Les jeunes ont-il un devoir de mémoire ?

La relève est assurée chez les porte-drapeaux de La Ferrière-aux-Etangs

Le dimanche 13 novembre, la commune de La Ferrière-aux-Étangs assiste à la bénédiction d’un nouveau drapeau pour les fêtes commémoratives.

La cérémonie du dimanche 13 novembre n’était pas comme les autres à La Ferrière-aux-Étangs, dans l’Orne. Enzo Lefèbvre, jeune porte-drapeau depuis trois ans, a reçu le drapeau officiel ainsi que la médaille des porte-drapeaux. Après la cérémonie au monument aux morts, le drapeau est béni lors d’une cérémonie religieuse à l’église de la commune. Les communes de La Coulonche, Le Chattelier et Messei se sont jointes aux cérémonies dirigées par la musique de la fanfare de Messei « L’Indépendante ».


L’ancien combattant est une mémoire vivante

Philippe Viau, 50 ans, trésorier de l’Association des Anciens Combattants de La Ferrière-aux-Etangs (Orne) et ancien casque bleu de  l’ONU, œuvre depuis treize ans pour que le devoir de mémoire reste essentiel dans l’éducation des plus jeunes.

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé mon service militaire en 1994 puis j’ai signé en 1995 un VSL (Volontariat Service Long). La même année, je me suis porté volontaire pour partir en ex-Yougoslavie pendant 4 mois et demi sur l’aéroport de Sarajevo. J’ai terminé mon service en 1996 avant de retourner dans le civil, où je suis maintenant conducteur de lignes en usine.

Qu’est ce que l’Association des Anciens Combattants et pourquoi l’avoir rejointe ?

Il n’est pas facile d’expliquer ce qu’est l’Association. Elle regroupe les personnes ayant fait leur service militaire et ayant combattu, et maintenant ceux ayant fait le SNU (Service National Universel) ou la JDC (Journée Défense et Citoyenneté). Quant à moi, j’ai rejoint l’association parce que j’avais le droit à la Croix du Combattant. Quand on m’a proposé de l’intégrer, j’ai accepté.

Que met en place l’association pour le devoir de mémoire ?

On essaye de faire des interventions dans les écoles pour sensibiliser. On participe aux cérémonies dont les deux plus importantes sont le 8 mai et le 11 novembre, mais aussi le 5 décembre (fin officielle de la guerre d’Algérie) ainsi que le 19 mars (la date du cessez-le-feu après les accords d’Evian). Il y aussi les cérémonies du Débarquement en Normandie comme celle du 6 juin.

 « Pour le devoir de mémoire, il y a les musées, mais le mieux, c’est d’avoir une mémoire vivante.»

Qu’est-ce que représente le devoir de mémoire pour vous ?

C’est une chose très importante ! S’il n’y a plus personne pour en parler, les jeunes ne sauront pas à quoi servent les monuments aux morts et ce qu’ils veulent dire. Les vestiges qu’ont laissé les belligérants vont disparaître. Les tranchées de la Première Guerre mondiale par exemple.

Quand vous étiez plus jeune, comment voyiez-vous le devoir de mémoire ?

Dans les écoles, on parlait de la guerre. Pour les cérémonies du 8 mai, quand j’étais en primaire, pendant une semaine on chantait la Marseillaise.  Avant, tous les élèves étaient réunis aux monuments aux morts, maintenant il n’y a plus personne. Par exemple, ma fille a appris la Marseillaise lors de son SNU (Service National Universel) et n’a aucun souvenir de l’avoir apprise à l’école… À mon époque, on nous faisait apprendre ce qu’étaient les guerres, alors que maintenant, c’est presque mal vu d’en parler.
J’ai entendu un collègue de travail dire qu’il ne fallait pas parler de mort, pas parler de l’ONU, sauf que cela revient à ne pas parler de la guerre du tout…

Comment voyez-vous le rapport de la nouvelle génération avec le devoir de mémoire ?

Il y a les associations des anciens combattants, des  victimes  de guerres, des mutilés, etc… Mais si ces associations ne montrent pas aux jeunes et ne disent pas pourquoi on fait ça et pourquoi il faut continuer, et bien les jeunes ne s’y intéresseront pas et ce sera terminé du devoir de mémoire.
Quand on visite un musée, on lit des panneaux, mais lorsque l’on est accompagné de quelqu’un l’ayant vécu, il y aura toujours un petit truc en plus.

Selon vous, est-il encore important d’entretenir le devoir de mémoire aujourd’hui ?

Oui, très important. Très très important, surtout par rapport à l’actualité. Normalement quand on fait ça, c’est pour éviter que tout recommence, mais bon…


Comment les jeunes appréhendent le devoir de mémoire ?

Pour savoir comment se place les jeunes vis-à-vis du devoir de mémoire, nous avons pu interroger quatre d’entre-eux, venus nous expliquer leur point de vue sur ce sujet.

Qu’est-ce que le devoir de mémoire ? Que représente-t-il ? Est-ce important de continuer à le maintenir ? Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré quatre jeunes de tout âge, Maxence 10 ans (bientôt 11) habitant à Sainte-Gauburge, Lilian 16 ans et Gwenaëlle 19 ans, originaire tous deux du Havre, ainsi que Simon 18 ans, venant quant à lui de La Vespière. Ces quatre jeunes se sont prêtés au jeu et ont accepté de répondre à nos questions sur ce sujet plutôt très actuel aujourd’hui.

Dossier réalisé par Solène Viau et Laura Bredeaux

Les résidences

De quelques jours à plusieurs semaines, les journalistes et photographes de Grand-Format s’immergent dans un établissement scolaire, une médiathèque, une ville... pour y mener des ateliers d’éducation aux médias et un travail journalistique. Avec des jeunes et des moins jeunes, nous construisons ensemble ces éditions spéciales de Grand-Format issues de ces résidences.