L'Atelier Autonome, un lieu collectif où réparer, fabriquer et apprendre à Rouen

Publié le 10 février 2026

Ouvert depuis 2021 à Rouen, l’Atelier Autonome est un lieu collectif proposant du partage d’équipements et de compétences. Une sorte d’immense boîte à outils mutualisée, accessible au plus grand nombre pour réparer, fabriquer et apprendre à Rouen.

Jean-Sébastien Niel, l’un des fondateurs de l’Atelier Autonome, ingénieur de formation, a travaillé plusieurs années dans l’industrie sans jamais s’y sentir pleinement à sa place. « Ça peut paraître un peu cliché, mais je n’y trouvais pas de sens. Il manquait quelque chose… », confie-t-il. En parallèle, il explore la culture de l’open source, les Fab Labs et les communautés du libre. Chez lui, peu à peu, un mini laboratoire prend forme : imprimante 3D, petite découpeuse laser, de nombreux projets se dessinent. Mais une limite apparaît vite : les savoirs restent isolés, confinés chez lui.

C’est lors d’un échange avec son ami Paul Métayer que l’idée se précise. En croisant leurs compétences, numériques et électroniques pour Jean-Sébastien, menuiserie et engagement associatif pour Paul, une évidence s’impose : créer un Fab Lab où ces savoirs pourraient circuler librement. L’idée de l’Atelier Autonome venait de naître.

Un lieu façonné par le réemploi

« Au début du projet, on n’avait pas spécialement beaucoup d’argent, on a donc misé sur ce qu’on avait : du temps », raconte Jean-Sébastien. Les équipements sont récupérés, prêtés ou apportés par les fondateurs et les premiers soutiens. Le résultat est un espace à l’esthétique volontairement patchwork, reflet de la philosophie du projet : la diversité et le partage.

Le local se déploie aujourd’hui en plusieurs espaces complémentaires : un atelier d’électronique et de petite réparation, des imprimantes 3D pour fabriquer ou réparer des pièces sur mesure, une découpe laser, et une micro-menuiserie. Chaque zone est pensée pour favoriser la sécurité, l’apprentissage et la transmission.

Ateliers publics et projets sur mesure

L’Atelier Autonome s’articule autour de deux grandes activités. D’un côté, l’atelier ouvert au public, avec des temps d’accueil réguliers, des ateliers ponctuels à prix libre et une pédagogie fondée sur le faire. De l’autre, une activité professionnelle dédiée à la médiation pédagogique et aux projets sur mesure : dispositifs interactifs pour musées et expositions, enseignes, trophées ou objets low-tech.

La force de l’Atelier Autonome réside dans sa polyvalence : un seul interlocuteur pour des projets complexes, de la conception à la fabrication, du devis au suivi. Cette approche attire de nombreux partenaires locaux qui apprécient traiter et suivre ces projets auprès d’un seul intermédiaire.

Ici, pas de public type. On pousse la porte par curiosité, par besoin concret ou par envie de partager ses compétences. Retraités, étudiant·es, artisan·es, enfants (le plus jeune abonné a 11 ans !), voisin·es du quartier, etc. « Peu à peu, une véritable communauté d’entraide se tisse », observe Jean-Sébastien, en prenant soin de préciser qu’elle ne relève pas d’une « logique d’entre-soi ». Les projets s’enchaînent et se répondent ; des palettes déposées deviennent des composteurs, gravés à la découpe laser, pendant qu’un autre usager découvre la menuiserie ou l’électronique. Un projet en appelle un autre, et les idées circulent.

« Même les gens qui viennent avec une idée précise découvrent et/ou repartent avec autre chose. »

Un souvenir résume parfaitement l’esprit du lieu. Vincent, un abonné, a un jour apporté un vieil ordinateur pédagogique conservé pendant plus de trente ans. Déposé à l’Atelier Autonome, il a suscité la curiosité d’une petite fille venue avec son frère. Ensemble, ils l’ont démonté et réparé. La jeune fille était ravie et Vincent très heureux d’avoir pu donner une seconde vie à cet ordinateur, mais surtout d’avoir participer à cette transmission.

Fonctionnement de la coopérative

Structuré en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), l’Atelier Autonome fait vivre la gouvernance partagée au quotidien. Gestionnaires, salariés, bénéficiaires de services et partenaires financiers participent aux décisions avec un droit de vote des partenaires strictement limité à 10 % afin d’éviter toute prise de contrôle et de garantir que la coopérative reste entre les mains de celles et ceux qui la font vivre au quotidien. Par ailleurs, les statuts posent des fondamentaux forts (accessibilité, pédagogie, low-tech, préservation des ressources, empowerment) pour assurer la pérennité et l’indépendance de la structure au-delà de ses fondatrices et ses fondateurs.

Le projet repose sur un modèle économique hybride : les séances à prix libre, centrales dans le projet social, ne peuvent pas garantir la couverture des charges fixes. Pour assurer la viabilité de la structure, des ressources complémentaires sont mobilisées via des subventions, des appels à projets et des prestations.

Et demain ?

Aujourd’hui, l’équipe de l’Atelier Autonome se compose de quatre salarié·es et d’un alternant. Si elle doit prioriser ses actions face aux nombreuses sollicitations, dont elle se réjouit, elle reste pleinement mobilisée et enthousiaste face aux nouveaux projets qui se dessinent : recyclage local du plastique, développement de l’axe animation et enfin, de nouveaux projets avec des musées et la création d’un catalogue de dispositifs pédagogiques : « Il y a la dimension pédagogique, la technique de réalisation et de conception, il y a le sur-mesure, le mélange des compétences, ça coche toutes les cases en fait ! » conclue Jean-Sébastien Niel. Autant de pistes pour continuer à faire de ce lieu un espace de transmission profondément humain et collectif.

Nolwen Gouhir