les plus modestes. De son nom, un étranger déduirait que nous fêtons une victoire, une libération comme dans de nombreuses communes de Normandie. Faux. Il renvoie à une triste journée d’été. Une tuerie ordinaire en 1944.

Ce jour-là, une poignée de soldats Allemands en retraite exécutent 15 personnes, et brûlent des dizaines de maisons. La reconstruction, exécutée selon de strictes règles architecturales, a donné au village et à son artère principale un air raide et endimanché comme un habit de deuil. Trois stèles, dont deux au cimetière, égrènent le nom des victimes.

A l’été 2024, pour le 80ème anniversaire de cette tragédie qui vaut à la commune le titre un peu exagéré « d’Oradour du Perche », plusieurs conférences et visites mémorielles ont été organisées. La sous-préfète, un sénateur et autres élus se sont mis au garde à vous entre les tombes sous le ciel gris pendant que la fanfare entonnait la sonnerie aux morts.

Aujourd’hui qu’il n’existe plus aucun témoin vivant de cet évènement, une association, Passeurs de mémoire, se charge d’aviver le souvenir de ce massacre. Elle est dirigée par Jean-Edouard Gueugnon, 39 ans. Lors du vin d’honneur qui suivi la cérémonie d’hommage quelqu’un, désignant cet homme jeune à l’air un peu gauche, m’avait glissé à l’oreille : « Celui-là, il se verrait bien maire de Tourouvre. Il sera candidat. Il est d’extrême droite.» L’échéance était lointaine. Il n’avait pas l’air d’un foudre de guerre.

Mais entrons chez Clotilde. C’est Fabienne, la collaboratrice historique de Clotilde, qui me coiffe. Coupe courte. Pas de séchage, pas de gel. Comme de nombreux journalistes commençant leur reportage par une conversation avec le chauffeur de taxi qui les convoie de l’aéroport au centre-ville, je glisse une question sur les élections municipales. La plus ouverte possible, genre « Alors cette campagne, elle a commencé ?» « Personne n’en parle encore ». Telle avait été la réponse de Fabienne. Il me faudrait glaner mes infos ailleurs.

Pourtant de fil en aiguille, elle me confia : « Partout, les municipales se passent tranquillement. Mais à Tourouvre, on s’échauffe, on s’enflamme. C’est comme la présidentielle ! ». Je n’avais pas d’infos, mais un titre. Parfois ça vaut mieux.

Même lointaine, l’échéance ne pouvait être indifférente aux électeurs des dix bourgs. Depuis le printemps 2025, le maire, Franck Poirier, avait annoncé qu’il ne briguerait pas un second mandat. Raison invoquée : le report à 64 ans de l’âge de départ à la retraite qui l’obligeait à travailler deux ans de plus et, par conséquent, à jongler deux ans de plus également entre travail et mandat. Depuis, la réforme des retraites a été gelée, mais Franck Poirier n’est pas revenu sur sa décision. Quand il évoque ses responsabilités de premier élu, on perçoit une pointe de désillusion : trop de normes, trop de petits enjeux de pouvoir locaux, peu de solidarité et peu de reconnaissance.

Alors qui pour prendre la succession ? En quelques mois, Tourouvre au Perche est devenu la capitale de la démocratie locale. Désormais, ce sont trois listes de 40 personnes qui se présentent dans la commune nouvelle, soit près de 120 candidats pour un poste de maire ou de conseillers. Une a pour nom « Villages vivants », l’autre « Unissons-nous pour Tourouvre-au-Perche », une autre encore « Une équipe à votre service ». Trois listes c’est très très rare. 120 candidats, c’est exceptionnel ! La commune nouvelle a tenu à conserver des maires délégués pour les bourgs qui la composent et doit également élire des conseillers communautaires pour la Com-com. C’est plus de conseillers qu’à Alençon, la Préfecture de l’Orne !

Sursaut démocratique ? Printemps républicain ? Que nenni ! Un connaisseur de la vie locale nous confie. « Cette inflation de listes largement issues de l’équipe sortante n’est que le reflet de la mésentente qui régnait au sein du conseil municipal.» Une confidence en appelant une autre, notre interlocuteur continue : «  Poirier a été un excellent gestionnaire. Les finances sont nickel. Mais il n’a pas réussi à unir son équipe. Dès le premier conseil, ça a fritté. »

Et c’est ainsi que j’ai retrouvé Jean-Edouard Gueugnon… Quand elle a été officialisée sa candidature n’était déjà plus qu’un secret de polichinelle. Sans faire ouvertement sa promotion, une page Facebook, opportunément lancée le 18 juin, jour anniversaire de l’appel du Général de Gaulle, lui avait consacré un portrait élogieux laissant entendre à plusieurs reprises que lui seul pourrait redonner vie et lustre à Tourouvre-au-Perche. Premier bénéficiaire de cette initiative, aussi anonyme que déontologiquement douteuse, Jean-Edouard Gueugnon a toujours démenti fermement en être à l’origine. Depuis, suite à un signalement, les corbeaux se sont tus.

« Retrouvé » est un bien grand mot. Jean-Edouard Gueugnon ne se cache pas. Il est plutôt affable. On peut le voir tous les dimanches en famille à la messe en l’église Saint-Aubin. Le plus jeune des candidats à la mairie de Tourouvre-au-Perche est celui dont le parcours politique est le mieux documenté. Internet a gardé la mémoire de ses engagements, tous à droite, voire au-delà.

Chef d’une petite entreprise d’immobilier, né à Paris, mais résident de longue date dans l’Orne où ses parents, notaires, se sont installés dans sa petite enfance il a fait ses études à Bignon, un établissement catholique de Mortagne au Perche. Adolescent, il nouait parfois un keffieh autour de son cou.

Bac en poche, on le retrouve à Paris, étudiant à la « catho » en économie et histoire de l’art puis à Sciences-Po à Lille. Peu à peu il intègre le milieu de la communication politique au service de plusieurs élus d’Île-de-France puis du Perche. Il est sarkozyste en 2007, filloniste en 2017 puis il se rapproche des extrêmes.

C’est ainsi qu’il participe à la création d’une petite structure de financement à la candidature d’Éric Zemmour pour la présidentielle de 2022 et plaide, alors qu’il est conseiller municipal dans l’opposition, pour l’implantation à Tourouvre d’un établissement scolaire d’excellence initié par le milliardaire catholique et exilé fiscal, Pierre-Edouard Sternin. Désormais, son nom est inscrit dans l’appareil de l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti, premier allier du RN, comme vice-délégué départemental de l’Orne.

Dans son premier tract de présentation distribué dans les boites aux lettres, il nuance son CV. « Mes engagements personnels s’inscrivent dans une tradition de droite patriote et d’inspiration gaulliste, ouverte au dialogue (…) j’ai une fibre sociale très prononcée… ».

« Refusons la liste RN/UDR à Tourouvre ». Ce tract non signé, nous avons été quelques habitants à le trouver dans nos boites aux lettres. En le découvrant, le moral de Jean-Edouard Gueugnon a vacillé. Il s’attendait à une campagne difficile, mais pas à des prises à partie anonymes. Dans la foulée, un article du journaliste local du Perche révélait qu’un autre tract du même format et du même lettrage invitait les habitants à refuser la liste « d’extrême gauche déguisée » à Tourouvre. La présidentielle de Tourouvre-au-Perche entrait dans le vif du sujet.

Une liste d’extrême gauche ? C’est bien le qualificatif dont a été affublé Jean-Jacques Bouttier, adjoint dans l’équipe sortante et maire délégué de Randonnai. L’intéressé, la soixantaine rondouillarde, ancien conducteur de rame à la RATP où il est entré à 20 ans a eu le tort de combattre, en 1995, le plan Juppé, alors premier ministre, et de se mobiliser pour la sauvegarde des généreux régimes spéciaux de retraite. Bien lui en a pris. Il a pu quitter la Régie à… 52 ans et revenir au pays plein de vigueur pour lui « rendre ce qu’il lui avait donné » : une enfance heureuse.

Depuis, Jean-Jacques Bouttier met son temps libre au service des autres et de sa passion pour le VTT. Sans vouloir faire offense à ses 700 habitants, Randonnai, est une commune sinistrée. Si Tourouvre a été martyrisée par les Allemands, Randonnai, elle, a été défigurée par la fermeture définitive en 1982 d’une fonderie employant des centaines de salariés. Du jour au lendemain la vie s’est arrêtée. Elle ne semble pas être revenue. « Où sont passés les gens ? » se demande encore Jean-Jacques Bouttier.

La troisième liste est conduite par Didier Agen, lui aussi ancien conseiller de l’équipe sortante. On le dit proche de François Asselineau, le fondateur de l’Union pour la République (UPR), inlassable artisan du Frexit.

Tous apolitiques ? C’est du moins ce que prétendent les candidats à la mairie, comme si leurs opinions personnelles les accompagnaient sans jamais les entraver, comme une ombre portée. Ce n’est même pas un sujet. Ils sont tous amis d’école primaire, de collège ou de lycée, d’associations où ils ont appris à accepter leurs différences.

J’ai toutefois demandé à Jean-Edouard Gueugnon de s’expliquer sur ses sympathies partisanes. Chez moi, autour d’un café, il précise. Zemmour ? « J’avais lu ses bouquins. Je l’ai rencontré une fois. Reconquête n’était pas encore un parti politique. Je me suis occupé de collecte de fonds sans bien savoir ce qu’ils devenaient. Je me suis éloigné parce que c’était une ambiance de startupers très parisiens, déplaisants. » L’UDR ? « J’ai été sollicité par un copain. J’ai pensé qu’on allait refaire le RPR tendance Pasqua-Séguin. On m’a désigné comme co-référent. Je n’ai pas renouvelé mon adhésion ». L’établissement privé promu par Pierre-Edouard Sterin financier de l’extrême droite ? « Je ne le connais pas. C’est un copain qui m’avait demandé de tâter le terrain auprès de Poirier. » Bref, tout s’est déroulé à l’insu de son plein gré.

Un colistier de la liste Bouttier, réputée « d’extrême gauche », confie à l’issue d’une réunion publique : « Pour l’instant nous ne nous servons pas de cet argument politique. Peut-être entre les deux tours… »

A Tourouvre, l’antagonisme a une longue histoire. Même si la campagne électorale est policée et le ton mesuré malgré les escarmouches des premiers jours, je sens une forme d’affrontement que j’ai connu dans des collectivités autrement plus grandes. Il me fallait renouer avec le temps long de l’histoire pour tenter de comprendre pourquoi, à Tourouvre-au-Perche, l’élection municipale s’apparentait à un scrutin présidentiel.

Je suis allé voir Guy Monhé.

Celui-là, c’est un personnage ! Élu cinq fois maire de Tourouvre à l’époque où elle était une commune indépendante, marchand de bois et propriétaire d’une centaine d’hectares de forêts, anar de droite, il a donné son parrainage à Jean-Marie Le Pen en 2002 (« ce n’est pas un monstre, on en a fait un monstre », dit-il), mais il connaît par cœur Georges Brassens et a donné le nom de Pierre Desproges à une des rues du village. De Funès, Bourvil, Coluche et j’en passe ont aussi la leur.

Sa mère lui a raconté qu’à sa naissance, les ouvriers du hameau de la Verrerie, à la frontière du village et de la forêt, défilaient poing levé. « Ils chantaient l’Internationale. » Sa maison moderne domine le village et bien au-delà, comme un château fort.

« Ici, il y a souvent eu de la chicore (castagne, ndlr) pour les élections. C’est historique. Il y a toujours eu deux camps, les calotins et les bouffeurs de curés. Déjà dans les années 1900, un maire avait interdit les processions par ce que ça gênait la circulation des voitures ! En plus des verriers, il y avait les charbonniers, les scieurs de bois. Un électorat plutôt classé à gauche, et d’ailleurs au cours du XX e siècle, il y a eu plus de maires de gauche que de maires de droite. Albert Bailly, un radsoc (radical socialiste, ndlr), a demandé à ce que son corbillard entre au cimetière par la porte arrière pour ne pas faire comme les cathos. A l’inverse, un autre maire historique, Louis Debray, a géré le village main dans la main avec le curé. J’ai donné le nom du premier à l’école, et au second, la place devant le parvis de l’église. »

Guy Monhé connaît l’histoire de son village par cœur : « Un autre maire, très âgé lorsqu’il a sollicité un nouveau mandat, a dû faire face à une distribution de libelles (court écrit satirique, diffamatoire, ndlr) sur lesquels on pouvait lire : « Voteriez-vous pour un mort ? » L’ancien maire enchaîne : « A Tourouvre, les élections ont toujours été marquées par le contexte politique national. Juste avant l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, en 1981, nous avons élu un maire PSU (Parti socialiste unifié) ! Il a ruiné la commune». Guy Monhé votera Gueugnon. Sa fille figure sur sa liste.

A une semaine du scrutin, la campagne est devenue pépère. Les animateurs des trois listes ont choisi Facebook pour communiquer. Le tractage sur le marché du vendredi matin ne paie plus. Les futurs conseillers sont parfois plus nombreux que les clients devant les stands. En ligne, les éléments de programmes et les portraits des candidats sont distribués au rythme d’un par jour. Chaque tête de liste a commencé sa tournée des dix bourgs. A tous, ils promettent davantage d’écoute et de participation.

Ce n’est pas toujours simple. L’autre soir à Bresolettes, la plus petite commune de l’Orne, 35 habitants, où Jean-Edouard Gueugnon faisait campagne, un habitant du hameau a mis les pieds dans le plat : « Ici nous ne voulons rien, nous ne demandons rien. Nous n’avons pas de trottoirs, pas d’éclairage public, pas de ramassage scolaire. » Une autre manière de dire : « Foutez nous la paix ! »

Des lignes de programmes et de fractures commencent à se dessiner, épousant les identités politiques des têtes de liste malgré leur désir de rester discrets sur ce point. Communication, embellissement et sécurité routière pour Jean-Edouard Gueugnon. Santé, habitat et services pour Bouttier. Agen, assez discret, ne devrait compter qu’après le premier tour lorsqu’il s’agira de nouer des alliances pour le second.

Point commun entre les candidats : tous disent vouloir intégrer davantage les habitants des petits bourgs dont la plupart, dix ans plus tard, ne comprennent toujours pas l’utilité de cette Commune nouvelle. Les prétendants à l’Hôtel de Ville de Tourouvre-au-Perche promettent de mieux communiquer, de rendre compte régulièrement du déroulement de leur mandat.

On a compris alors que la thématique de cette campagne ne porterait pas tant sur les positions politiques des favoris ni sur leur vision du monde en ces temps troublés. Personne au cours des trois réunions auxquelles nous avons assisté n’a interrogé une tête de liste sur ses engagements actuels ou passés. Comme à la fin des albums d’Astérix, la « présidentielle de Tourouvre » pourrait bien se clôturer par un banquet.

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Philippe Ridet

Postier à 20 ans puis journaliste a 27, Philippe Ridet a appris le métier sur le tas. Passé par les services sports puis politique du Parisien, il entre au Monde en 2001. Chef du service politique, reporter spécialiste de la droite, il sera correspondant en Italie et grand reporter pour magazine M et enfin critique de cinéma. Il collabore régulièrement à l’hebdo La Tribune Dimanche. Écrivain, il est l’auteur d’une trilogie personnelle sur la province et la jeunesse parue aux Éditions des Equateurs.

Joanna Calderwood

Illustratrice et graphiste née en 2000 à Perth, en Australie. Après avoir suivi une formation en design graphique, j’ai intégré l’école des Beaux-Arts de Caen. Mon parcours d’étude m’a permis de travailler la couleur et la relation entre texte et image. Durant ce cursus j’ai pu trouver différentes manières de mettre mon dessin au service d’une diversité de médiums. Je navigue entre le travail de commande pour la presse et l’édition (jeunesse, bande dessinée…) et le travail d’artiste (impression de motifs sur tissus, estampes, vaisselle en céramique).

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