Septembre 2026

Repaires anti-crise

Raphaël Pasquier (texte) et Emmanuel Blivet (photographies)

En Normandie, des centaines de ménages modestes sortent chaque année de la précarité énergétique grâce à la rénovation de leur logement. Rencontre avec une Ornaise, qui a passé l’été au frais grâce aux aides à l’amélioration de l’habitat.

En passant le portail de Stéphanie Havas et en observant la façade défraîchie de sa maison, peu de choses laissent deviner qu’elle a bénéficié d’une rénovation énergétique de fond en combles, si ce n’est des fenêtres flambant neuves. Pourtant, tout sourire, la cinquantenaire l’assure : après plus de deux ans de travaux, le dernier artisan est passé en juin. Le résultat ? « C’est génial ! » Moins de 500 euros de chauffage sur son premier hiver, et des températures qui n’ont pas dépassé les 27 degrés chez elle lors des fortes chaleurs de cet été.

Pour Stéphanie, ce projet a commencé il y a quatre ans, après une séparation. « J’avais besoin de retrouver une maison équivalente à ce que j’avais avant, parce que j’ai trois enfants. Mais un petit budget. » Dans une petite rue de Saint-Léger-sur-Sarthe (sud de l’Orne), à cinq minutes à pied de son travail, elle « tombe amoureuse » d’une maison à vendre 69 000 euros. Elle ne se rend pas tout de suite compte de la somme de travaux nécessaires. « Je savais que c’était de la rénovation, mais je ne pensais pas que ça allait être pire que ce que j’imaginais ».

Zéro isolation

Lors de l’estimation des travaux, la nouvelle propriétaire a quelques surprises. « La pauvre dame qui vivait là avant, on voyait les parpaings sous son évier. Il y avait zéro isolation. » La maison était classée G au niveau énergétique, le plus bas niveau de l’échelle. Employée de la communauté de communes de la Vallée de la Haute-Sarthe, Stéphanie sait qu’une Opération programmée d’amélioration de l’habitat (Opah) est en cours dans sa collectivité, et qu’elle peut bénéficier d’aides pour sa rénovation. Elle prend donc rendez-vous avec l’association Soliha Territoires en Normandie, qui tient une permanence dans le cadre de l’Opah.

L’extension à l’arrière de la maison de Stéphanie a été isolée par l’extérieur, les parois étant particulièrement perméables

En Normandie, Soliha œuvre depuis une cinquantaine d’années dans le cadre de l’amélioration de l’habitat, à destination des plus modestes. Aujourd’hui, plus de la moitié des dossiers traités concernent les économies d’énergie. Hervé Girard, directeur de l’association, résume cet accompagnement, en tant qu’organisme agréé par l’État pour aider à éradiquer les passoires thermiques. « Notre intervention, c’est d’aider les personnes qui ont un problème, pour avoir un avis sur le plan technique et sur le plan financier. »

Soliha ne fait pas de démarchage, mais se positionne comme tiers de confiance avec une visite à domicile, des conseils sur le choix des artisans (forcément labellisés RGE), et une vérification des devis. Forte de ces préconisations, Stéphanie choisit de s’orienter vers une rénovation Bâtiment Basse Consommation (BBC). Soit le plus haut niveau de performance énergétique, avec notamment des travaux d’étanchéité à l’air. Le moyen pour la mère de famille de maximiser économies et aides pour ses travaux.

Son projet, en mieux

Le choix de l’efficacité, mais pas de la simplicité. Thierry Renault, rénovateur BBC (conventionné par la Région), et artisan sur le chantier de Stéphanie, liste les difficultés : « Avec une cave, des combles sous charpente, une extension moderne… il fallait arriver à bien marier étanchéité et isolation. » Visiter la maison rénovée de Stéphanie c’est donc découvrir une large palette de techniques de rénovation. Isolation vers l’intérieur ou l’extérieur suivant les murs, laine de roche ou laine de bois selon les besoins, membrane étanche et colle à membrane.

Les combles avant et après rénovation

Le plus long a été d’atteindre le seuil d’étanchéité exigé pour être labellisé BBC ; il a fallu presque un an de tests et de retouches. À ajouter à la longue liste aussi : la pompe à chaleur pour la source d’énergie durable, et la VMC pour laisser respirer une maison devenue presque hermétique. Au total, cette rénovation a coûté à Stéphanie 50 000 euros, auxquels il faut ajouter les 65 000 euros d’aides de l’État, de la Région et de sa collectivité. Grâce à ce soutien financier, elle a pu concrétiser son projet, « en mieux ».

« Les personnes achètent des biens qu’elles n’auraient pas considérés il y a une quinzaine d’années, parce que les travaux étaient trop conséquents.

Hervé Girard, directeur de Soliha Territoires en Normandie

L’alternative pour Stéphanie aurait été de rester en location, dans un appartement plus petit, au lieu de cette solution économique et écologique. Elle n’est pas la seule dans ce cas de figure, explique Hervé Girard : « Les personnes achètent des biens qu’elles n’auraient pas considérés il y a une quinzaine d’années, parce que les travaux étaient trop conséquents. Ils ne viennent pas nous voir pour obtenir plus de subventions, ils ne peuvent simplement acheter que ça. » En Normandie, 60 % des ménages accompagnés sont ainsi très modestes (moins de 17 000 euros de revenu pour une personne seule). Et une rénovation énergétique leur permet en moyenne de gagner trois classes au DPE.

Coup de frein

Depuis le lancement par l’Etat de MaPrimeRénov’ en 2020, et les aides complémentaires des collectivités, « on était sur une dynamique forte sur les travaux d’économies d’énergie », analyse Hervé Girard. Mais depuis deux ans, « la remise en cause de MaPrimeRénov’ » – stop and go, atténuation du montant maximum – a entraîné « un coup de frein sur un bon nombre de dossiers ». Une « rupture de confiance s’est opérée », et impacte par ricochet la filière de la rénovation. « On est très inquiets sur les décisions politiques à ce sujet, à l’approche des élections », assure Thierry Renault, également président du Club Normand des Rénovateurs BBC.

Loin de céder à la morosité, Stéphanie s’est déjà lancée dans un nouveau chantier de rénovation au domicile de son compagnon dans le Loir-et-Cher. Et elle encourage les Normands à ne pas hésiter à solliciter les aides (jusqu’à 11 000 euros de la Région pour la rénovation BBC). Elle estime en effet que l’aspect administratif n’est pas « le plus pénible ». C’est d’autant plus pertinent d’en profiter que chez nous aussi, les passoires thermiques deviennent des bouilloires thermiques l’été. Pour ça aussi, la rénovation est une solution.

Raphaël Pasquier

Journaliste caennais d’adoption, il explore les chemins de traverse de sa ville et de sa région à la recherche d’histoires inspirantes, éclairantes, déconcertantes. Il les raconte en mots, en sons et parfois en images dans les médias locaux indépendants.

Emmanuel Blivet

Photographe, Emmanuel est un compagnon de route de Grand Format depuis sa création. Il expose régulièrement ses travaux dans le grand ouest et ailleurs, répond à des commandes et cartes blanches de la presse et d’entreprises, et croise son regard avec des journalistes et des artistes lors de résidences territoriales.

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