Lors dernières élections municipales dans l’Orne, des villes socialistes de longue date, comme Alençon, Flers, Argentan, ont basculé à droite. À Argentan, 70 % des électeurs ont choisi au premier tour un nouveau maire, entrepreneur et ex-champion de canoë-kayak : Emmanuel Flouvat a fait de la réindustrialisation d’Argentan la priorité de sa campagne, au-dessus des impératifs écologiques. Il faut dire que la fermeture de l’usine Marelli, en 2024, délocalisée en Slovaquie, était encore présente dans tous les esprits. Aux dernières élections européennes et législatives, le RN a fait une percée.
Fermetures d’usine, chômage, sentiment d’abandon : comme le rappelle un article du Monde dont nous nous faisons l’écho dans cette newsletter, on ne peut pas sous estimer ce que signifie la perte de son tissu industriel pour un territoire.
Bonne lecture !
Simon, Marylène, Pierre et Joanne
Les petites dépêches
Eaux polluées ~ À Cherbourg-en-Cotentin, une parcelle agricole continue d’être cultivée au cœur du périmètre de protection rapprochée du captage de l’Asselinerie, rapporte le média indépendant Water Guette.Les activités susceptibles de dégrader la ressource y sont en principe strictement encadrées. En 2025, une enquête duPoulperévélait que l’eau de ce captage distribuée à environ 4 500 habitants présentait des concentrations en PFAS pouvant atteindre jusqu’à quatre fois la valeur sanitaire de référence.
Datacenter ~ Un projet de datacenter pourrait voir le jour sur le site de l’ancienne sucrerie de Cagny, fermée depuis 2020. La friche industrielle de 33 ha figure parmi les 55 sites clés en main retenus par le ministère de l’industrie pour faciliter l’installation de data center. D’après Ici Normandie, l’opérateur immobilier Brown Fields est entré en négociation avec l’entreprise Saint-Louis Sucre (groupe Südzucker). Cagny dispose d’une ligne THT de 220 000 volts reliée à la centrale nucléaire de Flamanville et d’une station d’épuration pour rejeter dans la Dives les eaux chaudes d’un centre de données. Deux autres sites ont été identifiés à la Hague et Colombelles (ex plateau SMN).
Adoption illégale ~ Un professeur d’histoire de l’université d’Angers, vient de publier une étude sur les Berceaux de Rouen, une pouponnière créée en 1941 pour recueillir les nourrissons abandonnés ou illégitimes, raconte France 3. Le chercheur dénonce les pratiques illégales d’adoption menées par l’association pendant 30 ans : « l’achat » par les familles adoptantes et les versements d’argent aux mères biologiques et l’attribution de la maternité à la mère adoptive. L’étude s’inscrit dans un projet de recherche plus large sur les trafics d’adoption en France.
Sans salaire ~ Elles n’étaient plus payées depuis deux mois. Les 30 infirmières de l’association Asalée dans la Manche (2 000 en France) qui travaillent aux côtés de médecins libéraux pour suivre leurs patients atteints de pathologies chroniques, ne touchaient plus de salaire depuis l’arrêt de leur financement par la CPAM, après un rapport particulièrement sévère de l’Inspection générale des affaires sociales. L’association a été placée en redressement judiciaire le 27 mars.
Zéro délinquance ~ Le ministère de l’Intérieur vient de publier une étude complète sur la géographie de la délinquance en 2025. Ces données indiquent le nombre de crimes et délits commis par commune. Mais il y a aussi de nombreuses communes où il ne se passe rien. Parmi celles-ci, la plus peuplée est Crosville-sur-Douve (Manche), 62 habitants, et un château connu pour son salon des antiquaires et sa journée des plantes.
Une justice pour réparer
À côté de la justice de l’Etat, qui arbitre et sanctionne pour faire respecter les règles de la vie en société, il existe une autre justice. Qualifiée de « restaurative » ou « réparatrice », elle permet à des auteurs et des victimes de dialoguer ensemble pour se reconstruire et reprendre le chemin de leur vie. Pendant un an, notre journaliste Marylène Carre a suivi pour Grand Format, la mise en place de la justice restauratrice à Caen, dans le Calvados.
La journaliste Aline Leclerc se penche dans un long article du Monde sur la désindustrialisation de la région de Flers, dans l’Orne. Fin 2026, les 109 salariés de l’équipementier automobile Forvia (ex-Fauceria) de Messei seront licenciés. Usine de munitions puis d’automobile, spécialisé dans les pots d’échappement, le site était en activité depuis 1936 et a compté jusqu’à 2300 salariés au début des années 1970. « C’était plus que d’habitants à Messei ! Ça faisait vivre tout le bassin », raconte le maire Michel Dumaine, 79 ans. Un vaste plan de restructuration a décidé de la fermeture de Messei : la production sera délocalisée dans le Doubs, au Portugal et en Espagne.
À 10 kilomètres de là, le site de production de sièges Forvia de Caligny, survit jusqu’ici dans la crise du secteur automobile européen. Il faut dire que les élus locaux s’étaient battus pour maintenir l’activité des trois usines Faurecia de Flers et faire revenir d’Allemagne toute la R&D, en créant, en 2008, une nouvelle zone d’activité à Caligny, avec une filière de formation, un centre d’essai… mobilisant 67 M€ d’investissement public. « Si on n’avait pas fait tout ça, les trois anciens sites vivraient la même catastrophe qu’à Messei, reconnait Yves Goasdoué, ancien maire divers gauche de Flers et président de l’agglo. Voilà l’impact d’une politique publique. La difficulté, c’est que vous ne savez si elle est bonne qu’au bout de dix ans. »
Forvia-Caligny reste ainsi le premier employeur privé du secteur. Pourtant, l’entreprise a annoncé, à l’automne, un plan de sauvegarde de l’emploi de 38 personnes au bureau d’études. Entre 2010 et 2023, l’emploi dans l’automobile a chuté de 33 % en France, comme dans l’Orne. « On ne peut pas se dire que c’est l’avenir. On vit ce qu’a vécu le textile avant nous », confie au Monde Franck Robillard, délégué CFDT de l’usine de Messei. Comme si l’histoire se répétait dans cette ancienne capitale du tissage.
De l’écologie qui coince, des listes participatives qui peinent à émerger, l’extrême droite qui se renforce mais ne gagne qu’une seule mairie, des villes qui basculent à droite… Petit résumé des principaux faits marquants, en Normandie, de ces élections municipales.
Turfu festival • Kit de résistance informationnelle
Dans le cadre du Turfu festival, festival de sciences, recherche et innovations participatives à Caen, du 7 au 11 avril, L’Avenir des pixels et Grand Format animeront un atelier pour concevoir un « kit de résistance informationnelle » afin de s’immuniser face à la désinformation et aux discours de haine. Vendredi 10 avril, de 9h30 à 12h30 et de 14h à 17h aux Ateliers intermédiaires, 15 bis rue Dumont d’Urville à Caen. Gratuit. Inscriptions ici.
Médias indépendants • Grand Format sur les festivals
En avril, Grand Format sera présent sur deux évènements ouverts au public consacrés aux médias indépendants. À Rennes, à la Paillette, les 10 et 11 avril au Festival des Médias Indés, parrainé par Guillaume Meurisse et lors duquel nous participerons à une table ronde avec la Revue dessinée « la BD au service du journalisme indépendant. À Paris, à Ground control, les 25 et 26 avril au Festival des médias indépendants.
Cette newsletter, qui existe grâce aux dons de nos lecteurs, a été écrite par Simon Gouin et Marylène Carre. Elle est mise en page par Pierre Hardel, et éditée par le magazine Grand-Format, un projet de l’association Lire la suite. Soutenez nos projets !