Juillet 2021

Valse, potager et vieux château

Mélanie Dornier (texte et photos)

Des traditions et des modes de vie d’un autre temps, des personnages qui vivent dans leurs univers, c’est ce qui m’a surprise lorsque j’ai découvert la ruralité de la Basse Normandie, autour de la petite ville de Flers. Mon parcours de vie et de photographe auteure, a fait que je m’y suis installée il y a un peu plus de quatre ans. Poussée par ma curiosité, j’ai sillonné le nord du département de l’Orne et le sud de celui du Calvados. Entre interrogation et nostalgie, j’ai posé un regard sur ces personnages et ces traditions. Balancée entre mes interrogations et une sensation d’être dans un autre temps, j’ai voyagé loin des grandes villes.

Grand-Format est un magazine en ligne basé à Caen. Tous les mois, nous publions une histoire vraie sous la forme d’une mini-série en trois épisodes. Il est possible de lire nos articles gratuitement pendant un mois, en cliquant ici. Découvrez ci-dessous la présentation de cette série.

Épisode 1 : Richard, Papy gardien

En février 2017, il apparait pour la première fois sur les réseaux sociaux. Sa vie et son univers paraissent à cette époque bien loin, mais très rapidement Richard devient « une star » sur le net. Il se fait appeler « Papy Gardien » sur Youtube puis « Papy le Thug » sur Tic Toc. C’est « un jeune » du coin qui coopère avec lui pour créer le personnage médiatique. Richard aime converser avec les jeunes, « c’est l’avenir » comme il dit.

Richard aime le patrimoine et sa région de Normandie. Il préserve et collectionne. Dès notre première rencontre, en février 2018, il explique qu’il aimerait bien acheter un château avant que ce dernier ne tombe en ruine. Les lieux livrés à eux-même se détériorent rapidement entre les intempéries et le temps qui passe. Il ne comprend pas comment les propriétaires, l’Etat ne font rien… Les planchers cèdent, les murs tombent et petit à petit les propriétés s’écroulent.

Épisode 2 : Les petits paniers d’Yvette et Manu

« Les petits paniers ». On entend parfois ce terme dans certaines bourgades de Normandie. Il désigne les vendeurs non professionnels du marché. On les appelle ainsi car dans le temps, les gens venaient avec un panier en osier présenter leurs produits. Les jours de marché, contre quelques euros, ou pas, à la municipalité, on a le droit de vendre le surplus de son jardin ou poulailler. C’est au marché de Flers que l’on rencontre Yvette et Manu. Ils y viennent depuis plus de 50 ans. C’est Yvette qui vend. Son premier marché remonte à 1966. Elle confie qu’avant c’était « un sacré marché », « il y avait beaucoup plus de vendeurs, tout le monde se connaissait et s’aidait ». Aujourd’hui, c’est différent, les temps ont changé. Tous les mercredis et samedis, elle présente sur son étal la production de son jardin et ses confitures.

Yvette n’a pas de retraite même si elle a travaillé et cotisée toute sa vie. «Une histoire de mètres carrés et de réforme agricole » explique-t-elle. Les saisons, la météo, les plantations et les récoltes ont rythmé les années. Le marché et les clients ont cadencé ses semaines. Yvette et Manu veillent l’un sur l’autre et leur jardin. Le couple n’a pas eu d’enfants.

Épisode 3 : La guinguette de Pont d’Ouilly

La guinguette de Pont-d’Ouilly est une institution sur le territoire. Depuis plus de 40 ans, alors que les bals de village disparaissent, on vient danser sur les bords de l’Orne dans ce bourg aux portes de la Suisse Normande. Tout le monde en parle, tout le monde le sait, cette guinguette fait partie du patrimoine local. C’est en 1947, que les villages de la rive droite et de la rive gauche reconstruisent le pont détruit lors de la Seconde guerre mondiale pour réunir les deux rivages et former la commune de Pont-d’Ouilly. Ce pont est encore aujourd’hui le point central de de la commune. À l’été 1976, le Docteur Alain Thomas, avec une bande d’amis, décide d’y danser.

À la guinguette de Pont-d’Ouilly, on y vient pour danser, boire un coup et prendre des nouvelles. Dans ce cadre idyllique, on passe son après-midi ou rapidement, l’important n’est pas là. La guinguette, les dimanches et jours fériés d’été, est là. Elle fait l’animation du village. Il y a les curieux qui regardent le spectacle depuis le pont en écoutant la musique et ceux qui dansent. La vue y est agréable, entre la végétation, les ruines du vieux moulin et le barrage. La brise, le gazouillement des oiseaux et les bruits de l’eau se mélangent aux notes de musique. C’est comme une carte postale : la guinguette que l’on idéalise entre retour en enfance et joies d’adultes.